23 avril 2017

Je me suis inscrite sur Tmeenic

Ce type de chronique, très européo-européenne à la Carrie Bradshaw (1), vous avez déjà dû en lire des dizaines auparavant…
Personnellement, tant qu’à lire des commérages, je préfère Diogène de Laërce, où il nous en apprend de belles sur les vies officieuses (côté jardin) de nombreux philosophes.
Vous lisez en général, ces articles sur le sujet initié en introduction, dans les magazines féminins chez le médecin, chez le coiffeur, ou bien en fermant votre boite mail Yahoo, Outlook…
Des titres racoleurs, qui clignotent et vous insufflent l’ordre subliminal suivant : « Lis-moi, lis-moi, lis-moi »…

On vous y présente les articles, avec photos sexy et phrases clés :
« Comment se faire 100 mecs en moins d’une semaine ? Tmeenic bien sûr ! » ;
« Tmeenic a changé ma vie au lit »…
« Sans Tmeenic je serai passée à côté de l’orgasme 2.0 et bientôt le 3.0 »…
« Ma vie de femme a enfin du sens : Tmeenic »
« Tmeenic un paradis d’enfer pour non-conventionnels très conventionnés »

Le ton adopté est celui de la confidence croustillante entres bonnes copines, qui ne seraient pas très futées. Puis, on cède, on lit l’article… et on en sort toujours, extrêmement déçu… Nous on voulait du bon tuyau et… de 20 cm au moins, pas de con-confidences !

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi, ces articles vous laissent toujours sur votre faim ? Pourquoi les conseils relèvent plus du bon sens paysan, que de la formule magique ? Exemples typiques, que l’on peut lire dans ces chroniques :

« Lors de votre premier rendez-vous, pensez à vous laver les cheveux »
« Présentez-vous sous votre meilleur jour et n’hésitez pas, à la complimenter »
« Mesdames, misez sur une micro-jupe, elle vous rendra très convaincante »…

Ceux et celles qui les écrivent, font un état des lieux, une liste à la Pérec de ce qui fonctionnera de façon behavioriste ou pas et ne savent sûrement pas ce que peut-être l’ABSOLU !

Je ne vous parle pas de la Vodka au nom presque similaire, mais de l’Absolu des sens entre une Madame Bovary exultant de tous ses pores en pensant à ses bon amis adultérins… et aux cochonneries que l’on peut faire avec un bon marquis de Sade japonais (ne cherchez pas, c’est mon truc).
Mais la réalité est toute autre, les gens prennent des postures dans des vitrines virtuelles, sont poltrons, les boyaux du cerveau emmaillotés comme des nouveau-nés par de la religion ou un mariage porté à bout de bras qui devient de l’aquoibonisme cruel avec le temps…

Ensuite, on les retrouve sur Facebook à publier des sourates du Coran et juste après une image d’un pubis rencontrant une connexion inopinée avec un pénis…
Cherchez l’intrus : La sourate annulant sûrement les vilaines pensées de l’artchouninerie akerkourienne ?
Une sombre affaire d’électromagnétisme, de mécanique et de rayon gamma, une fetwa ibn scientif-nique ! (2)
Donc, tout ceci pour vous conter l’idée saugrenue que j’ai pu avoir, en prenant un abonnement d’un mois sur Tmeenic.
J’imagine déjà vos commentaires peu tendres… Si vous êtes Kabylo-Japonais… Je vous aime déjà, sachez-le !

Après avoir écumé des forums politiques, où tous les hommes (homme au sens bistouquettes de cacahouètes pour la plupart) s’imaginent tenir le haut du pavé avec leurs idées métissées par la constitution algérienne :

« Attends poulette, moi j’ai tout compris à la vie et je vais te l’expliquer. D’abord tu te tais, après tu m’écoutes et ensuite tu m’adules jusqu’à la fin des temps ! »…

Après avoir subi (Mesdames vous en conviendrez) des insultes de bases, de ces messieurs :

« Ah mais t’es une femme ? » (En général on vous prend toujours pour un homme sur les forums, car seuls les hommes pensent.)
« Attends, je vais te mettre sur le trottoir, je vais t’arracher la tête, de toutes façons tes pastèques ne valent pas un clou, à genoux femme c’est l’heure de la pipe et il commence à faire faim ! » …Et j’en passe et des meilleurs.
Car oui, grosso-modo, c’est cette volée de bois vert que l’on prend entres les quenottes lors des divers débats (et non lors des ébats hélas), sans compter les très fameux :

« A madame, tu es folle, a madame ! »
« Ah mais les femmes si elles veulent se libérer, elles n’ont qu’à le faire toutes seules, nous les hommes on y est pour rien ! » (En général mes yeux me font lire, à ce moment précis « nous les hommes on est pourris », une bizarrerie honnête de l’inconscient ?).
Le summum est atteint, non pas avec les insultes, mais lorsque l’on vient à croiser sur des forums ou réseaux des photos anciennes.
Les pamoisons de ces messieurs en deviennent presque sonores, une pluie de syncopes d’extases à la vue des représentations suivantes :
– Des femmes roulant seksu.
– Des femmes en robes fleuries kabyles, marchant nues pieds sur des cailloux ébréchés blessants tels des silex.
– Des femmes ayant le dos à moitié cassé sous des jarres pleines d’eau pour que l’on puisse aller leur laver leurs pieds crochus…
Ils n’en peuvent plus, face à ces images traditionnelles, c’est limite les « images négatives des fresques pariétales » dans le pantalon… Qu’est-ce qu’une fresque négative pariétale ?
Dans les grottes, les hommes (au sens humain) de la préhistoire, collaient une de leur main sur la paroi de l’excavation et crachaient dessus, la couleur contenue dans leur bouche…
Simplement, dans notre cas décrit ci-dessus, la main et la nébulisation salivaire se passent dans la pantalon.

S’ensuivent, sous ces dites photographies, des commentaires, souvent du même ordre :
« C’est la tradition, on aime ça, nous… »
Tu m’étonnes Albert,… un homme va pas lâcher son pré-carré de la sorte ! (ni son pré-puce)
« Ah ça fait du bien de voir ça ! »
Ma démarche sur Tmeenic était donc, au départ, pacifiste :
Réconcilions nous avec la gente masculine.
Et puis changeons de partenaire, le dernier étant retourné à Tokyo… et j’avoue avoir de nombreux points en commun avec la délicieuse Amélie Nothomb, à connaitre la valeur définitif du mot fin, lorsque c’est la fin ! (5)
J’étais déterminée, et pas qu’un peu. Cette réconciliation m’a couté presque 30 euros !

Mon profil fut validé par l’œil du Grand AïTmeenic, et là mes amis… De la haute folie !
Flashs sur flashs, sur flashs…
Une véritable autoroute avec des contrôles pour excès de vitesse…
J’étais flashée dans tous les sens… Mais hélas aucun flics avec un bonne matraque dans les environ…
Ils étaient plutôt, en train de boire des chopines au Bear’s Den bar et ils avaient bien raison les gredins !
Pendant que ça flashait… (3), je me suis mise à lire les annonces, une par une, de ces hommes… Et là… stupéfaction… sidération… et réflexion (pas de génuflexion, surtout en terrain Tmeenic). Toutes ces annonces, en les additionnant, la somme n’en faisait qu’une.
La globalisation a détruit poils, matraques et belles paroles de ces messieurs !

Ils ont 2 métiers uniques : Conseillers financiers ou commerciaux.
Il doit y avoir un rapport de domination grâce à l’argent, un truc à régler entre Kerviel et Vallaud Belkacem… Un syndrome Belkerviel en devenir ? allez savoir…

Dans la catégorie « nourriture », ils vous garantissent tous, main gauche sur la bible, main droite sur le cœur qu’ils mangent bio, sains, vegan, label vert, écocert, Hqe, BBC, panneaux photovoltaïques de la filière locale. Uniquement des légumes vapeurs…
Jamais une chips ni une crêpe au miel, ni un soda… du vert chlorophylle… à en devenir bovin !
On peut s’interroger, cependant, sur les chiffres d’affaires exponentiels des fast-foods !
Ainsi que sur le dernier tube qui fait fureur dans les dressing de ces messieurs : Taille 46 a minima !

Sur les profils Tmeenic, les hommes n’hésitent pas à mettre en avant leurs qualités… Et ils ont raison !

Ils se présentent tous comme : Calmes et attentionnés ! Oui, calmes et attentionnés… « Des patates bouillies » comme aimait à les définir ainsi, Raymond Queneau.

Au détour de ces 2 qualificatifs, j’ai pris conscience d’un fait historique, passé sous-silence :
Mesdames,
Le Tibet est enfin libéré, Alléluia Mes sœurs !!! Prions… !!
Mathieu Ricard a fait des disciples !
Tous les hommes sont calmes et attentionnés…
Attendez d’attraper la prochaine grippe, avec les enfants à emmitoufler et à accompagner à l’école, il sera loin le temps de la sérénade : « Yé soui calme, Yé soui attentionné ».
Vous aurez le droit à : « T’as pas vu mes chaussettes ? Au fait, m’attends pas ce soir, j’ai polygamie. »

Pour vous faire rêver, toujours sur leurs profils pleins de Tmeenic, ces messieurs vous présentent leurs occupations.
Un programme, qui a su faire ses preuves dans les hospices des années 70, surtout à Gouyette (4) :
Des ballades sans but, une forme d’errance dans les parcs bocagés de la Ville-de-Paris
Regarder la télé, d’un œil torve ou Youtube en boucle…
Pratiquer, parfois, 1 heure de shopping (jamais guère plus), car ils sont quand même drôlement préoccupés par le « côté fake » de la société de consommation ;
Ils adorent également barboter dans la mer.
En Ile-de-France cela me semble un peu compromis, mais comme pour leurs professions de financiers-commerciaux, la mer revient de façon incessante…
Un liquide amniotique mal assimilé ? Un conflit œdipien ? Une représentation idéale de la cyprine ? Le mystère reste abyssal.

On arrive enfin, à une première conclusion générale, de leurs occupations dignes d’un feu-follet intenable : LEUR grande passion…
Ils aiment tous (et c’est univoque, aucun homme n’y déroge, une évidence en quelque sorte) :
Ils aiment La VIE
Ils aiment bien boire !
(Haleines fétides et mec bourrés Welcome in… pour pouvoir bisouter ces dames, quelle grande idée !).

En parlant de ces dames, comment sont-elles imaginées, idéalisées ?
Ils veulent une princesse (amies d’Hugues Capet uniquement, pour les autres ? aux fourneaux ou bien où elles veulent !),
Ces messieurs, ne veulent que d’une seule princesse, car ils sont fidèles et honnête (fidèles, honnêtes, calmes, attentionnés… violon, violon).
Pas chiante (dans le texte), c’est-à-dire si elle parle peu c’est bien, si elle ne parle pas… ce serait mieux !
Ayant une bonne carrosserie avec de bons seins.
Très à l’aise avec le fameux et galvaudé « let’s talk about sex baby », qui donne un air « cool », décontracté, de la connivence en somme.
Mais ces messieurs ont aussi des phobies… ils n’aiment pas les « prises de têtes »… Oh que non ! Pas de ça chez eux…
Ces vilaines femmes, elles crient trop… Manquerait plus qu’elles fassent des études, vade retro satanas ! Alors qu’eux ne sont, que « calme et attention » (cf. Mathieu Ricard, le Tibet libéré, la grippe, etc.).

Voici ce qu’il faut comprendre et décoder entres les lignes :

« JH cherche JF, qui accepte de se faire secouer rapidement, pour que monsieur puisse retourner chez lui péter en toute liberté dans ses draps de célibataire (ou pas, le plus souvent), manger des chips comme un gros sale… En regardant des séries tout en se grattant les fresques pariétales ».

Côté culture ?
De grands savons de Marseille, des Amusnaw de premier choix… Ils ont tous lu 2 livres, uniques, identiques, emblématiques, typiques… pathétiques (remarquez, on est sur Tmeenic…) : L’Alchimiste, 1984

Côté film ?
De fines bouches, des connaisseurs, des amoureux de la pellicule sous-titrés, des rats des salles noires.
Des puristes du travelling et du contre-champ : Les bronzés, Intouchables
Si vous leur parlez de Pasolini… ils vous répondront « avec ou sans parmesan ? ».
Et puis, au milieu de ce champ de fumier, de ce terrain abandonné où seul le désappointement arrivait à me toucher… entre chaos et tohu-bohu, une fleur a surgi… malgré tout… malgré nous…

Le désir et le théorème pasoliniens tant attendus, s’unirent et se réalisèrent.
Un homme maniant les mots et le lasso… m’envoya son roman (6)… sur l’écran bleuté de mon ordinateur.
Et m’expliqua ceci promptement : « Dans la vie, vaut mieux être un loup qu’un pigeon… les pigeons sont souvent bagués… de cette singularité vient leur nom ». La rencontre se fit… l’exception existe, l’histoire commença. Amen !
J’oubliais… cocasserie, il n’est pas japonais, mais très doué de ses dix doigts, et comme le chantait Jeanne Moreau (7) :

« Oh ! oh ! oh ! quelle histoire
Il va croire que je le veux
Oh ! oh ! oh !
Oh ! comment faire
M’en défaire
C’est trop tard »

Ceci est une satire dévoilée et dénudée… à présent, que j’ai mon satyre en chef, à vous de jouer Messieurs-avec-les-Dames… !
En espérant que ce texte vous fera sourire.
Rien n’est sérieux, rien n’est obligé… tout y est autorisé dans le respect d’autrui et dans le cadre d’une critique sociétale.

Par Sally Mahla

(1) Héroïne de la série girly « Sex in the City »

(2) Electromagnétisme

(3) Sketch Hommage à Élie Kakou (Mais, je ne suis pas une starrrrr ! – hommage à Elie Kakou)

(4) Film Les vieux de la vieille de René Fallet 1958

(5) Amélie Nothomb – La Nostalgie heureuse, roman, Albin Michel, 2013 (ISBN 978-2-226-24968-5)

(6) Michel Polnareff – Marilou : (7) Jeanne Moreau – Quelle histoire

Article publié pour la première fois le 3 décembre 2013.