21 avril 2017

À propos de la menace islamiste contre Kamel Daoud

De prime abord, ce qui est sidérant et ce qui donne des sueurs froides dans le dos, c’est de constater, à travers toutes les réactions de soutien (certaines trop sélectives et/ou hypocrites pour passer inaperçues) ou même de condamnation de ce fou de Dieu, c’est que le monde semble découvrir soudainement la nature de l’islam-isme…Trop de signaux rappellent à bien des égards la période qui a précédé l’avènement des partis intégristes (FIS, HAMAS, NAHDA…) dont la suite est, normalement, connue de tous…

Certes, Kamel Daoud est ce qu’il y a de plus beau dans l’élite arabe d’Algérie mais c’est loin d’être la foudre de guerre que certains aimeraient le faire passer ! Et pour cause, je viens de visualiser, d’écouter et de réécouter l’entretien qu’il a accordé à la chaîne TV El Khabar et je peux dire, que pour ma part, j’en suis ressorti déçu.

Ainsi donc, je suis encore plus critique vis-à-vis de K. Daoud qui se rétracte sur beaucoup de questions et semble ne chercher qu’à rassurer les islamistes sur son innocence et ce, au-delà même du fait que pour lui, encore moins pour le journaleux d’El Khabar, le Kabyle, le Chaoui, le Mozabite, le Targui, le Chenoui… etc. n’existent même pas ou alors, ce ne sont que des folklores dérivés de l’arabe qui est la « langue unique au paradis » (dixit l’interviewer) alors que selon K. Daoud qui a cité 4 autres langues qui séviraient dans les rues algériennes avant de citer tamazight, celle-ci dit-il : « n’a pas la force pour être officielle mais c’est quand même une langue » ! ….

Intelligent certes mais il faut arrêter d’exagérer. On peut partager (ou pas) une position et celle que K. Daoud produit sur la question israélo-palestinienne est à saluer pour sa singularité dans les sociétés arabes : « Pas de solidarité sélective car il n’y a pas que la Palestine qui est en guerre dans le monde. Oui à une solidarité sur la base du droit et de la légalité internationale, non, si c’est sur une base raciale ou religieuse ».

On peut admirer également une œuvre et K. Daoud en produit de belles aussi bien à travers ses chroniques que dans ses prises de paroles depuis la sortie de son livre (que j’ai acheté mais que je n’ai pas encore lu pour pouvoir apporter un quelconque jugement) et ce, sans pour autant en faire le visionnaire que certains voient en lui et qu’il n’est pas. Il y a des questions sur lesquelles on peut diverger, voire même reprocher à Kamel Daoud bien que son constat qui a déjà été fait par d’autres sur la religion et sa « nuisance » pour les sociétés qui la subissent d’une manière systématique, est d’une exactitude implacable. Cela dit, est-il capable d’aller jusqu’à oser critiquer carrément et vertement le corpus de l’islam à l’origine des violences que connait le monde depuis l’an 1 de l’islam ? Est-il capable d’affirmer qu’il peut ne pas être musulman ce qui est pourtant son droit ou tout au moins, battre en brèche les stupides assertions idéologiques du journaleux qui a insisté, en paraphrasant l’assimilationniste Ben Badis : « le peuple algérien est musulman et à l’arabité il appartient » ? Est-il capable de se hisser, dans le domaine politique au niveau des mutations identitaires que connait le monde et de comprendre que les Etats-Nations, héritage de la colonisation, ne peuvent produire autre chose que le reniement de soi à l’origine de la spirale chaotique intégriste et /ou totalitaire qui charrie ou qui guette les sociétés, toutes les sociétés tombées sous la domination de la religion et de son corollaire l’arabisme ?

La réponse est non et K. Daoud va plus loin dans son aplaventrisme en reconnaissant qu’il ne veut que « protéger l’image de l’islam terni dans le monde » et qu’il reconnaissait et acceptait de rencontrer tous les islamistes y compris Ali Belhadj, le doyen des « fatwas » meurtrières contre les intellectuels, les artistes, les femmes et les démocrates et l’un des responsables directs du génocide islamiste qui a fait près de 200.000 morts depuis le début des années 90 !

Au journaleux qui, insidieusement, conforte l’auteur de la fatwa visant K. Daoud, en demandant à ce dernier s’il pouvait présenter ses excuses pour « ses atteintes à l’islam et à la langue arabe », l’auteur de Meursault, contre-enquête réplique presque pleurard : « Le personnage qui critique le coran n’est pas Daoud, si c’étaient mes convictions, pourquoi les écrire dans un roman… J’ai écrit un roman, ce ne sont pas mes convictions. Si excuses il y a, il faut les demander au personnage du roman »…

N’est pas Adonis, n’est pas Matoub… encore moins Voltaire, qui veut.

Allas DI TLELLI

PS : J’ai signé la pétition de soutien et j’ai exprimé à l’intéressé, par email, mon soutien inconditionnel suite à l’appel au meurtre dont il est la cible.