Don Aqecut, l’anniversaire

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« Refdegh tavalizt »

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte (Victor Hugo)

Qu’il est donc loin l’enthousiasme qui avait présidé il y a un an à peine à la création du GPK ! A mesure que le premier juin 2011 approchait, Don Aqecut se remémorait avec un pincement au cœur ces instants chargés des promesses de l’aube. Il se revit, euphorique, taquinant sa muse pour faire don à son peuple d’un hymne exaltant qui allait le soulever d’un seul élan pour le propulser sur la voie de la libération du joug bédouin. Pour marquer de son empreinte personnelle cette œuvre historique, il l’interpréta en duo avec Djura : l’Anavad venait de naître,

Ce siècle avait dix ans ! Paris chassait Tizi,
Et déjà At Saïd perçait sous Mehenni

À Paris, ville Lumière qu’il avait choisi pour lancer son initiative, le Palais des congrès semblait un écrin trop étroit pour accueillir toutes les espérances kabyles. Celles-ci, depuis si longtemps refoulées, allaient pouvoir désormais s’engouffrer dans la voie que Don Aqecut, plus majestueux encore que Moïse, venait d’ouvrir à son peuple.

Hélas ! ce temps est en effet bien loin et ces instants exceptionnels évanouis, effacés jusqu’au souvenir dans les têtes des Kabyles oublieux. Pourtant, cette invention de l’Anavad était certainement l’événement « le plus important pour les Kabyles depuis 1871 ». Mais de cette éclatante vérité que Don Aqecut ne cessait de répéter lui-même, puisque nul autre ne songeait à la proclamer à sa place, tous s’en détournaient avec une incroyable légèreté. Dire qu’il y a un an à peine, en ce premier juin 2010, il s’était trouvé des serviteurs pour planter, qui en Allemagne, qui en France, des oliviers en l’honneur de cet acte fondateur. Mais aujourd’hui, l’exhibition sur les sites internet des images des plaques commémoratives apposées au tronc de ces arbres déracinés de Kabylie fait désespérément penser à des pierres tombales. À la veille de ce rendez-vous, Don Aqecut éprouvait un profond malaise et un indicible sentiment d’abandon l’envahissait au point que, même lui, le forcené des célébrations de tous les anniversaires n’avait pas le cœur à fêter le premier anniversaire de l’acte « le plus important pour les Kabyles depuis 1871 » !

C’est que dans l’intervalle, les moulins à vent, encore eux, ne lui avaient pas fait de cadeaux. Don Aqecut savait pertinemment que si d’aventure il s’entêtait à organiser une quelconque manifestation à cette occasion, celle-ci allait se dérouler selon le plan qu’ils avaient prévu : il serait seul à souffler la première bougie de l’Anavad qu’il avait décimé au point de l’avoir « transformé en Anavid » avaient ricané par avance les méchants géants. La moitié des « ministres » ayant en effet démissionné ou, plus exactement, ayant été resserrée par ses soins, il décida de se faire violence en s’abstenant de toute célébration.

C’est là, dans ce creux de vague, que l’idée salvatrice jaillit dans son esprit : pas d’anniversaire le premier juin, soit, mais un bilan juste après. L’avantage de cette option était double : d’une part, il éviterait ainsi de subir railleries et lazzis d’une plèbe qui ne manquerait pas de se montrer féroce lorsqu’il s’exhiberait pour célébrer l’anniversaire du GPK sur les ruines de celui-ci et, d’autre part, cette défaillance qui serait interprétée comme une volonté d’austérité allait contribuer à requinquer l’image de l’Anavad sévèrement ternie par les révélations faites sur les salaires versés en milliers d’euros à ses ministres et les origines douteuses du financement de l’organisation.

Il laissa donc filer discrètement ce premier juin qui serait passé inaperçu n’eussent été les récriminations d’une ancienne ministre démissionnaire. Il publia de son côté, en manière de bilan, un communiqué en vingt points qu’il commenta lui-même, selon un procédé maintenant rodé, dans une vidéo réalisée et diffusée par Siwel le 4 juin 2011. Afin d’améliorer la qualité de cette vidéo en réduisant la fréquence de ses bégaiements, il alla voir au cinéma « Le discours d’un Roi ». Il avait même caressé l’espoir que sa vidéo rencontrerait le même succès que le film sur Georges VI.

Le résultat fut mitigé. Dans la forme, si le nombre de défauts de prononciation fut réduit, la dure contrainte qu’il s’était imposée pour y parvenir eut pour fâcheuse conséquence d’accentuer les traits caractéristiques de son élocution. Le flot de mots, comprimé pour empêcher le bégaiement, fusait soudainement lorsque la parole était libérée puis bloquée aussitôt afin de prévenir la défaillance suivante qui guettait. Son monologue fut ainsi émaillé de longues plages de silence qui permettaient à son métabolisme de retrouver l’équilibre. À l’image, les phases de transitions qui recollaient les plans donnaient à ses yeux une apparence de ronds de flan légèrement brouillés.

Sur le fond, il avait également apporté un soin particulier à son discours en mettant en exergue les points forts du mandat qu’il s’était octroyé. Il remit ainsi les couverts au sujet de la plainte devant la Cour pénale internationale sur laquelle beaucoup avaient exprimé des doutes quant à son aboutissement. Mais cette fois, il eut la modestie de reconnaître qu’il avait chipé l’idée à d’autres et qu’il s’était seulement empressé de passer à la phase de réalisation sans se soucier de la complexité de la procédure sur laquelle les initiateurs de l’idée s’attardaient. Avec le même sérieux que dans sa précédente conférence de presse sans journalistes, il rappela les 50.000 marcheurs de Tizi-Ouzou dans sa manifestation du mois d’avril et fit preuve, là aussi, de modération en s’abstenant de railler les journalistes qui avaient situé le nombre de ses manifestants dans une fourchette allant de 150 à 800. Il souligna l’appui décisif qu’il avait apporté à la libération du Sud Soudan et bien d’autres exploits à son actif dont avaient bénéficié les peuples opprimés de par le monde. Il n’oublia pas son voyage chez les Yankees en mettant l’accent sur sa visite au « Congraisse » et promut les Bédouins qu’il y avait rencontrés en « pétroliers » contraints de reconnaître l’importance de son rôle sur la scène internationale.

Pour finir, il se fit œcuménique. Il dit comprendre les Kabyles qui se montraient impatients quant au fruit de sa gouvernance. Sa magnanimité alla jusqu’à pardonner l’offense qui lui était faite par ceux qui le contestait comme président. Qu’importe si, eux, ne le reconnaissaient pas comme Guide, lui se refusait à les rejeter et les considérait tous comme ses administrés. Contestataires ou pas, qu’ils le veuillent ou non, quelle que soit leur ingratitude, personne n’est exclu de la communauté de ses administrés, pas même les morts. Si Muhend, Mammeri, Fadma n Soumer,… n’ont pas échappé aux honneurs de se voir délivrer une carte d’identité anavadesque dûment paraphée par ses soins. Il ne les avait pas abandonnés en les laissant errer orphelins dans l’au-delà.

Mais en dépit de ces rappels et des mérites innombrables qu’il s’est décernés, son bilan ne suscita aucun écho médiatique… Rien, nulle part ! Pas une virgule dans le moindre journal. Un pet de lapin eût fait davantage de bruit, rencontré une écoute minimum !

Une telle déconfiture ne pouvait avoir une autre cause, une autre source que les moulins à vent. Car plutôt que d’évaluer son bilan à l’aune de ses exploits qu’il avait brillamment présentés à la plèbe, les moulins à vent, eux, s’étaient employés à convaincre les quelques partisans qui lui restaient de le juger non au son de ses déclarations claironnantes mais au vu des décombres qui jalonnaient sa route depuis un an : démissions en cascades, à commencer par celles de l’Anavad, suivies de celles du MAK France pour ne citer que les plus bruyantes, scandales financiers, autoritarisme décrié par tous, ridicule de ses prestations et, pour couronner le tout, la perte du siège de son gouvernement sis à Saint-Ouen qui fait du l’Anavad le seul gouvernement SDF au monde.

à suivre…

Dernier discours, au moment de la mise en ligne, de sa majesté Don Aqecut Ier, qui comme Napoléon Ier et Bokassa Ier, s’est couronné tout seul comme un grand :

 

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