22 juin 2017

Alger-Marseille par bateau

Prendre le bateau d’Algérie vers Marseille est une expérience qui vous rapproche autant qu’elle vous éloigne du peuple. Et cela bien sûr, quand il s’agit d’un peuple. Mais nous les Algériens, on est un peu-plus. Avant d’embarquer sur un bateau algérien, vous passez par le port d’Alger où du balayeur au directeur des Douanes, chacun a son avis sur ce qu’ils veulent faire de vous. Avant de pénétrer au port en arrivant au grand portail, il y a une demi-douzaine de policiers qui discutent gaiement et un d’eux vient vers vous en déambulant : « Marseille ? Ara passeport ! » Vous lui donnez le passeport et il vous indique le chemin à suivre. On arrive devant un hangar que partage un policier avec des chauves-souris aussi déchues que lui, il vient vers vous en partant, un peu comme le « Moonwalk » de Michael Jackson et laisse abruptement et sévèrement tomber : « Marseille ? Ara passeport ! ». Dix mètres plus loin, il y a une petite cabine et à l’intérieur, un policier en chemise blanche engagé dans une conversation téléphonique houleuse vous demande : « billet, carte grise et passeport ! ». Vous lui remettez tout cela et il vous délivre la carte d’accès. Vous faites 100 mètres et vous trouvez un policier et quelques douaniers qui sont à l’accès aux « formalités de Douanes » qui s’ennuient et le plus zélé vient vers vous en mâchant : « Marseille ? Ara passeport ! » Il fait semblant de regarder le passeport et vous montre le bureau qui est à deux mètres de vous, comme si vous ne saviez pas lire ou que vous étiez aveugle.

Devant le bureau des formalités des douanes, il y a une femme qui vérifie les passeports et deux policiers qui regardent ses seins bouger en tendant la main vers vos papiers, elle vous demande sans regarder : « Billet d’accès, billet, titre de passage, carte grise et…passeport ! ». Quelques 20 minutes plus tard, elle vous redonne vos papiers et vous lance : « Bon voyage ! ».

Vous remontez dans votre voiture, vous faites 50 mètres et un douanier vient vers vous en marmonnant : « Ara passeport !! win rak rayeh ? » (Donnez-moi le passeport ! Où allez-vous ?). Vous lui répondez et il vous redonne le passeport comme s’il voulait juste voir la photo et vous demande d’attendre là où vous attendiez déjà. Vous attendez pendant une bonne demi-heure et un autre douanier vient vers vous et vous demande en regardant ailleurs : « Marseille ? Ara passeport ! dirt scanner woula mazel ? » « Marseille ? Donne ton passeport, as-tu fait un scanner ou pas encore ? » Vous dites « mazel » et il vous demande d’aller faire le scanner et de revenir au même endroit pour être fouillé. Le scanner est à 500 mètres et chaque 65 mètres, il y a un policier qui vous demande votre passeport.

Arrivé à l’étage du scanner, il y avait une queue de 30 voitures, de quoi y passer l’après-midi. Je décide de fermer la voiture et d’aller aux toilettes. Je descends, je cherche les toilettes et je rencontre un douanier sur mon chemin. Il me demande où je vais, je lui dis que je vais aux toilettes. Il me regarde et me dit : « toilettes ? Ara passeport ! ». Je lui réponds alors qu’il est dans la voiture. Il me demande de ramener la voiture. Je lui réponds que le passeport serait plus léger, je suis garé loin et coincé dans la file de voitures. Il m’indique alors les toilettes qui sont à l’étage au-dessous.

Fin de la première partie

Hmimi O’Vrahem

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