Chienne de vie IV

La schizophrénie était une norme familiale, voire sociétale. Un père ingénieur, à la retraite, qui toute sa vie a utilisé son savoir technique pointu pour accomplir sa mission. A côté de ça, aimait à sa manière femme et fille, avec poigne et dignité, sans place pour la tendresse. Force de persuasion silencieuse, verbiage sans mots, décisions unilatérales. Il ne pouvait être autrement, il était de cette génération d’hommes qui prenait son rôle de chef de famille très au sérieux. Surtout quand il s’agissait d’honneur. Féminin s’entend.

Les deux fils étaient quant à eux, libres comme l’air, l’air de rien. Libres de rien, ivres de tout. Il faut dire que l’enfant mâle est par essence un enfant roi. Surtout quand il arrive après une plâtrée de frangines. Le moindre de ses vœux, puis plus tard de ses caprices sera exaucé et l’ensemble de la famille, jusqu’au 5eme degré sera prié de s’y plier, y compris évidemment l’ensemble du panel dépourvu d’appendice.Retour ligne automatique
L’ainé, Sofiane, était surveillant général dans un lycée. Scientifique de formation, il avait atterri là un peu par hasard. Pion durant son cursus universitaire, il était devenu par la force des choses, chef de service. Et flic en chef de son bahut. Boumeziane, son patronyme, faisait trembler de terreur les mômes rien qu’à l’entendre prononcer. Il ne fallait pas se confronter à lui, les gamins le savaient bien. Des claques se perdaient. Des coups de pied au cul aussi.

Quand il avait fini de cogner les plus récalcitrants d’entre eux, il se consacrait à sa deuxième vie : cogner des percussions. Il jouait dans un bar à chichas clandestin à Tizi Wezzu, et se noyait d’ivresse dans les bras du chaabi. Une musique bien de chez lui, bluesy à souhait qui offrait du rêve et une douce cotonnade pour éponger les désespoirs des jeunes de sa génération.

A suivre…

Tayirat

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