Don Aqecut à l’assaut de l’Élysée

« Aneffas aneffas, Montparnasse tehkem fellas »
Suite des aventures anavadesques de Don Aqecut…

Dans l’épisode précédent Don Aqecut était plongé dans un cauchemar.
Dès qu’il eut repris ses esprits, il fut aussitôt persuadé du caractère prémonitoire de ce songe dont il lui fallait au plus vite trouver l’interprétation exacte. Il ne fut pas long à comprendre que la partie du rêve où la machine volante l’avait déposé à Illizi trouvait une lecture limpide qui s’imposait d’elle-même. Dans un an se tiendra l’élection présidentielle en France : Illizi du songe, c’était évidemment l’Élysée de la politique. Il se devait de participer à la course à l’Elysée. Bien sûr, pour être éligible, il faut être citoyen français et remplir des conditions auxquelles il ne satisfaisait pas. Mais il avait déjà paré à toutes ces objections et convoqua le serviteur de Siwel qui enregistra le 8 juin 2011 une nouvelle vidéo. Pour préparer l’opinion à ses fonctions futures, il recourut cette fois à la langue de Molière qu’il mania avec une certaine rudesse. Il pouvait se permettre cette familiarité car il avait déjà déclaré sa flamme à la France dans une vidéo précédente. Il lança sans détour un appel à une candidature à l’élection présidentielle française représentant la communauté kabyle. Pour endormir ses adversaires, Don Aqecut dit ne nourrir aucune illusion sur l’issue du scrutin, mais chacun savait qu’il s’agissait là d’une ruse comme il en avait plein le chouari de son âne. Une fois le candidat kabyle élu, Don Aqecut n’aurait aucune difficulté à le resserrer et s’autoproclamer président français. Un des conseillers démissionnaires se désola de cette nouvelle « incartade » de Don Aqecut et dit voir une contradiction avec les propos maintes fois répétés par Don Aqecut lui-même qui affirmait l’attachement des Kabyles au modèle laïc français d’intégration tout en exprimant son rejet du modèle communautariste adopté par le monde anglo-saxon. Mais cet avis nous parut entaché de partialité car, selon une source proche de Don Aqecut, cette idée était murement réfléchie et l’élimination de DSK dans la course à l’Elysée suite à son aventure new-yorkaise était due aux manœuvres de Don Aqecut qui lui avait savonné la planche durant son expédition outre atlantique, même s’il s’était abstenu de s’enorgueillir dans son riche palmarès. Ce premier rival écarté, ne reste plus que l’actuel locataire de l’Élysée, l’autre nain qui s’est ligué avec le Nain l’Usurpateur pour lui barrer la route. Mais Don Aqecut savait qu’il pouvait compter sur la nombreuse communauté kabyle. Et dans une langue tout en arabesques, il lança un message polysémique que les services secrets français s’échinent à décrypter pour tenter de contrer la menace qu’il faisait planer sur l’élection présidentielle de 2012 en cherchant à évaluer le nombre d’électeurs potentiels de Don Aqecut. Pour notre part, nous nous sommes également livrés à une démarche semblable et consulté nos experts pour nous éclairer tout particulièrement sur ce passage lourd de menaces qui fait mystère. Voici son exacte transcription :

« La communauté kabyle de France, certes devenue française, est l’une des plus importantes communautés issue de l’immigration et fait au moins la moitié de l’immigration kabyle en France ».

Quel est donc ce nombre qui est égal à au moins sa moitié ? Les résultats du rapport des experts nous laissent perplexes. Nous reproduisons dans leur intégralité les conclusions de ce document :

— Attendu que la déclaration de Don Aqecut d’Illoula affirme que la communauté kabyle de France est devenue française,
— Attendu que l’immigration kabyle en France est donc identique à la communauté kabyle de France,
— Attendu qu’en conséquence les trois dénominations « communauté kabyle de France devenue française », « communauté kabyle en France » et « immigration kabyle en France » recouvrent la même réalité et correspondent à une seule et même communauté,
Nous, experts agréés près la Cour des comptes internationale, saisis pour analyser la déclaration de Don Aqecut d’Illoula concluons :
Seules deux interprétations peuvent être rationnellement retenues car cohérentes avec l’énoncé de ladite déclaration :
Premièrement : A l’expression « au moins la moitié » est attribué le sens de “l’égalité exacte”. Dans ce cas, la déclaration vaut truisme et devient équivalente à l’énoncé suivant : « la communauté kabyle de France est égale à elle-même ».
Deuxièmement : A l’expression « au moins la moitié » est attribué le sens de “fraction supérieure à la moitié et distincte de l’unité”. Dans ce cas, le seul nombre qui répond à cette contrainte est le nombre zéro.

Résumé et débarrassé de ses fioritures, le rapport ne dit rien d’autre que ceci : soit Don Aqecut parle pour ne rien dire, soit ses rodomontades reposent sur du vide ! Car les experts sont catégoriques : le seul nombre égal à sa moitié est … zéro !

Le ciel nous est tombé sur la tête. Après tant d’efforts consentis à faire notre métier, à accomplir scrupuleusement notre mission en rapportant les aventures de Don Aqecut d’Illoula avec la conscience que, ce faisant, nous écrivions l’histoire, nous avons été terrassés par les résultats de cette expertise qui a pour nous une conséquence terrible. Notre direction vient de mettre fin à notre mission au motif que nous aurions abusé nos lecteurs car celui que nous présentions comme un homme d’exception à longueur de reportages ne serait qu’un Jocrisse !

Lorsque nous avons voulu revoir une dernière fois Don Aqecut, il était juché sur le dos de son âne d’où il ne descendait plus, car il n’avait plus où se tenir depuis la perte du siège de son gouvernement. Mais avant même que nous l’abordions, l’homme qui sait tirer avantage de toute situation, sans s’arrêter, nous lança : « En tout cas, plus personne ne pourra dire Anavid ! » Don Aqecut, comme le pantin qui ne sait ni reculer ni s’arrêter continuait d’avancer, tel était son destin, son chemin de croix. Il était persuadé que le vers était dans le fruit de longue date, il avait compris ça du jour où des anciens lui avaient assuré qu’au début du siècle dernier, existaient encore dans les villages, au cœur de la Kabylie, des moulins à vent ! Poursuivant sa route, il avait déjà disparu de notre vue quand nous parvenait encore l’écho de ses hurlements : « Thisyar wouatou ! thisyar wouatou ! » [1]

(Fin)

Notes
[1]« moulins à vent ! moulins à vent ! »

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