21 avril 2017

Algérie : Les dessous du 4e mandat

Disons-le tout de suite le 4e mandat est une insulte au bon sens, une honte, une extrême aberration qui traîne dans la boue la notion de l’État et qui ridiculise ses « citoyens » ainsi que les régimes occidentaux qui en sont les principaux soutiens tel que l’État français, une prostitution politique… et tout ce qu’on veut, cela est indiscutable.

Sauf que des questions se posent en filigrane de ce fameux « 4e mandat » et de cette soudaine énième petite mobilisation de « rue » dans une Algérie qui, dans l’ensemble et en dehors de la seule Kabylie, sombre dans le formol.

Première question : Pourquoi le 4e mandat suscite-t-il ce rejet quasi obsessionnel qu’on n’avait pas vu lors du troisième, du deuxième mandat et même lors du premier mandat et on peut remonter ainsi jusqu’en 1962 tant est si bien que l’élection à l’algérienne a été systématiquement un viol de la démocratie et de l’État de droit, si tant est que ces deux notions aient existé un jour dans cette région du monde. Si certains opposants de pacotille avaient, directement ou indirectement, apporté leur caution à Bouteflika et au 2e puis et au 3e mandat par leur intégration de son gouvernement, notamment au début de son règne, ou par leur participation dans les mêmes mascarades électorales qui l’ont vu reconduire son népotisme jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas aujourd’hui qu’ils viendront se refaire une virginité avec le simulacre de rejet d’un 4e mandat qui n’est que la continuité des précédents mandats tout aussi honteux et méprisants et du même système qui dévore ce pays légué par la France colonialiste depuis 1/2 siècle.

Deuxième question : S’acharner contre un 4e mandat peut être une option de lutte, soit. N’est-ce pas, cependant, une autre forme de manipulation au profil des clans du même système qui souhaitent reprendre le dessus sur le clan dominant actuel, celui du nain d’Oujda, le tout garantissant la pérennité du même système ? Sinon, pourquoi se focaliser sur un 4e mandat qui, dans l’absolu, n’a rien de particulièrement choquant par rapport aux mandats précédents, à toutes les présidentielles passées et à toutes les mascarades électorales nationales qui font et défont les façades d’un État qui lui, n’a jamais changé de nature ?

Hormis la guerre contre la Kabylie en 1963, la révolution du printemps d’avril 1980 et le soulèvement populaire du printemps noir, tous ayant eu comme arène la Kabylie, et au-delà de toutes ces questions objectives d’un citoyen qui est revenu de tout et qui, en a vu tellement de soubresauts sporadiques élevés au rang de « révoltes » par une opposition maison, comme celui qui tente de se produire aujourd’hui et ce, au-delà même de la sincérité de certains militants qui, selon leur propre conception de la lutte, continuent de penser que mieux vaut tard que jamais , que ça serait la meilleure façon d’agir et que, pris dans le feu de leur fougue, croient que cette fois-ci, ça sera la « bonne » comme d’autres, avant eux, avaient mis une foi démesurée dans les précédents soubresauts qui se sont allumés puis éteints dans un anachronisme effarant vis-à-vis de l’histoire, de la nature des peuples d’Algérie et devant l’absence flagrante d’une alternative démocratique et laïque ; comme dans tous les pays où l’islam est plus ou moins dominant, le seul courant prêt à prendre le pouvoir étant l’islamisme.

Or, une telle perspective serait synonyme d’un Adieu à tout espoir de démocratie qui n’est déjà qu’un spectre dans l’imaginaire collectif, la surenchère religieuse ayant produit une islamisation profonde qui, n’en déplaise à François Hollande, est aux antipodes de l’esprit d’une véritable démocratie moderne. Aussi, s’imposer le choix périlleux, jadis rejeté, entre le « choléra et le typhus » (dictature militaire d’essence arabo-musulmane et islamisme) serait une injure et un second assassinat de tous les militants et des centaines de milliers de victimes du terrorisme islamiste et ce, à l’ombre de l’ultime reniement des tenants d’une certaine vérité des années 90 qui consistait alors à affirmer, à juste titre d’ailleurs, que « l’islamisme c’est comme la mort, on en fait l’expérience qu’une fois »…

Autre époque, autres mœurs, dans la gigantesque et émétique pièce théâtrale mise en scène par le régime en place et sur les planches, « normalisation oblige », tout le monde s’acoquine avec tout le monde dans des Actes et un casting qui intègrent jusqu’à une opposition factice, totalement vidée de sa quintessence politico-idéologique, qui continue de se prendre au sérieux refusant de constater le vide sidéral qu’elle a réussi à réaliser autour de ses sigles transformés en véritables appareils de carriéristes sans scrupules au service du régime qu’ils déblatèrent tout en s’engraissant dans la paume de sa main. La même odeur émane du tas, le citoyen ne prêtant aucune attention à ce suranné cirque de mauvais goût qui, trop de fois ressassé avec des décors différents pour les besoins de l’adaptation et de la mise en scène, a fini par susciter l’indifférence, le dépit, le doute et parfois, la dérision et des sarcasmes.

Enfin, dans toute cette bouillabaisse algérianiste épicée au nationalisme arabo-musulman, il reste une constante que beaucoup refusent d’admettre par ambition, par calcul ou par lâcheté :

La Kabylie. Plus que quiconque, elle a été dans la ligne de mire du régime depuis bien avant la fin du colonialisme français (à ne pas confondre avec indépendance). Elle a été aussi la « région » qui s’est toujours opposée en bloc à ce régime et à l’islamisme pendant qu’ailleurs, l’opposition s’est confinée dans des poches éparses, élitistes et totalement marginales par rapport à des populations étirées en permanence, entre l’islamisme et le système en place. Ainsi, avec ou sans 4e mandat, la Kabylie sera-t-elle mieux traitée ou reconnue dans ses droits économiques, identitaires, culturels, sociaux et politiques ? La réponse coule de source, par conséquent, elle n’a pas le moindre intérêt à continuer d’investir inutilement du temps et de l’énergie, souvent du sang et des larmes aussi, en étant certaine de se retrouver, comme toujours, isolée. Ce scénario qui dure depuis 1926 doit être rangé et remplacé par un autre qui prendrait en compte les virages ratés de l’histoire et qui en tirera les enseignements qui s’imposent. La Kabylie ne doit donc plus se mêler, de près ou de loin, aux tiraillements claniques d’un système mortifère qui, dans tous les cas de figures, poursuivra la politique raciste et kabylophobe qui martyrise la Kabylie jusque-là et ce, dans l’indifférence généralisée des algériens.

Renoncement totale à la politique algérianiste et engagement effectif et collectif dans le recouvrement de la souveraineté politique et économique de la Kabylie, restent l’unique voie du salut à même de mettre définitivement un terme aux mêmes errements des acteurs kabyles qui, maintes fois, sont allés jusqu’à renier leur kabylité pour « le bien-être de l’Algérie« . En vain.

Allas DI TLELLI