16 juillet 2017

Des cerveaux cloisonnés

Une partie du cerveau refuse l’oppression par les sociétés musulmanes et fuit la violence meurtrière des intégristes ; l’autre rejette cet Occident où ils se sont réfugiés et qui constitue le meilleur rempart contre l’intégrisme.

Ils ou elles ont fui l’Algérie pour se libérer d’oppressions multiformes. Celle des mâles de la famille, en premier lieu. :

« L’homme est supérieur à la femme, c’est clair et définitif, c’est écrit dans le Coran (Les hommes ont autorité sur les femmes à raison de ce dont Allah les avantage sur elles et de ce qu’ils dépensent sur leurs biens au profit de ces dernières … » Sourate Les femmes, verset 34)

Les épouses sont parfois battues par leur mari et s’en plaignent malgré qu’Allah ait autorisé la violence conjugale en cas de désobéissance :

«Celles de qui vous craignez l’insoumission, faites-leur d’abord la morale, désertez leurs couches et frappez-les. Une fois revenues à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand » (Sourate les Femmes verset 34.)

Ensuite l’oppression légale. Le Code de la famille autorise toujours la répudiation à la seule initiative du mari et admet la polygamie. En outre, il traite la femme comme une mineure à vie : elle ne peut pas se marier sans l’autorisation d’un tuteur.
Sévit aussi cette loi non écrite qui empêche un hôtelier de recevoir un couple présumé musulman et dépourvu de livret de famille.

Également, oppression par la société. musulmane qui ne tolère pas la liberté individuelle. Par exemple, pendant le mois de ramadan, jeûne obligatoire (quoique coûteux) : restaurants et cafés fermés tout le jour. Si, par malheur, on vous voit boire, manger ou fumer en public, vous êtes au minimum injurié, au pire lapidé. Quant à la liberté sexuelle, elle est tolérée pour les hommes à condition d’être hypocrite ; quant aux femmes, elles encourent au mieux la réprobation, au pire des agressions pouvant aller jusqu’au meurtre. La femme n’a même pas le droit de fumer en public ni de laisser ses vêtements découvrir trop de peau ; décence islamique oblige. Même les mollets de l’homme sont soumis à la censure : le port du short est mal accepté sauf si c’est un short long (Ô contresens !)

Bref, las des oppressions, nos héros (héroïnes) font la queue pour un visa, brûlent le peu de vaisseaux qu’ils possèdent et embarquent pour la France avec un sentiment de soulagement à la perspective d’aller enfin vivre dans un pays où la liberté de faire et de dire n’est pas un vain mot. A condition de ne pas s’installer dans une banlieue islamisée – Allah merci, il y en a.

Passées les premières semaines d’euphorie, nos émigrés redécouvrent leur identité profonde : arabe, musulmane, tiers-mondaine. Et laissent percer leur haine de cet Occident judéo-chrétien sans en refuser les bienfaits ; surtout leur anti Etatsunisme virulent en oubliant que sans les Etats-Unis l’islamisme ne tarderait pas à asservir la planète Terre (pour commencer.)

Lors de la guerre irako-iranienne qui a fait un million de morts musulmans dans les années 80, nos émigrés sont demeurés silencieux. Quand Saddam Hussein a gazé des milliers de Kurdes, ils se sont bien gardés de protester. Quand les gendarmes algériens ont assassiné une centaine d’adolescents kabyles, cela n’a pas troublé leur sommeil.
Mais voilà que la communauté internationale déclare la guerre à l’Irak qui venait d’envahir le Koweït, nos intellectuels arabes se déchaînent. « Touchez pas à mon Saddam ! »

En 2001, les affidés de Ben Laden font des milliers de victimes civiles de toutes nationalités dans l’attentat contre le World Trade Center, nos bien-pensants applaudissent.

En 2004, la deuxième guerre du Golfe leur fait pousser des cris d’orfraie. Les Américains ont osé toucher à Saddam, ce moderne Saladin. On oublie ses méthodes expéditives, ses charniers, les meurtres de ses propres sujets : c’est un Arabe, donc il ne faut pas y toucher.
Les attentats font chaque mois des milliers de morts musulmans en Irak, personne ne s’en indigne. Résister aux Américains consiste à tuer des Irakiens qui, je le suppose, n’en demandent pas tant.

En août 2006, le Parti d’Allah (Hezbollah) libanais enlève deux soldats israéliens, l’Etat israélien riposte en bombardant les lieux à partir desquels on lance des roquettes sur des civils israéliens, voilà de nouveau les imprécations contre « la barbarie sioniste. » Nos indignés oublient simplement l’identité d’objectif entre le Parti d’Allah et les islamistes armés qui ont fait en Algérie des dizaines de milliers de morts algériens civils ou militaires. Nasrallah passe pour le nouveau Soliman le Magnifique et on oublie que demain il imposera la charia au Liban. Et on trouve normal que sa milice échappe au contrôle de l’Etat libanais.

En résumé, une partie du cerveau refuse l’oppression par les sociétés musulmanes et fuit la violence meurtrière des intégristes ; l’autre rejette cet Occident où ils se sont réfugiés et qui constitue le meilleur rempart contre l’intégrisme.
Malheureusement, les deux cloisons sont absolument étanches. Résultat, une schizophrénie née d’une haine d’autant plus éprouvante qu’elle se sait impuissante.

Hocine Benhamza

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