26 juin 2017

Alger au XVIIIe siècle : Douane

La douane du Levant se fait à la porte de la Marine. On n’ouvre point les balles, on ne fait que les peser et on prend 30 sols de douane par quintal. Les choses de soie devraient payer 3%, mais comme on n’ouvre rien, elles passent comme toilerie grossière. Il y a certains objets tarifés, mais tout à très bas prix.

Tout ce qui vient de chrétienté doit aller chez le dey, mais en s’entendant avec le codgea qui fait le compte ou le khrasnagi ou le vekil khradg de la laine, on trouve moyen de passer beaucoup de choses. D’ailleurs les Turcs ne sont point stricts sur ces sortes de choses, et dans toute la Turquie, lorsque la douane est régie par les Turcs on trouve beaucoup de douceur. Les articles de sortie rendent peu à la douane ; le plus fort est celui du vermillon, dont on fait environ 200 quintaux par an ; il vient de Mascara et de Belidé.

La douane d’Alger, si elle était plus rigide qu’elle n’est en usage de l’être, rendrait dans ce moment, où le commerce d’entrée a fort augmenté, 3 ou 400,000 livres. Mais comme toutes les marchandises sont tarifées à un prix qui n’est pas le quart de leur valeur, il arrive que les juifs, qui devraient payer 12 1/2 %, n’en payent pas réellement 4 et que les Européens et les Maures, qui doivent payer 5 %, en payent à peine 1. Dans toute la Turquie, lorsque les Turcs eux-mêmes tiennent la douane, elle se fait partout avec beaucoup de douceur ; mais lorsque les chrétiens et les juifs en sont les maîtres, elle est alors aussi rigide qu’en Europe, à l’exception de la contrebande, qui, lorsqu’elle est surprise, ne paye jamais que le double. A Alger, le fer, les planches et tout ce qui est munition de guerre ne paye rien de douane. Un bâtiment qui entre vide et sort vide du port d’Alger doit un demi-ancrage.

Tout objet de bouche, une couffe de dattes, un panier d’oranges, ne peut être embarqué sans une permission particulière du dey ; le khrasnagi n’ose souvent pas prendre sur lui d’en accorder la permission. On choisit pour cela un chaouch maure qui accompagne l’objet en question jusqu’à la porte de la Marine, où se tient le codgea de la douane. Toutes choses venant d’Europe sont portées du bâtiment à la maison du dey, où le khrasnagi fait la douane, et les grands écrivains en prennent note. Le codgea douanier qui n’est en place que pour 2 ans, régisseur à 10% de droit, ne retire que là douane de tout ce qui vient du Levant et le peu d’objets de sortie qui ne sont point de contrebande, ou qui n’exigent pas une permission particulière du gouvernement, et ces derniers objets sont en très petite quantité.

à suivre…

Alger au XVIIIe siècle par Jean-Michel Venture de Paradis (1880)

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