24 mai 2017

Agressions racistes en Tunisie

Le Premier ministre tunisien Youssef Chahed a appelé à l’examen «en urgence» par le Parlement d’un projet de loi pénalisant le racisme. Une déclaration qui intervient à la suite d’une manifestation d’étudiants africains dénonçant de «multiples cas d’agressions». Notamment celle de trois Congolais, qui a eu lieu le 24 décembre 2016 à Tunis.

Des dizaines d’attaques racistes

Deux des personnes concernées par cette agression «ont eu la gorge tranchée et la troisième a été poignardée», a déclaré à l’AFP le président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie (Aesat), Rachid Ahmad Souleimane. Les victimes sont un homme et deux femmes, selon le site realites.com.tn. Deux jeunes filles «ont été blessées au couteau», a rapporté de son côté l’agence tunisienne TAP. Un compatriote «est intervenu pour les défendre» et «a été blessé, lui, au bras».

L’agresseur «serait un jeune Tunisien rapatrié de France», selon la même source. Il «a été arrêté et placé en garde en vue». Il souffrirait de «troubles psychologiques accentués», affirme son père.

Le lendemain de l’attaque, le 25 décembre, une centaine de personnes ont manifesté à l’appel d’associations d’étudiants africains pour dénoncer la situation subie par de ces étudiants dans le pays.

Dans un premier temps, les autorités ont évoqué un «acte criminel» sans écarter un mobile raciste. Les ministres de la Santé et des droits de l’Homme ont rendu visite aux victimes hospitalisées.

Mais le 26 décembre, le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, a demandé l’examen «en urgence» par le Parlement d’un projet de loi pour pénaliser le racisme. «Il faut une stratégie nationale afin de changer les mentalités (et) une loi qui criminalise la discrimination», a déclaré Youssef Chahed dans un discours prononcé à l’occasion d’une «Journée nationale contre la discrimination raciale». «L’initiative législative présentée il y a presque deux ans au Parlement est une étape vers (…) la poursuite des auteurs de ces crimes (…). Il faut aussi lancer des campagnes de sensibilisation», a-t-il ajouté. Selon certains juristes, le pays ne compte actuellement aucune loi spécifique à la lutte contre les discriminations.

Dans un communiqué, huit ONG tunisiennes ont dénoncé le même jour «une agression raciste sauvage». Tout en appelant les parlementaires à adopter rapidement le projet de loi.

Par Laurent Ribadeau Dumas, Franceinfo

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