A propos de la pollution en Kabylie

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Je voudrais apporter ici ma contribution à la réflexion sur ce pénible, honteux et préoccupant problème des décharges publiques en Kabylie, soulevé par un citoyen des Ouadhias sur ce site.

État des lieux

Facile à faire : une vaste poubelle à ciel ouvert. Chaque village a son infecte part. Chaque route est jalonnée de tas d’ordures nauséabonds. Des fumées noires, acres, malsaines empestent l’air.
Les déchets ménagers qui engraissent rats, chats et chiens errants font bon ménage avec des milliers de bidons, de bouteilles, de sachets en plastique, de canettes de métal froissé.
Pareils à l’hydre de la légende, les monceaux d’ordures se reconstituent sans arrêt. A défaut de développement durable (nouvelle tarte à la crème) notre pauvre Kabylie st affligée par la saleté durable et apparemment incurable.

Causes

La principale : la carence, l’incompétence et l’indifférence des pouvoirs publics. A commencer par l’État qui ne consacre pas au problème de la propreté des moyens financiers, humains, matériels et organisationnels suffisants. L’État donne la priorité aux dépenses de prestige et aux catégories sociales aptes à accaparer une part importante du gâteau national gonflé par les recettes d’exportation d’hydrocarbures. Cela se voit dans l’explosion de l’immobilier de rapport et du commerce d’import-import de Taïwan, de Turquie d’Espagne et d’ailleurs. Multiplication du nombre de milliardaires. Entêtement à intervenir sur la scène internationale alors que l’intérieur du pays va à vau-l’eau (une façon de parler qui suppose l’abondance de l’eau.).

Les instances locales souffrent d’une grave insuffisance de moyens financiers et humains. Le maire d’une commune kabyle me disait que les recettes ordinaires ne suffisaient même pas pour assurer la paye du personnel.

Le citoyen a sa part de responsabilité. Je sais que ça va déplaire mais il s’agit, chez trop de gens, de paresse et d’incivisme. En général, l’intérieur des maisons est nickel. Qu’importent les espaces communs ! Des sachets d’ordures mal ficelés ou pas ficelés du tout, parfois jetés par la fenêtre, des ordures déposées à toute heure. Des passants qui jettent des épluchures ou des papiers gras sur la chaussée, des automobilistes qui balancent des canettes vides par la vitre. J’ai vu des éboueurs ramasser des détritus les mains nues ; j’ai vu des camions poussifs, chargés à ras bord, semer des immondices sur les chaussées.

La paresse produit ses effets néfastes au niveau du travail de la terre. Dans la Kabylie, pourtant surpeuplée de mon enfance, chaque famille se suffisait en huile d’olive, en lait, en légumes, en fruits. Hommes et femmes, jeunes et vieux, tout le monde travaillait. Maintenant, on consomme des huiles importées, des fruits, des viandes d’Irlande ou d’ailleurs. Autrefois, chacun allait au marché avec son panier en raphia et sa corbeille en roseau.
Maintenant, le plastique est roi.

Solutions

La première consiste dans le tri des déchets : la biodégradable, les plastiques , le métal et le verre.. Pour cela des récipients de couleurs différentes, en nombre suffisant, doivent être installés au pied de chaque immeuble ou devant tout groupe de maisons individuelles. De timides tentatives ont été faites : les bacs ont été volés.

Dans la campagne, les déchets biodégradables doivent être enfouis dans des fosses individuelles pour se transformer en compost à utiliser pour fertiliser le sol. Mais à ce stade plusieurs obstacles : le coût élevé des outils (pioches, pelles, barre à mine) ; le fait que pour la plupart des gens la terre soit trop basse et les poils qui encombrent la paume des mains trop denses. Et aussi le fait qu’un stylo ou une guitare (ou le crachoir) soient moins fatigants à tenir qu’une pioche.

Les objets en plastique, en métal ou en verre doivent être recyclés. Cela ne peut être le fait ni des autorités locales, ni des citoyens. La construction d’usines de recyclage est indispensable : elle nécessite de gros capitaux publics ou privés. L’initiative doit venir de la puissance publique, y compris des instances législatives le jour où elles deviendront autre chose que des chambres d’enregistrement.
Des récipients doivent être installés sur les trottoirs pour recevoir les petits déchets.

Il faut aussi et surtout des camions comme ceux qu’on voit dans les pays civilisés. Des milliers de camions. Et des chariots sur roulettes. Des millions pour toute la pauvre Algérie. Et des éboueurs bien payés et munis de vêtements de protection.
Pour les déchets non biodégradables, il faut des moyens d’incinération non polluants. Les pays industriels avancés ont inventé des méthodes et des matériels appropriés : à nos autorités de les acquérir. Le budget de l’État doit consacrer les sommes nécessaires à la propreté de l’environnement : il y va de la santé publique et de la réputation du pays.

En même temps, un gros effort est à fournir en matière d’éducation dans la famille et dans les écoles.

Reste le problème lancinant de la démographie excessive. Tous les aspects de la vie des Algériens s’y ramènent qu’il s’agisse de logement, d’emploi, de santé publique, de circulation, d’environnement. Depuis l’indépendance, la population a plus que triplé, la production n’a pas suivi. Pour une cinquantaine d’années, les exportations d’hydrocarbures vont continuer à enrichir une minorité et permettre à la majorité de vivoter. Et ensuite ?Retour ligne automatique
Quel que soit le domaine envisagé, la maîtrise de la croissance démographique constitue un préalable mais il est d’autant plus difficile à surmonter qu’il exige une (peu probable) évolution radicale des mentalités.

Allas Di Tlelli

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