27 juin 2017

Imiter Mahomet, au cœur du djihadisme

Plus les attentats et les assassinats s’intensifient en Irak, au Sri Lanka, en Afghanistan, allant toujours plus loin dans l’horreur, plus le voile d’un islam doux s’étant installé autrefois gentiment se déchire, (même si ici et là quelques populations ont pu espérer dans le changement d’oppresseur, du moins les premiers temps…) ; apparaît plutôt à la place une certaine ressemblance avec ce qui a du se passer à l’époque de Mahomet.

En effet, si l’on s’en tient par exemple à un abrégé de la biographie de Mahomet telle qu’elle a été définie par Ibn Hichâm (Fayard, 2004, traduction Wahib Atallah), -et que Louis Chagnon m’avait conseillé de lire parce que ce livre fut à la base de son cours incriminé- on peut y lire ceci (p. 232) :

« Exécution des Banû Quraydha (Sîra, II, 58-60). Le Prophète recommanda à ses compagnons : « Tout juif qui vous tombe sous la main, tuez-le » Ainsi, lorsque le Prophète l’emporta sur les juifs des Banû Quraydha, il prit près de quatre cents prisonniers et donna l’ordre de leur trancher la gorge ».

Page 277, (Sîra, II, 240-241) il est question de la même tribu, six cents à neuf cents hommes, qui cette fois fut égorgé par le Prophète lui-même :

« (…) Il alla (…) sur la place du marché de Médine (…) et y fit creuser des fossés. Puis il fit venir les Banû Quraydha par petits groupes et leur coupa la gorge sur le bord des fossés. (…) Ils étaient six cents à sept cents hommes. On dit huit cents et même neuf cents. (…) Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu’à leur extermination totale ».

On le voit, Mahomet sème la terreur, il est d’ailleurs incroyable d’observer en quoi son aspect guerrier est souvent excusé (« il a été attaqué donc il s’est défendu ») alors qu’il fut en réalité le premier agresseur des Coreishites qui étaient les gardiens de la Ka’aba d’Abraham et de l’ancestrale Pierre Noire, objets de piété religieuse bien avant l’Islam au sein d’une société cosmopolite et tolérante puisque toutes les religions pouvaient avoir des représentations à la Ka’aba, il y avait même une statue de Marie.

Les musulmans peuvent-ils rompre avec cette tradition d’imitation de Mahomet qui ne peut que mener à ce que l’on voit ces temps-ci (1) ? Rien n’est moins sûr, strictement, car personne ne peut reprocher aux dits « islamistes » de n’avoir pas bien lu « le Coran » puisqu’il ne s’agit pas de son interprétation mais de son application, ce qui est tout autre chose, et rien de tel en effet que d’imiter Mahomet à la lettre.

Or, même à l’époque de l’Age d’Or, qu’il s’agisse de la première Andalousie, ou de l’époque faste de Bagdad, la qualité culturelle qui y existât ne dut son existence qu’à son caractère cosmopolite et libre, point du tout grâce à une « pureté islamique » (formelle en réalité, hypocrite), tout au contraire : lorsque celle-ci apparût elle ferma en effet les portes et enferma les esprits et les chairs.

Certes, il peut être rétorqué que tôt ou tard ces temps d’Inquisition disparaîtront comme ils le firent en Europe ; sauf que cela n’en prend guère le chemin, bien au contraire, sans qu’on puisse l’expliquer par les effets négatifs d’un colonialisme qui a déjà bien quarante ans derrière lui et n’a pas apporté que des choses inavouables comme il est prétendu.

Il y a donc quelque chose d’intrinsèque à l’islam qui l’empêche de s’ouvrir à la réflexion rationnelle et poétique autonome, à savoir l’imitation de Mahomet, et l’adoration d’un livre qui est devenu paradoxalement une idole, un veau d’or, devant lequel l’on se soumet et ce pour ceux-là mêmes qui dénonçaient cette gestuelle chez les Juifs et les Chrétiens, répétant ainsi le proverbe ancestral : fais ce que je te dis mais ne fais pas ce que je fais ; ou encore enlève la paille qui est dans ton œil, même si j’ai une poutre dans le mien ; toutes choses qui font que l’Islam, loin d’être le prolongement du judaïsme et du christianisme, en est l’opposé, ce qui créé une option inédite, celle d’une totale disjonction entre eux, l’Islam choisissant une toute autre voie basée sur la soumission et la crainte, choses qui n’ ont jamais existé de façon uniforme et unilatérale chez les Juifs et les chrétiens pour qui Adam nomme les animaux et ne récite pas (Gen, II, 19), ce qui implique qu’il ait été fait libre, jusqu’à cueillir le fruit de la Connaissance de la différence entre le Bien et le Mal, cette Parabole, fondatrice, passe quasiment inaperçue dans le Coran (II, 35-36).

Est-ce à dire, maintenant, que c’est cette séparation même qui fonda les destinées de plus en plus éloignées du judéo-christianisme d’un côté (et en passe de surmonter leur différend tout en gardant leur différence) et l’Islam de l’autre côté ? Il n’est guère possible de répondre par un oui simple tant d’autres facteurs entrent en ligne de compte, dont la ville, la nature humaine, les accidents de l’Histoire. Il est néanmoins admissible de constater en tout cas qu’un retour à une lecture littérale des actes mêmes qui fondent un discours se disant divin se prend automatiquement pour celui-ci et donc blasphème, tout en immobilisant dans la mort ce qui vit et donc change.

C’est cette suprématie donnée à la mort qui est inhumaine puisque le propre de l’humain consiste à (se) transformer (dans) le monde, c’est sa liberté aujourd’hui de plus en plus reconnue alors que déjà ce message était présent dans le recueil Juif.

C’est cette discussion théo-cosmo-psycho-logique qu’il faut aussi avoir, au lieu de seulement en appeler au « respect » ou à la lutte contre la « barbarie », car au nom de quoi, sinon de celui de la vie, humaine, pouvons-nous décider ce qui « est » barbare de ce qui ne l’est pas. Et discuter de ce qu’est la vie, humaine, voilà bien un propos qui s’éloigne de toute parole qui la nierait, puisqu’il a été donné à l’humain de la créer par lui-même, sa vie, et non d’en réciter ou d’en imiter le contenu. C’est cette liberté que ne comprennent pas les coupeurs de tête, croyant ainsi en arrêter le mouvement alors qu’ils ne font que l’amplifier.

Par Lucien SA Oulahbib

(1) ajoutons aussi que la destruction et la mise à mort systématique de tout ce qui peut ressembler à du confort urbain et à du non musulman permettent de replacer dans les conditions mêmes où vivait Mahomet, renforçant ainsi l’illusion.
2004 (seuls les pays ont été actualisés : octobre 2006)

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