16 juillet 2017

État d’urgence en Algérie : La Charia investit les rues !

Tromperie sur la marchandise. Vous avez voté pour « la paix et la réconciliation nationale » ? Vous n’avez pas fini d’en baver…

Bar Zem-zem – Des artistes sélectionnés par le président Bouteflika ont accompli le pèlerinage à la Mecque, aux frais de la République. Parmi les heureux élus, deux chanteuses ont défrayé la chronique dans la presse people national-islamiste. Retour ligne automatique
Miracle ! La première, Naïma Ababsa, a été touchée par la grâce divine. De retour des « Lieux Saints », la coqueluche des mariages citadins aurait décidé de se « repentir » et de recadrer sa carrière : désormais, « El Hadja Naïma » ne chantera plus que des textes religieux, avec un orchestre exclusivement féminin et un auditoire du même sexe. Finie donc la mixité, excepté pour les mariés. On imagine l’ambiance de ce genre de fête, très tendance, paraît-il, dans les milieux de la « bourgeoisie pieuse ». Retour ligne manuel
Pour la seconde, la sulfureuse Chaba Zehouania, la reconversion n’a été que partielle. Et sans doute temporaire. Bien avant Bouteflika, la mystérieuse star avait cassé quelques tabous, notamment avec son fameux tube « berraka mrenka (la baraque déglinguée) ». Fin 2005, elle a accompli le rite de la lapidation de Satan en compagnie d’un ancien de l’AIS (Armée islamique du salut), qui l’a entourée d’une troublante sollicitude. Retour ligne manuel
A son retour de la Mecque, la presse mi-bigote mi-coquine unanime avait cru déceler un « signe divin » : la star du raï, désormais en foulard (à fleurs tout de même), aurait renoncé à la chanson pour se consacrer à la prière, « dans l’espoir de voir le Tout-puissant lui pardonner ses péchés »… Retour ligne manuel
Aux dernières nouvelles, la divine diva n’est pas près de se « repentir ». Ni de raccrocher ses cordes vocales. De retour dans les studios d’enregistrement, elle prépare un nouvel album. Au grand bonheur de ses fans profanes. Ceux qui l’avaient enterrée trop vite croisent les doigts pour qu’elle se reconvertisse, elle aussi, dans le chant religieux. En découvrant son peu d’empressement à se soumettre aux rigueurs salafistes, ils décident de punir l’impudente par une rumeur sacrilège : « la mécréante, racontent les mauvaises langues, aurait coupé son Ricard avec l’eau de Bir Zem-zem » l’eau bénite du puits de Sidna Ibrahim El Khalil (ne pas confondre avec Sidi Brahim, réservé à l’exportation).

Inquisition – Au pays de la concorde civile, la Constitution garantit la liberté de conscience et de culte. A condition bien sûr de ne pas l’exercer. Durant le dernier ramadan, en octobre 2005, plusieurs « mécréants » ont été agressés par des « inconnus » se réclamant de la « lutte contre le vice, pour protéger la vertu » (en Iran, on les appelle des Pasdarans). Le crime (imprescriptible ?) de ces impies, a été de rompre, souvent discrètement, le jeûne rituel durant la journée. Retour ligne manuel
Pour d’autres délinquants, c’est la police (officiellement, elle n’est pas encore islamique), qui les a interpellés et malmenés sur fond de cours d’éducation religieuse. Comme à Bougie, où les forces de l’ordre ont arrêté quatre « casseurs de ramadan », surpris en « flagrant délit » dans un restaurant. Présentés au tribunal, ils ont été condamnés à 3 mois de prison ferme. Le propriétaire du « lieu de débauche », en a pris, lui, pour 6 mois fermes, assortis d’une fermeture de l’établissement et d’un redressement fiscal. Retour ligne manuel
A Alger, en des temps par très lointains, les restaurants de la rampe Belboulaïd (face à l’hôtel Aletti) et la Brasse, près de la Fac centrale, restaient ouverts « pour les non musulmans ». Mais ils servaient sans discrimination. « Je ne vais tout de même pas vérifier si mes clients sont circoncis » ironisait un patron. Retour ligne automatique
Aux dernières nouvelles, les criminels de Béjaïa n’ont pas été touchés par la « grâce ». Même présidentielle.

Crime et châtiment – Pour « ne pas choquer la sensibilité » des repentis, l’ambiance générale est donc à la mise en conformité de la société. Dans les rues d’Alger, la mode du kamis-barbe-hidjab redevient très tendance. A l’Assemblée nationale, la proposition d’un député d’El-Islah (la Réforme) est passée presque inaperçue. Profitant d’une question orale adressée au ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale, le parlementaire a préconisé, le 05 janvier 2006, la flagellation pour punir les mères célibataires, coupables du délit de «  rapport sexuel extraconjugal ». Mais, il ne précise pas si l’exécution de la sentence doit être publique (au ravin de la Femme sauvage, par exemple ?), et s’il faut téléviser les réjouissances. Pour susciter des vocations.

Coquin – À la demande du MSP, le président Bouteflika a ordonné à l’ENTV d’arrêter la diffusion de la Star académie, version libanaise. « Choqué par l’indécence d’adolescentes dénudées », (leurs cheveux, leur cou et une partie de leurs jambes étaient effectivement visibles), Abou-Djerra Soltani, ministre d’Etat, a eu ces mots d’une grande profondeur : « c’est le genre de programmes que l’on regarde dans sa chambre à coucher, mais pas en famille dans le salon ! ». Retour ligne manuel
Le chef islamiste « modéré » ne doit pas souvent s’ennuyer dans son salon, face à l’ENTV.

Génuflexions – Une revue de mode projetait, en décembre 2005, d’organiser un défilé pour présenter une collection de lingerie féminine. Le quotidien Echourouq, qui s’est imposé depuis quelque temps comme l’organe officiel de l’inquisition, crie au scandale et exige l’annulation de ce « blasphème ». Intimidés, les organisateurs présentent de plates excuses (comme si leurs censeurs étaient les dépositaires attitrés de la moralité publique), et plaident la bonne foi. Impitoyable, le journal révèle leurs arguments : ils ont été mal compris. Non, ils sont « respectueux de nos traditions ». Non, ils ne voulaient « offenser personne par des tenues indécentes ». Mais simplement organiser une exposition de … pyjamas !

Chapeau – Même journal, mêmes fatwas et même épilogue pour le concours de Miss Algérie. Durant les années de terreur, deux associations rivales, Modes et Arts, et Nedjma se disputaient la « propriété intellectuelle » du titre, et organisaient deux compétitions parallèles. Malgré quelques menus trafics, inévitables dans une élection algérienne, deux charmantes Miss Algérie sortaient chaque année du lot, après un défilé en tenues soft, le bouquet final en maillot de bain étant « incompatibles avec nos traditions ». Retour ligne manuel
Dans l’Algérie réconciliée, Echourouq a interpellé le ministère des Affaires religieuses pour le sommer d’interdire cette insulte « au pays du million et demi de martyrs ». Retour ligne manuel
Dans le rôle de Mme de Fontenay, les deux quinquagénaires mâles qui parrainent la compétition, refusent de porter le chapeau. En renonçant tout simplement à la manifestation.

Ulac Smack – Deux étudiants de l’école des Beaux Arts d’Alger ont été exclus, le 6 mars 2006, pour « comportement indécent et obscène dans les voies de circulation de l’enceinte de l’établissement ». Objet du délit, révèle El Watan, ils avaient, « le 17 février à 15 heures » précisent les 122 délateurs dans un rapport à la direction de l’école, échangé un baiser furtif. Circonstance aggravante, le « délinquant » est président du Comité autonome des étudiants qui avait déclenché la grève de décembre 2005. Retour ligne manuel
S’il s’était contenté, comme tout le monde, de la violer au nom du « zawadj el moutâa (mariage temporaire de jouissance) », parions qu’il aurait été absout de ses péchés, avec les félicitations du jury. Dans ce monde de brutes, un geste de tendresse est un crime imprescriptible, passible du TPI. Le Tribunal populaire islamique…

Achtung !- A ceux qui doutent encore, cette fatwa d’Abou-Djerra Soltani, le 16 mars à Tizi-Ouzou : «  Il ne faut pas poser de questions sur le passé de ceux qui viennent de quitter le maquis et les prisons, car cela risque de les brusquer. (…) Toute opinion contraire au contenu de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale doit être proscrite ». Amen…

Abou Sofiane

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