24 juin 2017

BRTV et débat sur le destin de la Kabylie

La BRTV organise un débat sur le destin de la Kabylie : autonomie, fédéralisme, régionalisme, statu quo… Tout est mentionné sauf l’autodétermination et l’indépendance !

Incroyable, voilà que la BRTV organise un débat sur l’avenir de la Kabylie en adoptant un discours qui s’apparente très clairement à celui du MAK. Jugez-en par vous-même à travers cet étrange communiqué de presse de la BRTV que nous avons décortiqué pour essayer d’en savoir un peu plus sur les intentions réelles de la BRTV. Celle-ci serait-elle réellement en train de se kabyliser ou est-ce une simple ruse de sioux ?

L’étrange communiqué de presse de la BRTV commence en ces termes :

« Sinistrée économiquement, abandonnée ou trahie par ses élites, matraquée et clochardisée par un pouvoir central qui, souvent, la craint et, continuellement, la méprise ; stigmatisée aussi, car mal comprise, par le reste de l’Algérie, cette Kabylie belle et rebelle, à la fois honnie et jalousée, est plus que jamais au centre des débats. » …

Et la BRTV qui poursuit en disant :

« Voilà sans doute pourquoi (Et c’est une grande première) la BRTV décide d’organiser cette joute politique en donnant la parole à toutes les tendances en vogue en Kabylie. Messieurs Bouakouir, Heddag, Ouachek et Hireche seront en direct ce vendredi sur le plateau pour exposer en toute liberté, comme c’est de coutumes sur cette chaîne, des points des vue différents voire des thèses opposées sur le devenir de la Kabylie. »…

on s’y croirait presque.

Relevons toutefois qu’à travers ce communiqué de presse où la BRTV parle de toutes les tendances en vogue en Kabylie, comme si le FFS et le RCD étaient encore à leurs heures de gloire après leurs alliances pour le moins… douteuses. La BRTV ne tenterait-elle pas de donner un petit coup de pouce aux deux partis kabyles pour tenter de les remettre en selle en Kabylie ? Et pour ce faire quoi de mieux que d’organiser un débat avec les seuls acteurs politiques kabyles qui prônent clairement la défense des intérêts de la Kabylie dans un discours clair, franc et sans aucune ambiguïté ? Car, il faut le rappeler, nos deux partis kabyles « légaux », le FFS et le RCD sont tout de même dans des situations plutôt « délicates » où il leur devient de plus en plus difficile de faire avaler leurs énormes « couleuvres » au peuple kabyle, tant il est vrai que le FFS passe son temps à faire des « offres de services » au dinosaure FLN et que le RCD, quant à lui, passe son temps à faire des « opérations de séduction » en direction des « anciens » du GIA.

Même si nous devions aller du principe généreux que ces deux partis kabyles seraient à la recherche de concertations avec leurs concitoyens algériens, il va de soi que celles-ci ne s’adressent pas à tous leurs citoyens, et en tous les cas, surtout pas aux Kabyles qui refusent de se dissoudre dans le magma arabo-islamique. Le FFS et le RCD ont bel et bien prouvé qu’ils peuvent se concerter avec le FLN, le RND, le FIS, le HAMAS, ENAHDA et avec toute la smala des partis arabo-islamiques que comptent l’Algérie à l’exception de leurs frères kabyles du MAK. N’ont-ils pas, tout comme la BRTV d’ailleurs, royalement boudé la conférence nationale kabyle d’At wa3vane ? Alors pourquoi les rencontrer aujourd’hui sur les plateaux de télévision de la BRTV ?

Cette même BRTV a largement couvert les « consultations » du FFS et du RCD, l’un avec le pouvoir algérien et l’autre avec les islamistes algériens mais elle a royalement ignoré la conférence nationale kabyle d’At Wa3vane, initiée, il est vrai par le MAK … Mais peut-être l’a-t-elle ignorée parce que cette rencontre concernait une concertation des Kabyles avec d’autres Kabyles et pas avec le FLN et les anciens du GIA ? On se souvient aussi que la BRTV avait couvert les consultations du Bachagha Ouyehya en prévision de la future révision constitutionnelle algérienne.

Les grandioses marches du 20 avril et du 27 avril, toutes deux initiés et entièrement menées par le MAK, ont été minimisées et la BRTV a lourdement insisté sur l’appel du MCB, ressuscité pour l’occasion. Le très professionnel Kamel Tarwiht même fait une émission, à la veille du la marche du 27 avril, en noyant le MAK — qui était pourtant l’unique organisateur de cette marche — en faisant appel à Said Khelli qui n’avait strictement rien à voir avec l’événement. Et si la BRTV a évoqué (et non couvert) la répression du 20 avril, elle n’a jamais relayée la vidéo du jeune Jugurtha se faisant lyncher par la police algérienne… pourquoi la BRTV n’a-t-elle pas jugé utile d’informer le peuple kabyle et les autres Amazighs du comportement colonial des forces répressives de la police algérienne en Kabylie mais aussi à Ghardaia où le comportement criminel de l’armée et de la gendarmerie algérienne sont pourtant flagrants ? La BRTV Est-elle réellement une chaîne berbère ou est-ce une succursale de l’ENTV camouflée sous une dénomination « Berbère » ?

Alors aujourd’hui pourquoi ce regain d’intérêt de la BRTV pour le MAK et l’Anavad ? La BRTV aurait-elle besoin de redorer son blason sur le dos de cette Kabylie qu’elle refuse d’informer ou alors partiellement et en faisant usage de faux ? Parce que tout le monde a su que les marches du 20 avril et du 27 avril étaient le fait du MAK et non du fantomatique MCB. Et pourtant, ce ne sont pas les dirigeant du MAK ou de l’Anavad que la BRTV a amené sur son plateau pour en discuter mais ceux qui n’avaient rien à voir avec l’organisation de ces marches. Pourquoi et dans quel but ?

En ramenant des membres de l’Anavad sur son plateau, la BRTV cherche-t-elle à rafistoler son image écornée auprès du peuple kabyle ? En tous cas ça en a tout l’air, et c’est pourquoi, « Et c’est une grande première », comme elle le dit elle-même, elle adopte partiellement le discours du MAK… mais seulement partiellement car si la BRTV évoque « Plusieurs pistes de réflexions (…) Autonomistes, régionalistes, nationalistes ou partisans du statu quo », elle évite soigneusement de mentionner une autre éventualité qui est pourtant bien réelle, qui est portée par une bonne partie de la jeunesse kabyle, et qui est l’indépendance…. mais attention, il y a des limites à ne pas dépasser : Les mots qui fâchent ne doivent jamais êtres prononcés : les mots indépendance et autodétermination sont tout simplement bannis.

Enfin, un dernier mot sur la partie du communiqué de presse de la BRTV qui nous dépeint Kamel Tarwiht comme un « animateur vedette » dont le professionnalisme est « confirmé au travers d’interviews rondement menées », il suffira de se remémorer la différence de traitement envers ses invités au cours de ses interviews « docilement » menées avec le ministre algérien Ouyehya et Said Sadi et « indignement » mené avec Ferhat Mehenni où, oubliant les codes de conduite de « taqvaylit », il est même allé jusqu’à demander à un père si celui-ci n’instrumentalisait pas l’assassinat de son propre fils pour les besoins de son combat… On ne savait pas que les coups bas faisaient partie de « taqvaylit » car qu’y a-t-il de plus dur que d’enterrer son propre enfant en se sentant responsable de sa mort et en étant en plus accusé d’instrumentaliser sa mort si jamais vous avez le culot de l’évoquer ?

Amayas

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