22 avril 2017

Chienne de vie VI

Les jeudi soirs se ressemblaient beaucoup. Ils participaient eux aussi de la schizophrénie générale. Le paternel entrerait d’un moment à l’autre de sa rituelle partie de dominos, au café maure, ou ce qu’il en reste, du coin.

Sofiane, libéré de ses missions éducatives terrorisantes depuis le début de l’après-midi, émergerait peu à peu d’une longue sieste, prenant le temps de s’attarder devant son sempiternel café crème msemen avant de s’attaquer à sa seconde journée : une longue nuitée devant ses bendirs et derboukas. Le Mzab était le nom de son repaire à partir de 21h. Salon de thé de midi à 18h, il accueillait jeunes couples et familles autour d’un snack ou d’un Fanta fraise, le temps d’une halte bien méritée.

A la tombée de la nuit, sa vertu s’envolait, son côté sombre se dévoilait et les narguilés se dénudaient devant les lèvres avides de ses habitués. Officiellement l’établissement était fermé. Aussi c’est par une porte dérobée que les usagers entraient, empruntaient un escalier et se retrouvaient emprisonnés dans les volutes exhalées de part et d’autres.

Kamel, baisserait le rideau bien tard. Il y avait toujours un badaud qui s’attarderait dans le quartier et aurait besoin d’une clé USB, d’un DVD vierge ou de la discographie complète d’un artiste mort-né en mp3.

Rosa, la mère, serait comme toujours aux fourneaux quand elle arriverait. Elle aurait passé quelques heures à lire son roman du moment. Et délaissant quelques instants, les pages imprégnées de ses souvenirs, elle s’affairerait à préparer de quoi nourrir sa petite famille.

A suivre…

Tayirat