29 juin 2017

En vacances avec Tata Rosette

Tata Rosette m’emmena dans un café, un bar restaurant qui se trouvait au bord de la mer. C’était à peu près à 20 minutes de la maison. Le premier jour elle avait insisté pour ne pas que je dise que j’étais Algérien et elle m’avait donné un nouveau prénom : Émile.

Pour me convaincre, elle avait simplement dit que ces gens-là étaient racistes et qu’ils n’aimaient pas les étrangers. Vers la mi-juillet, je devins Émile et le plus drôle, c’est que j’y croyais sincèrement. Le couple qui tenait ce restaurant avait un garçon de mon âge prénommé Paul. Les premiers jours, il m’apprenait à jouer au baby-foot et on y jouait pendant des heures. Le reste du temps, on se pavanait sur la plage. Un jour, Tata Rosette me demanda d’aller les aider un peu dans la cuisine. Le couple me donna un énorme sac de pommes de terre à éplucher. Il devait être 9h du matin, et vers midi, on me demanda de laver les assiettes et les couverts qui revenaient du restaurant. J’avais envie d’aller jouer, mais à chaque fois Tata Rosette me disait : « Quand tu auras fini, alors dépêche-toi ! ».

Le premier jour, je finis vers 16h30, car je devais balayer et nettoyer la cuisine. Les jours se suivirent et se ressemblèrent tous jusqu’au jour où j’ai osé demander pourquoi Paul ne les aidait pas. Après tout, il avait le même âge que moi et c’était le restaurant de ses parents. Cette audace de ma part m’avait enfin révélé le visage réel de Tata Rosette. Elle se mit en colère en me disant : « Je t’emmène passer des vacances, sinon tu serais resté dans ton trou à Paris, et voilà comment tu me remercies. Tu veux retourner à Paris hein ? ». En entendant cette phrase, j’avais peur de repartir à Paris et je me suis dit que les aider en valait la peine afin de rester à Frontignan au bord de la mer.

Je continuais à travailler dans la cuisine presque tout le mois de juillet alors que Tata Rosette était au comptoir à bavarder avec les clients tout en sirotant une côte du Rhône. Mon silence et ma résignation m’avaient valu d’être promu, après quelques temps, je balayais aussi la salle et la terrasse du restaurant.

Je voyais Paul et quelques jeunes qui jouaient au football sur la plage et je faisais tout pour éviter leurs regards, car j’avais honte d’être en tablier sale et bleu. Mon orgueil et ma fierté avaient pris le bain de la honte et même après le travail, j’évitais d’aller sur la plage.Retour ligne automatique
J’allais voir des pêcheurs qui étaient sur des rochers quelques centaines de mètres plus loin. Je les regardais pêcher et je ramassais des oursins et des moules à mains nues. Je rencontrais un jeune garçon qui lui aussi ramassait des oursins. Il avait des palmes qu’il me laissa essayer. Après cela, je n’avais qu’une envie:en posséder une paire. Le soir, sur le chemin du retour, je demandais à Tata Rosette si elle pouvait m’en acheter. Tout en conduisant et sans me regarder, elle me dit : « on verra, si tu es sage. »

Peu de temps après, alors que je balayais la salle, j’entendis la patronne du restaurant crier. Elle lui disait à Tata Rosette : « …non seulement, tu manges et tu bois à l’ œil ici, maintenant tu veux qu’on te donne de l’argent. Espèce d’ivrogne ! Cognasse ! Tu dégages de ma maison ! » Et pointant le doigt vers moi « … et tu prends ton petit bougnoule avec toi que tu veux faire passer pour un Français. ».

J’étais pétrifié. Tous les clients me regardaient et je ne savais plus quoi faire. Tata Rosette me poussa devant elle et on prit la direction de la voiture sans jeter un regard derrière nous. Ce n’est qu’en arrivant à la maison que j’ai réalisé que je portais encore le tablier du restaurant. Il était vieux, sale et troué, c’était peut-être pour cela que la dame ne l’avait pas réclamé…

Hmimi O’Vrahem

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