28 juin 2017

Chienne de vie V

Kamel, le benjamin était gérant d’une boutique d’informatique. Lui, l’école n’était pas son fort, indiscipliné et rebelle, comme l’épi qui pointait au milieu de son crâne ; tous deux arboraient une mine fière et n’avaient peur de pas grand-chose. Retour ligne automatique
Il avait tenté le bac, tout de même, pour faire plaisir aux parents, qui eux avaient espéré faire leur l’adage qui dit : jamais deux sans trois.

A sa troisième terminale, et après avoir décroché une mention spéciale à son examen d’école buissonnière, il prit les devants et expliqua au patriarche son projet professionnel.

Durant ces trois années de séchage actif, il se réfugiait quand il n’y avait rien d’autre à faire, dans un cybercafé. Au départ, il payait ses connexions avec l’argent de ses repas, puis au fur et à mesure, le patron du cybercafé le laissait surfer tranquillement en échange de deux ou trois heures de surveillance de son commerce, quand il avait des courses à faire.

Trois ans c’était bien suffisant pour devenir un pro en informatique. Quelle formation aussi précise aurait-il obtenu en décrochant son bac ? Après des centaines d’heures à arpenter les couloirs du web, sa connaissance surpassait celle de ses pairs. Aussi, c’est tout naturellement qu’il dépanna amis et voisins. Il n’avait jamais eu l’intention de se faire payer pour ces services rendus. Mais en bon commercial qu’il allait devenir, il comprit assez vite que sa réserve et son innocence feintes seraient des alliées de marque.

Au début, il refusait, en jurant tous les bons saints d’Alger et environ qu’il ne faisait pas cela pour ça, qu’il le faisait de bon cœur – voulait-il dire que tous les commerçants agissent sans cœur – qu’à la rigueur, il acceptait un thé fumant ou une garantita gazouze sur le port. Que nenni !

Peu à peu, sa réputation en fit quelqu’un, le bon pote qui dépanne sans avoir besoin de passer par l’atelier qui coute un bras. Sa voie lui apparaissait, de mieux en mieux éclairée. Il en ferait son métier. Avec les quelques deniers amassés, il s’inscrivit dans une école privée et obtint son brevet de Technicien Supérieur.

Quand Kamel, présenta son diplôme en lieu et place de son bac, en expliquant posément ce qu’il envisageait de faire de sa petite vie, c’était quand même avec une dose d’appréhension. Il n’est jamais facile d’affronter le paternel, même si en l’occurrence, ce dernier voyait bien que son petit dernier n’avait pas l’étoffe d’un chercheur.

Soit, ainsi que le dit Kipling, tu seras un homme, mon fils. Kamel se lança. Retour ligne automatique
A suivre…

Tayirat

UA-10888605-2