18 août 2017

Dans le bateau Alger–Marseille

Je remonte des toilettes et j’avance ma voiture, car après 15 minutes, la file avait bougé d’une voiture. Je décide de prendre mon déjeuner. Un douanier s’approche et me demande de suivre la file. Je lui réponds la bouche pleine et avec un accent Kabyle : « ana aandi dia bête, lazem nakoul !! » « (Je suis diabétique, je dois manger) ». L’accent lourd kabyle marche à tous les coups. Ils rient tous et vous prennent pour un con et cela vous permet de finir ce que vous avez à finir. Trois contrôles de passeport plus loin et un scanner, je me retrouve en bas pour être fouillé. Le douanier ne me fouille pas et à la place, il veut savoir ce que je fais en Angleterre. En rigolant, je lui demande ce qu’il fait en Algérie. Il me répond qu’il est douanier en souriant, je lui dis alors que je suis passager en Angleterre. Quelques échanges amicales et il me donne son numéro de téléphone au cas où je déciderai de ramener des choses quand je reviendrai. Je quitte « mon » douanier et cinq contrôles de passeport plus tard, je me retrouve sur le bateau qui s’appelle ironiquement le : Tarik Ibnu Ziyad. Le bateau était à l’image de l’Algérie : sale, désorganisé, une vraie chambre d’adolescent anarchiste.

En arrivant sur le pont, il y avait marqué « Réception » en arabe et en français. Le « R » avait perdu la ligne qui le rendait « R » et on pouvait lire maintenant « Déception ». Cela lui allait très bien, car c’était cela et rien que cela. Je me dirige vers la place économique et je prends place à proximité d’un vieux couple kabyle qui prenait des « selfies » en exhibant leurs dentiers.

De mon fauteuil déchiqueté, déboulonné, un paysage de désolation s’offre à moi. Les fauteuils ressemblaient à des éponges avec un sévère décolleté, les boulons avaient disparu, d’autres fauteuils ne sont plus là et étaient partis sans laisser d’adresse fixe. Sur un fauteuil du milieu, il y avait des gens qui ressemblaient à des Arabes, mais qui parlaient paradoxalement avec l’accent algérien. Au fond, une femme en hijab avec d’innombrables enfants qui couraient partout comme des rats après un déluge. C’était des enfants qu’on fait généralement pour les allocations familiales : ils ont des noms et des dates de naissance, mais n’ont aucun but dans la vie. Ils étaient dans les couloirs, sur les tables, sous les tables et touchaient à tout ce qui était visible. Par terre, elle commençait à changer la couche du plus petit qui ne devait pas avoir plus de six mois. Il pleurait à plein gosier, parce que je présume qu’il voulait courir aussi dans toutes les directions. Elle criait sur les enfants et comme par magie, ils étaient maintenant alignés horizontalement comme dans un conseil de révision militaire. Ils formaient une sorte d’escaliers, la taille qui les séparait l’un de l’autre devait être de 12.07 cm. On dirait des marches d’escaliers faites par un maçon expert. Je ne voulais pas penser à l’état des toilettes car tout comme notre « état », il était plein de merde.

Hmimi O’Vrahem

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