Autonomie de la Kabylie : A quoi faut-il s’en tenir ?

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Dans les années 90, elle ne paraissait en effet que comme telle : une option éventuelle, voire aléatoire. Quelques militants avaient encore le mince espoir qu’une mobilisation exceptionnelle pouvait amener le pouvoir d’Alger à de meilleurs sentiments. On a vu par la suite que c’était un leurre.

Le Beni-Hillalisme qui a investi l’éducation en Algérie est résolument allergique au « sociétal kabyle ». Nous devons quant à nous assimiler cette donnée comme étant objective et immuable ! Le boycott de l’école de l’Etat est là pour nous le rappeler : action gigantesque ; toute la Kabylie s’y est mise ! Et mobilisation étalée dans le temps : une année scolaire !. Et de piètres résultats !… On peut aussi ranger le bilan du printemps noir dans le même tiroir des frustrations : rien à gratter chez les Beni-Hillal. Sauf que sur ce coup-là nous avons eu des handicapés et des morts.

Ne pas en tirer des leçons sérieuses serait criminel de notre part. Qu’on se le dise une bonne fois, aucun espace pour le berbère ne sera libéré par des revendications, aussi fermes soient-elles. Telle est l’équation qu’il nous faut résoudre.

Dure réalité

Depuis 1980, que de banderoles peintes, que de textes rédigés, que de coups reçus ! A chaque démonstration, le pouvoir a fait semblant de réfléchir. Lorsque la température a par la suite baissé, il a dit : « c’est niet ». Et l’éternel recommencement a bouclé la boucle. Voilà pourquoi les Aârouchs, mais aussi le MCB d’antan se sont cassé les dents : on ne demande pas au pouvoir, on instaure une situation de fait ! Et on tient la position !

Aujourd’hui le mouvement kabyle – et nous nous devons de l’admettre- est en décomposition pratique faute de perspectives « clé en main » utilisables immédiatement. Car il est sous cette accoutumance. Rappelons que ses divers soubresauts, même quand ils ont atteint des sommets, n’ont jusqu’ici été alimentés que « grâce » aux agressions externes : par les arabistes d’abord (1979 notamment) puis par la conjugaison arababiste-islamiste (depuis les années 90). Et l’ensemble avec l’appui de la logistique de l’Etat.

C’est dire si les ennemis de la Kabylie sont nombreux ! Et puissants ! C’est dire aussi si nous prêchons avec une certaine naïveté. Le mouvement de 80 lui-même, aujourd’hui sacralisé, n’a été au départ qu’une réaction face à l’arabisation totale de l’administration. Et j’en sais quelque chose ! Aussi le salut de la Kabylie ne viendra que lorsqu’elle aura rompu avec cette logique qui consiste à attendre un nouveau coup bas pour rebondir. Pour ce qui concerne notre « diplomatie », il faut que nous nous le disions :

Nous n’avons pas d’alliés internes ,

Cette logique « clé en main », nous la retrouvons encore et toujours avec l’émergence de la « tendance » autonomiste qui ne serait qu’une simple solution de rechange comme les autres finalement, avec le coup de gueule en prime. En gros nous dirions au pouvoir : si vous continuez à refuser de prendre en charge tamazight, eh bien nous allons sérieusement nous fâcher cette fois. Nous agiterons l’étendard autonomiste, et voire « plus ». Ce « voire plus » a été affirmé par le porte-parole MAK dans une interview. De là à la perception sécessionniste, voire folklo, il n’y a même plus de pas à franchir. D’ailleurs une bonne frange de la population nous voit comme tels : des séparatistes inconséquents. Il est vrai que sur ce registre nos ennemis historiques, mais aussi nos petits copains du RCD-FFS forcent le trait du portrait-robot autonomiste. C’est de bonne guerre ! Nous devons non seulement nous défendre de ces clichés hélas vivaces et sciemment entretenus, mais aussi combattre les structures qui les galvanisent.

Ni d’alliés externes

Qu’attendre de l’occident et de la France en particulier ? Absolument rien ! Nous pouvons tant que nous voulons faire les beaux en affirmant que les vraies valeurs démocratiques sont chez nous, les autonomistes (ce qui est vrai, mais peut-être que certains d’entre nous devront le prouver…). Nous pouvons claironner et nous égosiller tant que nous pouvons sur notre combat légitime, rien n’y fera. Car nous n’avons pas de poids économique ! Nous ne pouvons pas acheter l’Airbus A380 et nous ne pouvons pas faire de promos sur le baril de pétrole.

Ce sont des images, mais la réalité est têtue. Nous devons donc faire avec ces données objectives et cesser de croire au père Noël (pardon pour la référence ! on ne sait jamais avec khawtek). Voir le député X ou Y dans le monde, exposer le point de vue autonomiste peut avoir un retour bénéfique, mais à condition que la mouvance dont on se réclame ait une consistance et soit une réalité tangible et mesurable.

Or, nous savons tous que cela n’est pas le cas aujourd’hui ! Bramer de nouveau ne sert à rien. Il faut que nous nous construisions dans les idées avant tout et que nous mettions ces mêmes idées graduellement en pratique. La question de la structuration viendra naturellement en seconde étape, lorsqu’il y aura une certaine symbiose entre nous tous. Nous sommes en réalité dans les ténèbres du sous-sol. Rétablissons avant tout la lumière.

Les aléas ont fait que le bébé a atterri ponctuellement dans les mains de Ferhat. Un jour ou l’autre il lui sera demandé un bilan. Sur le plan stricto sensu juridique, il représente le MAK et non les autonomistes dans leur ensemble. Pour ma part, je lui reconnais le mérite d’avoir levé (en partie) le tabou de l’idée autonomiste. Tout comme il me frustre lorsqu’il se veut le rempart au « nine ilaven ». Gaspiller son énergie à faire la danse du ventre devant Bush ou Chirac relève d’une certaine naïveté tant l’urgence est ailleurs.

L’exemple de l’organisation des épreuves du berbère en France est illustratif : elles n’ont pas été confiées à Chaker, pourtant référence en la matière. C’est que le rapport de force est ailleurs. Aussi, notre tâche immédiate est d’abord d’investir, puis de consolider l’intérieur. Bien entendu, le mouvement autonomiste finira par remettre les pendules à l’heure. Sauf que le temps presse. L’avenir ne durera longtemps que si nous saisissons les enjeux du présent.

De l’autonomie pratique

Il serait toutefois incorrect d’affirmer que les mobilisations, souvent grandioses, n’ont servi à rien. Elles ont tout de même permis de nous affirmer en tant qu’entité kabyle tout en orientant nos valeurs vers l’universalité : échanges démocratiques, ouverts et libres, organisations horizontales, etc.

Ces actions nous ont aussi aidé à mieux connaître nos ennemis, et notamment le pouvoir. Pourtant le fruit produit par ces luttes a un goût plutôt âcre. Il faut qu’on se le répète : la stratégie qui consiste à revendiquer au pouvoir est inefficace. Il ne cédera jamais rien de tangible. Voilà pourquoi la Kabylie est contrainte de gérer elle-même son école, sa langue, sa culture, son économie. Et cela s’appelle l’autonomie.

Et désormais, c’est la seule voie praticable. Mais il faut savoir la négocier ! Reprendre la stratégie revendicative serait l’erreur fondamentale à ne pas commettre. Tout comme déléguer ce projet à quelques personnes, aussi brillantes soient-elles, serait la pire des méprises. Et nous y sommes précisément. Il est évident que le ratage de ce tournant fera peser sur la Kabylie les pires représailles. Retour ligne automatique
À titre d’exemple, on voit ce qu’endurent les kurdes suite à un certain aveuglement de leurs élites. Voilà notamment pourquoi il ne faut plus laisser « en gérance » cette question.

Cet apport ne cherche pas, bien entendu, à proposer un programme complet. Cela relève d’une affaire collective. Néanmoins, je suggère ces deux points de démarrage vers l’autonomie pratique. Le mouvement kabyle authentique (culturel et politique) devrait pouvoir se l’approprier quand il sera prêt :

Organiser des enseignements en berbère et en français dans les écoles de nos villes et villages (et pas dans le privé seulement). Un cahier des charges concernant le contenu des enseignements pourra être mis sur pied.

Collecter des fonds pour rémunérer les formateurs. En effet, il faudra s’attendre à ce que l’Etat leur coupe les vivres. Sécuriser ces cours…

Il faut savoir sortir de la légalité tout en restant pacifiques. Pour ma part, la non-violence n’est pas le substrat d’un quelconque fétichisme. Mais aujourd’hui les Kabyles n’ont pas le choix : instauration de l’autonomie dans les faits à travers la désobéissance citoyenne !

Sifaw

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