Graves atteintes aux Droits de l’Homme en Kabylie

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Un directeur d’école et un instituteur, irréprochables, radiés de leurs fonctions, pour manque d’islamisme

Ce qui fut mis à l’index par des esprits éclairés dans une vaine tentative d’attirer l’attention de l’opinion en général et des militants des droits de l’homme en particulier par rapport aux conséquences gravissimes que ne manquera pas de produire une indifférence à l’égard des groupuscules de néo-intégristes islamistes qui ont vu le jour en Kabylie, notamment depuis l’accession au trône de Bouteflika, vient de se confirmer d’une manière violente par une décision administrative qui a retenu la sanction au quatrième degrés, synonyme de radiation (à ne pas confondre avec dégradation) à l’encontre d’un directeur de l’école primaire d’Aït-Amar, M. Takilt et d’un instituteur de langue française, M. Medjdoub. Châtiment extrême, intervenant à la veille d’une fête religieuse, l’Aïd el Kebir, qu’on prétend porteuse de tolérance, de pardon et de miséricorde et frappant aveuglément deux familles, offrant aux enfants des deux familles un Aïd synonyme de promesse d’un avenir hypothétique, précaire et dur à supporter puisque leurs  » papas  » respectifs qui subviennent jusque là à leurs besoins, viennent d’êtres froidement rayés des effectifs du personnel de l’éducation pour rejoindre les millions de chômeurs algériens, sur décision du directeur de l’Éducation (DE) de la Wilaya de Tizi-Ouzou, au terme d’un conseil de discipline méprisable et prémédité puisque aucune défense n’a été tolérée, aucune version favorable aux mis en cause n’a été laissée s’exposer, aussi bien par les  » accusés  » eux-mêmes que par leurs collègues et néanmoins membres de la dite commission de discipline composée également par le même nombre de membres (04) représentant de l’administration et le DE (Directeur de l’éducation) à qui est revenue la tâche de trancher ; le vote des membres ayant donné une égalité de voix (04 pour et 04 contre), ce qui ne permettait pas de définir la sanction.

L’avocat ayant accompagné le directeur de l’école primaire du village Aït-Amar, dans la commune d’Aït-Bouaddou conformément à la réglementation, a vainement tenté de prouver le caractère non fondé des accusations aberrantes portées à l’encontre des accusés par une lettre  » anonyme  » et donc juridiquement nulle et non avenue qui a pourtant été prise en considération par une administration qui confirme plus que jamais l’orientation islamiste du régime algérien ; le ministère de l’enseignement et le gouvernement, voire le chef de l’État lui-même, ont, selon des sources ayant requis l’anonymat, pesé de toutes leurs forces afin de faire de cette affaire, traitée en catimini, une sorte d’avertissement à tous ceux et à toutes celles qui seront tentés d’exercer pleinement leur liberté de penser et de culte, consacrée (pour la consommation extérieure) par la loi fondamentale du Pays (la constitution) notamment à travers les articles 14 – 23 – 29 – 32 – 33 – 34 – 35 – 36 – 38 – 45 – 55 – 63 – 151.

Autant de dispositions violées par une  » exécution sommaire  » administrative qui vient de s’abattre sur un directeur modèle qui, de l’avis de toute la population de son village, de tous les parents des élèves qui fréquentent ou qui ont fréquenté l’établissement qu’il a dirigé jusque là, de la quasi-totalité des enseignants qui y exercent ainsi que celui de ses collègues du corps directorial de sa région, a toujours fait preuve d’un sens élevé des responsabilités, d’une application sans équivoque dans son travail, d’un professionnalisme exceptionnel ; chose rarissime dans un système éducatif national pour le moins médiocre et appauvrissant. A ce propos, il est de notoriété publique que l’école qu’il avait trouvée à sa prise de fonction, dans une situation de désolation lamentable et de dégradation avancée sur tous les plans, figure depuis quelques années de suite, dans la tête du classement des meilleurs établissements scolaires ! Les élèves des promotions propulsées chaque année au palier supérieur (le collège) par cette école, se retrouveront parmi les plus doués et donneront même au village, plusieurs années de suite, le taux de réussite au baccalauréat le plus élevé de la sous-préfecture.

La visite surprise du DE dépêché sur les lieux, une visite d’inspection provoquée par un rapport anonyme incriminant l’instituteur et le directeur est, à elle seule, une preuve suffisante des services loyaux qu’a rendu  » le directeur qui n’est pas musulman  » à l’école algérienne puisque le premier responsable de l’Académie de Tizi-Ouzou (DE) n’a pas pu taire son admiration devant la beauté du cadre de vie que renferme l’enceinte de l’école primaire d’Aït-Amar. Il avait tout simplement affirmé ceci « Ma cha’allah, je n’avais pas envisagé de découvrir une si belle école dans ce coin perdu !  »

D’aucuns savent pertinemment que le directeur sanctionné professionnellement pour ses idées et ses convictions personnelles est l’un des rares incorruptibles puisqu’il ne tolère aucune pratique contraire à l’éthique et à la conscience professionnelle. A ce titre, des témoins très aux faits affirment qu’à titre d’exemple et contrairement à la majorité de ses collègues qui acceptent de recevoir des quantités de denrées alimentaires supérieures aux besoins de leurs cantines scolaires, M. Takilt a toujours refoulé l’excédent.

Habituellement lente et languissante, voire même défaillante et absente vis-à-vis des rapports dignes émanant des associations des parents d’élèves agréées dénonçant des faits avérés ou réclamants des interventions dans des situations qui mettent en danger la scolarité et la vie même des écoliers, la tutelle et à travers elle toute l’administration s’est suffit d’un insignifiant rapport  » anonyme  » émanant d’un groupuscule d’intégristes islamistes qui se font passer pour  » un groupe de parents d’élèves  » sans identités, du reste connus de tous les citoyens du village, dont certains n’ont même pas d’enfants, pour sévir par une singulière débauche d’énergie, une rapidité d’intervention insolite et une violence qui rend hypocrites et sournois la piété et le zèle religieux que le DE et ses complices de l’administration n’ont certainement pas manqué d’exhiber le jour de l’Aïd, soi le lendemain de la double liquidation ; professionnelle pour les deux éducateurs modèles et sociale pour deux familles qui se retrouvent injustement jetées dans le chômage et la précarité.

La population et les parents d’élèves, outrés par la légèreté de la DE considèrent que  » par cette décision aussi injuste que disproportionnée, c’est l’avenir de notre école, c’est à dire de nos enfants qui vient d’être sapé. Que le directeur et l’instit soient juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes ou athées, cela n’intéressent aucunement les parents que nous sommes, c’est leurs compétences et leur sérieux avéré qui ont fait de notre école un modèle qui nous importe plus « . Un parent d’élève, surpris par l’austérité de la sanction, affirme en colère  » que ça tout l’air d’une machination orchestrée d’Alger et dont l’origine remonte incontestablement à 2001 lorsque les comités locaux du croissant rouge algérien (CRA) sont pris d’assauts par les intégristes afin de les utiliser en violation flagrante de la loi en vigueur à des buts de propagande subversive, menée à coup d’aides alimentaires et financières et des activités dites de sensibilisation à l’intérieur des établissements scolaires et ailleurs où il était surtout question de prêches en faveur du voile et de l’intolérance…ce qui n’avait pas offusqué ces mêmes autorités  »

La population craint que ce clin d’œil de l’État en directions des islamistes ne galvanise ses derniers qui redoubleront de férocité et n’accule dans ses derniers retranchements une mobilisation citoyenne malmenée fortement ces dernières années par une mal-vie et une misère grandissante, sciemment entretenue pour fermer et former le cercle vicieux de la régression dont les maillons sont la misère sociale, le chômage, le désert culturel, la diabolisation de la femme, la victimisation, la perte des repères, la régression de la conscience citoyenne et politique, l’intégrisme religieux qui s’en nourrit en exacerbant les tensions.

A ce propos, un sursaut citoyen est fortement attendu et qui se manifestera dans un premier temps par une solidarité agissante de tous les citoyens épris de justice et de liberté, de tous les acteurs sociaux et politiques pour exiger la réintégration immédiate de M. Takilt et de M. Medjdoub dans leurs fonctions respectives. La traduction devant les tribunaux des auteurs du rapport anonyme diffamatoire est une nécessité éthique et juridique à même d’endiguer à l’avenir ce genre de lâcheté et d’intrigue.

Allas Di Tlelli

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