23 juin 2017

Vaut-il mieux être esclave ou dhimmi en terre d’islam ?

Condition du dhimmi

Ibn Kammuna, médecin juif de Bagdad, écrivit en 1284[1] que

«les non-musulmans ne se convertissent à l’islam que par crainte, pour acquérir le pouvoir, pour fuir de lourds impôts, pour ne pas être humiliés du fait qu’ils aient été constitués prisonniers, ou parce qu’ils se sont épris d’une musulmane. Vous ne verrez jamais un non-musulman aisé, bien éprouvé dans sa propre religion, se convertir à l’islam, si ce n’est pour une de ces raisons-là

Il écrivit aussi que si ce n’est l’habileté de Mahomet de faire du neuf avec du vieux, l’islam ne présente rien de nouveau, à l’exception d’imposer ce «neuf» par le glaive. Pour lui, Mahomet n’a rien apporté de plus (ou de nouveau) sur la connaissance de Dieu, par rapport à celle qu’avaient déjà les religions qui lui sont antérieures, et qu’«il n’existe aucune preuve qu’il ait atteint la perfection ou le pouvoir de rendre d’autres parfaits, ainsi qu’on le prétend

Les conditions des dhimmis ont véritablement commencé à s’améliorer lorsqu’au XXe siècle, l’Europe imposa aux pays musulmans le concept de l’égalité des droits des personnes et le principe du respect de toute vie humaine, après que l’Occident ait vraiment pris conscience de l’atrocité de la situation des non-musulmans en terre d’islam. A aucun moment au cours des siècles, il n’est apparu dans les sociétés musulmanes (d’ailleurs les conditions doctrinales et sociétales ne s’y prêtent pas) des débats intellectuels, des réflexions critiques ou des courants de pensée (même minoritaires) qui auraient permis et soutenu une délivrance ou une émancipation des masses non musulmanes vivants sur leurs terres désormais islamisées.

En islam, le fait d’être un être humain ne suffit pas pour bénéficier du droit à la vie et de se voir accorder le respect inhérent à cet état, mais c’est plutôt celui d’être un musulman qui permet de profiter des avantages dont devrait légitimement jouir tout être humain. Aujourd’hui encore, dans des sociétés musulmanes, l’adoption des principes humanistes occidentaux sur le respect de la dignité humaine, de l’égalité et la liberté de toute personnes, parce qu’ils sont contraires aux idéaux islamiques, soulèvent des problèmes religieux et politiques qui mettent en cause la légitimité et les fondements de la théologie musulmane et celle des théocraties islamiques. C’est ainsi qu’au regard de la tradition islamique, le droit international, fruit des nations de civilisation chrétienne, est un droit illégitime qu’il faut remplacer par le droit de l’islam.

Pour fuir certaines critiques accusant de partialité, on a toujours évité d’être objectif en reconnaissant que ces principes humanistes de l’Occident, tirent l’essentielle de leur essence de la doctrine chrétienne. C’est ainsi que les concepts qui ont abouti à la naissance des organisations de défense des droits de l’homme sont des émanations exclusives des sociétés non musulmanes. Et ces organisations restent vigoureusement attachées à leur objectif de défense des droits et de l’intégrité de tous les êtres humains. Ces organisations vont jusqu’à pousser leurs principes en défendant les droits des membres des mouvements islamistes qui, eux, se donnent précisément comme objectif la destruction de tout système découlant des sociétés non musulmanes (parmi lesquelles ces organisations de défense des droits de l’homme qui les défendent) pour une instauration planétaire de la charia, fondamentalement opposée aux principes universels des droits de l’homme.

A certaines époques et dans certains lieux, chrétiens et juifs sous domination ont pu être tolérés par les pouvoirs musulmans en place, mais lorsque les circonstances qui favorisaient cette tolérance changeaient, et la situation devenait plus favorable à l’islam, la tolérance disparaissait complètement. Il reste aussi vrai que la situation des non-musulmans, en terre d’islam, dépendait énormément de la personnalité des régents musulmans et variait selon l’humeur de ces derniers. Certaines populations non musulmanes ont connu des sorts moins tragiques que d’autres, mais généralement, le statut de dhimmi accordait aux non-musulmans une situation désastreuse.

Bat Yé’or[2], dans une comparaison qu’elle fait entre la condition de dégradation humiliante du dhimmi et celle de l’esclave, écrit

«qu’à certains égards, elle [la condition du dhimmi] est inférieure à celle de l’esclave. Celui-ci en effet, bien que privé de liberté ne souffrait pas comme le dhimmi d’un avilissement obligatoire et constant prescrit par la religion. Le mépris de la personne humaine et son infériorité érigée en un principe théologique et politique, constituent un aspect majeur de la civilisation de la dhimmitude (…) Ainsi l’esclave souffre d’une diminution des droits, il est même mutilé dans sa personne s’il devient eunuque, mais il n’est pas obligatoirement humilié et peut dans la civilisation islamique, comme dans la société byzantine, s’élever aux plus hautes fonctions. Par contre l’approbe imposé au dhimmi représente un devoir religieux, constitue un élément essentiel de son statut de protégé. Celui-ci serait abrogé s’il tentait de s’en libérer

A suivre

Geneviève Harland

[1] Ibn Kammuna mourut en 1284, à Bagdad, enfermé dans une malle pour échapper à un lynchage et au bûcher musulman.

[2] Juifs et Chrétien sous l’islam, les dhimmis face au défi intégriste, Éditions Berg International, Paris, 1994.

 

 

 

 

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