12 août 2017

Conférence sur les volailles

Ainsi, ainsi donc je suis devenu expert dans le comportement des volailles pour le bénéfice des volailles et celui de toute l’humanité. Je ne marche pas encore en blouse blanche avec un stylo de toutes les couleurs fermement accroché à la poche extérieure, mais ayant reçu « la plume du mérite », je n’hésite pas pour une seconde à l’exposer à celui ou celle qui veut bien la voir. Je peux maintenant à une distance de 10 mètres dire si une volaille est un coq ou une poule. A une distance de cinq mètres, je peux vous affirmer ce qu’elle pense, et à une stupéfiante distance d’un mètre… je peux comprendre ce qu’elle dit.

Après avoir passé plus de 5 mois dans une cage à poules, j’ai pu gagner la confiance de ces bêtes. D’ailleurs, elles n’hésitent pas à faire leur besoin devant moi sans gêne en matière d’excréments, les voir uriner nécessite une plus grande confiance qu’elles vous accordent seulement après 28 mois de vie commune. Ces bêtes mangent et chient et occasionnellement chantent ou caquettent d’après leur sexe. Leur cerveau n’est pas plus grand qu’un grain de lentille et leur mémoire aussi courte qu’un clin d’œil. Si un coq monte une poule quatre fois de suite, ce n’est pas parce qu’il possède un « high sex drive », c’est parce que tout simplement il a oublié s’il l’avait fait ou pas. Quand une volaille chie, c’est parce qu’elle a faim. Elle peut manger 450 grammes de nourriture et déposer 1 kg et 735 grammes d’excréments et cela sans se déplacer. Une vraie usine à merde. Leur vue est incroyablement bonne et précise, elles peuvent attraper une mouche en plein vol, mais paradoxalement, elles sont obligées d’incliner leur tête de 45 degrés pour vous regarder. Les volailles ne savent pas encore si elles peuvent voler ou pas. Quand un pigeon, un corbeau ou autre survole leur cage, elles émettent tous ensemble un son continu et strident et un des plus bizarres en levant la tête.

A la dernière conférence sur le comportement des volailles en octobre 2012, un des experts avait suggéré que ce son était en fait une phrase entière comportant un verbe, un sujet et un complément. Selon cet expert, cette phrase serait : « Si je ne vole pas, ce n’est pas parce que je ne peux pas, mais uniquement par respect à mes pattes. » La plupart des experts étaient en accord avec cette nouvelle découverte, bien que certains aient contesté avec véhémence la ponctuation de cette phrase.

Un autre expert mexicain avait rejeté cette suggestion et était persuadé que les volailles proféraient des insultes à l’encontre de ces oiseaux. Il était convaincu que la phrase serait : « Ehhhhhh amigo !! ommmmbre ! fillo di puta !! Qui passa ehhhhh ? ». Cette divergence d’opinions avait créé un débat houleux momentanément avant que le chairman de la conférence qui se tenait à Guadalajara ne trancha pour la version… mexicaine.

Un éminent expert canadien avait soulevé et immédiatement posé une question psychanalytique sur le complexe d’Œdipe qui était présent chez les jeunes coquelets et que, par contre, l’envie de posséder un pénis chez une poulette était totalement absente.

Un collègue congolais avait noté qu’au Congo la majorité de leurs coqs souffraient d’hémorroïdes rien qu’en regardant les poules pondre à longueur de journée. Il avait aussitôt rassuré les délégués que le gouvernement congolais se penchait sur le problème. Le chairman avait alors conseillé à l’expert congolais d’avertir son gouvernement afin qu’il ne subisse pas le même sort que leurs coqs.

La conférence s’est déroulée dans de bonnes conditions et s’est terminée sur une bonne note. Un repas copieux qui consistait de tripes de poules n’ayant jamais pondu nous était servi et le chairman nous donna rendez-vous à Riyad en Arabie saoudite pour la prochaine conférence dont le thème sera : « comment préserver la virginité des poules jusqu’au… premier œuf. »

 

Hmimi O’Vrahem

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