Algérie : Recrutement direct interdit – retour au modèle stalinien !

Très bientôt, aucun recrutement direct ne pourra être effectué sans passer obligatoirement par des boîtes de placement : « nous sommes en train de faire adopter par le gouvernement les textes d’application de la loi sur la gestion du marché du travail » ainsi s’exprima, M. Annan, directeur de l’emploi au ministère de l’Emploi.

Décidément ! L’Algérie post-indépendance ne cessera jamais d’étonner son monde !

A l’heure de la mondialisation, du village planétaire, des entreprises multinationales et au mépris de ses discours appelant à la multiplication des IDE (investissement directs étranger), des multinationales et invitant le privé, à plus de dynamisme sur le marché local. Voilà que l’Algérie, arabo-algérienne, vient de se faire rattraper par son passé dictaturo-socialiste !

Un décret de loi, vient d’être voté, interdisant le recrutement direct par les entreprises sur le sol algérien ! Un retour cruel aux années des souks-el-fellah, cette période où un kilo de patates toutes rabougries, devait s’acheter dans des marchés étatiques, désespérément vides, tant la maârifa (le piston), la chipa étaient les seuls moyens d’avoir quelques pommes de terres, que même les ânes occidentaux refuseraient. Il fallait compter pour 1 kg, 300 gr de déchets, 200 gr de terre, 100 gr de germe, c’étaient les années mémorables des patates, issues de révolution agraire, le fiasco agricole de l’Algérie boumboumiste.

Au lieu d’apprendre de ses erreurs, imiter le monde, et persévérer pour satisfaire aux exigences modernes d’une nation ! Voilà que l’Algérie de 2006, fait sensation, en innovant dans un domaine, qu’elle connaît bien, la malfaisance, en décrétant la nationalisation de la main-d’œuvre, l’étatisation de l’accès à l’emploi !

Beaucoup d’entre vous s’interrogent déjà, sur le pourquoi de cette nouvelle politique restrictive ! De cette innovation, toute algérienne, dans la gestion des ressources humaines, domaine dans lequel, du reste, elle ne s’est jamais montrée, très brillante ! Pour preuves, ses cadres, ses forces vives, sa jeunesse, quémandent, à coups de files interminables, des visas, dans toutes les chancelleries ayant une représentation sur place, il n’y a guère que l’Éthiopie, qui échappe encore à cette fuite en avant des Algériens.

Je suis sûr, qu’on nous expliquera demain avec force détails, dans les journaux officiels et l’unique, que l’objectif de cette nième mascarade législative, est de faire le bonheur des entreprises algériennes et du peuple, en proposant l’homme qu’il faut, à l’entreprise qu’il faut !

Ce slogan ne vous rappelle-t-il rien ? Allez ! Je vous donne encore 5 minutes… vous n’avez pas trouvé ?! Allons allons ! Quelle mauvaise foi ! « La révolution par le peuple et pour le peuple » ! … ou encore « la terre à celui qui la travaille », « homme qu’il faut à la place qu’il faut », etc.

Tant de slogans que l’Algérie Boumediéniste a égrené, tout au long de 3 décennies de dogme socialiste. L’Algérie de la patate d’État, de la sardine d’État, du fromage rouge d’État…. ah ! le fromage rouge ! Vous vous en souvenez ?… il était tellement introuvable, que beaucoup d’Algériens croyaient vraiment qu’il était de couleur rouge, ne sachant pas qu’il devait son surnom, à sa croûte en cire rouge, qui enrobait cette boule ! Pitoyable !

Réussissant à traverser, tant bien que mal, une autre décennie noire, la décennie sanguinaire, celle de l’islamisme assassin, des égorgements de bébés, des charniers et des assassinats ciblés, qui a vu disparaître plus de 200.000 vies. Après avoir réussi à contenir le terrorisme urbain, voire même à l’asphyxier, en tout cas, à fortement réduire son pouvoir de nuisance ! Cette Algérie, n’a rien retenu de ses errements politiques. Comme si, elle était vouée à répéter indéfiniment, ses maux, par le pouvoir d’une malédiction ancestrale, pesant de tout son maléfice sur cette population. Voilà que ses décideurs, ses stratèges, que dis-je ? Ses apprentis-idéologues, se tirent une fois de plus, une balle dans le pied !! En expurgeant les prisons de la bête immonde, libérant indistinctement les égorgeurs, les terroristes, les islamistes, les fumistes à l’exception bien sûr, des journalistes, qui restent seuls, voués aux gémonies du pouvoir algérien !

Ainsi vont les paradoxes en Algérie ! Aux premières années de l’indépendance, on scolarise à tour de bras, avec une politique de l’école gratuite pour tous ! Vous ne voyez pas le rapport ?! Soyez patients ! Un jour les experts algériens en politologie (hic) ont trouvé que çà marchait assez bien, même de trop ! Alors ils ont décidé de mettre un peu de sable dans les rouages, un décret interdit la francophonie, elle s’est mise à arabiser des générations entières !

Aujourd’hui l’école algérienne, paraphrasant son président Bouteflika, qui dans une allocution restée célèbre, déclara « nous produisons des analphabètes trilingues » ! Encore une innovation algérienne. Bon an, mal an, l’école produit 30% d’analphabètes, 50% de recalés, par classe d’âge, moins de 20% passeront le couperet du baccalauréat !

Je vous entends dire que je m’éloigne du sujet ! Hé bien ! Pas du tout !

Maintenir les Algériens dans l’ignorance et l’acculturation est un objectif d’Etat, qui permet à une nomenklatura, de jouir impunément des richesses, dont la terre algérienne regorge. Par le jeu du favoritisme clanique et familial, de la corruption, de la prévarication, des détournements et j’en passe.

Mais revenons à l’étatisation du recrutement, pourquoi diable, aller à contre-sens, des canons de l’économie internationale, connus et éprouvés ? Pourquoi revenir au modèle Stalinien en 2006 !

Oui pourquoi ? Il doit bien y avoir une raison ? une très très bonne raison ! Ben oui ! toujours la même, le maintien des privilèges de certains cercles occultes, qui se sentant menacés, par la récente libéralisation de l’économie, tentent un retour à l’ère du dirigisme politique, digne des années Boumediene, l’ère des sociétés « nationales », les Sonelec, les Sonacom, les Sonatiba, les Sonelgaz, bref çà sonnait de partout, mais çà ne répondait jamais, aux besoins du peuple. 3h de queue pour obtenir 1 l d’huile de friture, 4h pour un plateau d’œufs, 6h pour 250 gr de fromage rouge, 20 ans pour une Zastava (une voiture tchèque ou roumaine qui sait ? et qu’il fallait jeter au bout d’un an), 2ans pour un frigo marque Sona-machin, 3 ans pour un téléviseur NB, je ne vous parle, même pas, du téléviseur Couleur, celui-là, il fallait connaître, au moins, un ministre !

Et n’allez pas penser que postuler dans ces entreprises nationales, était chose aisée. Pourtant le recrutement était, tout ce qu’il y avait d’étatique et d’indirect, avec annonces par voie de presse, publicité en bonne et due forme auprès de l’ANEP (agence nationale pour l’édition et la publicité). Et pourtant occuper un poste au sein de ces entreprises d’État, relevait du parcours du combattant, en plus du diplôme, du dégagement du service militaire (2 ans à l’époque), de l’aval implicite du mouhafed de la kasmate FLN de votre localité (secrétaire local du parti unique FLN), au cas où vous auriez commis une indélicatesse à l’égard de la politique suivie par la chère patrie, comme par exemple, déclarer en public que les tomates de cette année sont trop rouges et vous étiez, manu-militari, embarqué, fiché, pour dénigrement de la révolution agraire, adieu donc l’extrait du casier judiciaire vierge.

Et quand bien même, vous échappiez à tout çà, il vous restait à convaincre, avec monnaies sonnantes et trébuchantes, quelques fonctionnaires, qui vous indiqueront avec beaucoup de discrétion, à quelle porte frapper. Là encore, il fallait montrer patte blanche, plus exactement portefeuille garni, ou se prévaloir de quelques puissantes connaissances, Flen ben flen, des Si-machin ou encore mieux, le sésame des sésames, celui qui ouvre toutes les portes, un lien avec un quelconque général-couscous ! Vous n’avez pas un général sous la main, pas grave un colonel, peut parfois suffire ! En tout cas, il faut qu’il porte son Képi, le jour de l’entretien d’embauche,… euuh pardon ! Du téléphone d’embauche, car avec un ami comme celui-là, pas besoin de se déplacer jusqu’à l’usine ! Tant pis, pour tous les autres, qui auront dépensé, leurs dernières économies, à arroser les mauvaises personnes.

Vous voyez maintenant où je veux en venir ! C’est un nouveau business, qui s’ouvre en Algérie, s’articulant autour de l’organisme public, l’ANEM (agence nationale pour l’emploi et la main-d’œuvre) et les agences de placement privées agrées, notez la nuance, agence de placement et non agence de conseil en ressources humaines, que des généraux-affairistes, des députés-commerçants, des policiers pourris, des gendarmes-corrompus, des importateurs-fantômes peuvent légalement créer ; étendant ainsi, leurs réseaux de prédation.

Mais là, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. L’autre l’objectif, non avoué, est purement politique. Dans une Algérie, où il ne se passe pas un jour, sans qu’une émeute éclate dans toutes les régions d’Algérie ; livrant les villes et les biens au pillage, au feu et au chaos, ce qui n’est pas fait pour rassurer, les affairistes et les trabendos de tous poils.

Ces politiciens, marchands de biens, trouveront dans cette nouvelle procédure, le levier idéal, pour calmer la plèbe et cette jeunesse qui casse tout ce qui brille.

Des emplois, distribués par le fait du prince et du ministre, aux personnes qu’il faut. De quoi largement acheter, des imams prêcheurs et leurs entourages, qui dicteront le moment venu, les bonnes fatwas ; des marabouts, membres de puissantes zaouïas, qui distilleront la bonne parole, dans les crânes malléables des enfants ; quelques jeunes de quartiers, qui jouent aux caïds du vendredi ; des meneurs au sein d’organisation para-religieuse, des associations d’étudiants ; des syndicalistes, des organisations de masse comme Unja, etc. enfin bref ! A tous les empêcheurs de s’enrichir en paix !

Mais le machiavélisme algérien va plus loin, dans une Algérie déjà, ultra régionaliste, quelle belle aubaine, de s’offrir légalement, de quoi affamer, les Kabyles ; casser l’élan revendicateur, l’air de liberté qui souffle dans les montagnes de ces faux-algériens, ces apostats, qu’une certaine presse, énoncent par millions en Kabylie.

Que croyez-vous ? Où sont ces milliers d’entreprises en Kabylie, qui vont nourrir ces millions de rebelles, hostiles au pouvoir ?

Certains d’entre vous, ne manqueront pas de dire, mais nous ! On a Issad Rebrab et son groupe CEVITAL !! Alors je vous répondrai, une chose simple, cette nouvelle loi, s’appliquera aussi au secteur privé ! C’est à dire qu’un Issad ou un autre entrepreneur kabyle, doit passer par ces agences de placement chapeautés par l’ANEM.

Ces self-made-men, qui sont débrouillés, seuls, pour bâtir leurs groupes ou leurs entreprises, les voilà pris au piège des désidératas de l’administration et de la bureaucratie. Voilà que des fonctionnaires aux ordres de quelques cercles occultes, vont imposer leur politique de recrutement, leurs hommes et s’inviter ainsi, dans la gestion des ressources humaines, au sein d’entreprises de droit privé et là, de nouveau, le fameux slogan « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut » prend tout son sens, celui du noyautage, de la non-qualité, du sabotage pour finalement aboutir au sabordage économique en coupe réglée.

Et croyez-moi ! C’est loin d’être une fiction tirée, d’un quelconque roman d’anticipation, mais bel et bien une réalité qui se dessine en cette Algérie de 2006, qui ne cesse de se tirer des balles dans le pied et dans le dos de ses citoyens, pour permettre à quelques prédateurs de prospérer encore et encore.

Le nouveau quinquennat de Bouteflika, finira comme il a commencé, dans le chaos : Musellement de la presse écrite et des médias, suppression de la liberté de culte, instauration des passdarans à l’iranienne (groupuscules naissants ici et là), réinsertion des islamico-terroristes dans l’appareil d’état et dans la société civile, fermeture des écoles privées, retour au rigorisme islamique, un infâme code de la famille, une libéralisation économique ratée etc.

Ainsi va l’Algérie, qui rate tous ses rendez-vous avec l’histoire !

Franci

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