Chienne de vie VII

Ce soir-là, elle lisait Gilbert Cesbron quand sa fille entra. C’était toujours avec un mélange subtil d’étonnement et de fierté que la fille découvrait l’étendue de la connaissance littéraire de sa mère. Une fois sur deux, elle trouvait sur la table un livre dont elle ne connaissait pas l’auteur, et l’espace d’un instant, elle s’envolait loin du quotidien accrochée aux ailes de la quatrième de couverture.

Souvent, elle se disait, qu’elle le lirait après sa mère. Mais c’était toujours le même cirque. Le temps qui filait, galopant et se moquant d’elle, grimaçant. Oh effectivement, elle pouvait prendre un livre avec elle durant les longues heures en taxi puis car pour rejoindre son internat aux Beaux-Arts. Mais c’était sans compter sur la pièce de théâtre vivante, qui se jouait, à chaque début et à chaque fin de semaine devant ses yeux.

Personnages fantasques et exubérants, ses compatriotes, dont elle se sentait si loin, étaient à eux seuls un vrai sketch. Fellag, l’humoriste, à qui rien n’échappe avait décrit l’Algérien comme la caricature de lui-même. Force est de constater que c’était toujours une expédition que de se mélanger aux uns et autres, engoncés dans leur egos démesurés qui débordaient de partout des cases étroites dans lesquelles la société psychorigide voulait les contenir.

Feux d’artifices de colères et de frustrations, de bon mots et de tristesse, le quotidien était bouillonnant, même sur la liaison Tizi-Alger, dans un car, cadre pourtant peu propice aux péripéties.

A suivre…

Tayirat

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