Honte à nous qui avons osé critiquer le grand LAM ! II

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Aït Menguellat, artiste et homme public

Démagogie, hypocrisie, envie de plaire au plus grand nombre et qu’en sais-je encore… Voilà ce qui ressort d’un commentaire qui se veut lucide et sage mais qui ne verse pas moins dans la langue de bois et les approximations habituelles qui nous rappellent hélas le débat du milieu des années 90 où, devant l’horreur du génocide islamiste, certains tenaient ce genre de discours qui les plaçaient en dehors « du conflit qui opposait les islamistes au pouvoir » disaient-ils. Ainsi, des chanteurs, des intellos, des politiques, des – que sais-je encore- pour plaire et pour ne pas s’attirer les foudres des barbares aux barbes hirsutes et puant la saleté de plusieurs années sans bain, disaient que tel journaliste ou tel politique qui venait d’être exécuté n’aurait pas du s’afficher contre des terroristes qui n’avaient pas forcément pensé à lui au préalable ! Se faire oublier, voilà une forme d’engagement en vogue à l’époque dans certains milieux ou alors, c’est la victime, morte pour ses idées de progrès, qui en était coupable d’avoir émis des idées opposées aux ténèbres que nous promettaient les fils de Bouiali, Nahnah, Djaballah, Abassi, Benhadj…

Concernant le commentaire et qui a suscité cette « analyse » mielleuse, d’abord, il est dit que certains sont des nouveaux arrivants et encore inconnus par beaucoup pour les aligner sur la même liste que des « maîtres » de la trempe de Zerouki, El Hasnaoui… etc Par égards à l’effort et à la persévérance de ces icônes, nous devrions éviter de mettre au même niveau un El Hasnaoui et un alilouche ou je ne sais quel « artiste spécial fête » qui est là depuis 3 ou 4 albums où il est question de reprises sans même le signaler, où on fait des « hommages », un prétexte pour reprendre des chansons des autres et ce, souvent, par manque de créativité, enfin et surtout, des albums où un kabyle lamentable côtoie un français pitoyable du genre « je t’ime trop a mon amour… ».

Pour les nouveaux qui tentent de faire un peu de recherche pour créer des produits acceptables aussi bien sur le plan des textes que sur le plan musical qui, avouons-le, reste le parent faible de la chanson kabyle, ceux-là, il faut les encourager mais sans trop les encenser ou les gonfler, car cela risquerait de produire ce qu’on constate exactement aujourd’hui à savoir, l’autosatisfaction puis, carrément la folie des grandeurs alors que le novice n’a pas encore le poids d’un chanteur de fêtes familiales. Autrement dit, il faut instaurer dans l’esprit de nos chanteurs actuels ou de ceux qui viendront plus tard, ce que j’appellerai « la culture de l’effort, de la persévérance et de l’excellence » ou si vous voulez, introduire la notion du « mérite » pour rendre un chanteur exigeant vis-à-vis de lui-même afin de mériter la reconnaissance du public, chose qui est quasi absente présentement.

Cela, côté purement artistique. Quand à l’engagement, en effet, ce terme est vaste et l’engagement est multiple mais n’est-ce pas une erreur d’incohérence que de vouloir transposer les critères d’évaluations de l’engagement d’un artiste tels que nous les connaissons en Europe et ailleurs sur la situation typiquement algérienne ou kabyle pour être plus précis ? Déjà, même de ce point de vue, je ne connais pas un artiste kabyle qui parraine d’une manière durable une action en faveur de la lutte contre une maladie par exemple, ou en faveur de la dotation des villages kabyles d’une bibliothèque, ou en faveur de la lutte pour la protection de l’environnement en Kabylie qui connaît une véritable catastrophe écologique qui durent depuis des décennies…etc.

Cela dit, l’engagement, l’unique attendu d’un chanteur kabyle n’est pas tant d’incarner Matoub, n’est pas Rebelle qui le veut !et ça serait trop demander à des personnes dont la majorité n’ont jamais été plus loin que le collège et n’ont jamais lu un livre ; ce qui n’est pas négligeable et c’est loin d’être une insulte, croyez-moi.

Sinon, l’unique engagement disais-je, c’est surtout, quand on a pas l’étoffe d’un artiste contestataire pour dénoncer les dérives et les manipulations sournoises du pouvoir, au moins, ne pas y prendre part, ne pas soutenir des responsables machiavéliques au prétexte que « l’Algérie mérite la paix » dont ces même responsables avaient été à l’origine de la guerre qui n’est toujours pas terminée et qui, par leur corruption, leur tyrannie et leur injustice au quotidien hypothèquent vraiment l’avenir de cette paix des salons, voire des générations entières qui viendront. C’est justement cela qui fait que El Hasnaoui par exemple, cité à juste titre, bénéficie aujourd’hui d’une véritable vénération en Kabylie malgré le fait que sur le plan de l’engagement militant, il n’y a presque rien à signaler, eu égard à son époque d’ailleurs. Il ne reste pas moins que ce loup d’El Hasnaoui qui a abandonné sa Kabylie pour vivre et pour être enterré à des milliers de kilomètres plus loin, a toujours été en dehors des magouilles de ce pouvoir qui a été toujours le même depuis 1962 ! Idem pour beaucoup de chanteurs et autres artistes dont le caractère purement artistique de leur activité avaient fait que, sans qu’ils aillent jusqu’à dénoncer, se sont toujours positionnés loin des salons et des festivités de prestige conçues par et pour le pouvoir. Cela est valable pour les précurseurs de la chansons kabyles (El Hasanoui, Hnifa, Cherif Kheddam, Nouara, Alaoua Zerouki, Bouizgaren, Medjahed Hamid …etc) qui, à l’époque, la révolution n’étant guère à la dénonciation ou à la revendication mais d’oser chanter tout simplement en kabyle. Aujourd’hui, ils continuent d’avoir la côte et la Kabylie et les Kabyles les aiment et les respectent pour leur apports à a culture collective mais aussi à leur probité et à leur « propreté politique » qui ne souffre aucune ambiguïté.

Quant à des chanteurs qui, pour vendre ou par fougue de jeunesse, s’étaient ralliés à la contestation et à la revendication populaire en s’appropriant le combat identitaire, le combat démocratique et citoyen, en somme, en s’appropriant carrément le combat politique d’une population résolument déterminée à détruire un régime destructeur et despotique et qui (ces chanteurs) se disent apolitiques dès qu’il s’agisse de soutenir un parti politique d’opposition ou de prendre position contre la barbarie islamiste mais qui trouvent quand même le moyen de violer ce caractère « apolitique » qu’ils s’étaient attribué dès qu’il faille applaudir un « nain » qui s’invite au pied du Djurdjura pour asséner « Tamazight ne sera jamais langue officielle » et « vous les Kabyles, je vous voyais de loin comme des géants, vous n’êtes en fin de compte que des nains » (Dixit Bouteflika à Tizi-Ouzou en 1999), un caractère « apolitique » qu’ils continuent de revendiquer malgré 10 ans d’allégeance unilatérale (en contre partie de quoi ?) qui a vu ces chanteurs engagés politiquement pour le pouvoir et « apolitiques » vis-à-vis de la population, passer par la tentative de création d’une association dites des « artistes kabyles » qui s’était frontalement positionnée contre la protesta de 2001 avant de se volatiliser dans la nature pour que son fantôme continue de planer et de surfer sur cette allégeance qui continue encore à travers des festivités de séduction telles que « Année de l’Algérie en France » boycottée alors par plusieurs artistes kabyles et même algériens, ou « Alger’ capitale de la culture arabe » où une troupe de théâtre de Bouzeguène (Tizi-Ouzou) avait été sommée de jouer en arabe à Ain Benian (Alger) à défaut de quoi, la pièce serait annulée, ce qui fut fait en pleine représentation en kabyle, ou encore récemment « le Panaf », ressuscitant Boumediene, dont le budget astronomique alloué est à lui seul une double insulte à la misère noire dans laquelle vivote une population désarçonnée et au secteur de la culture agonisant pour ne pas dire inexistant ; ce qui aurait du, à ce seul constat, être une raison suffisante pour tout artiste soucieux de la santé de l’art et de la culture, de ne pas cautionner de telles gaspillages qui n’ont servis au final qu’à corrompre, acheter des allégeances, soigner l’image ternie du régime algérien et faire croire à l’existence d’un secteur de la culture qui retombe aussitôt dans son éternelle agonie.

En définitive, il se pourrait que notre vision soit différente, voire politiquement incorrecte. Soit. Cela ne fait pas de nous des subjectifs mus par une haine que nous subissons plus que quiconque car, n’est-ce pas le propre même de notre action qui s’est assignée le double objectif de dénoncer les dérives, les mensonges et les inconséquences des uns, mais aussi de vanter et de saluer les performances et les exploits des autres car, nous savons aussi apprécier l’humilité, aimer la beauté de l’oeuvre indépendamment de son auteur dont nous pourrons dénoncer les volte-face, respecter la retraite et l’isolement qui sied à ceux qui se tiennent loin des marchés de dupes.

Allas Di Tlelli

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