16 juillet 2017

Khaled ou la mort d’une carte de résidence

Khaled était un jeune Kabyle – il l’est toujours d’ailleurs – et une force de la nature. Depuis son plus jeune âge, il était manœuvre dans la maçonnerie, le symbole des travaux pénibles et des travaux que personne ne voulait faire. Ses bras étaient simplement des extensions pour la pelle et la pioche et quand il vous serrait la main, on avait l’impression de l’avoir dans un étau et les gens utilisaient un bout de bois afin de le saluer sans avoir à porter un pansement après. Il avait un visage enveloppé dans une grimace permanente comme s’il essayait de soulever le monde. Son corps musclé et ondulatoire ressemblait un « s » écrit par un enfant de la première année dans une école primaire : il était toujours penché d’un cote ou de l’autre. Sa démarche : une jambe qui corrigeait l’erreur de l’autre jambe comme s’il avait appris à marcher dans l’eau.

Un jour, quelques jeunes l’avaient convaincu de mettre sa photo sur Facebook pour rire. Ils lui ont ouvert un compte et il finit par partager les travaux forcés du tracteur avec ceux du clavier. Il utilisait le clavier comme on utilise un marteau pour briser un œuf à la coque. Après la destruction de plusieurs lettres sur différents claviers du cybercafé, une femme deux fois l’âge de sa mère et trois fois son âge prend intérêt à sa grimace. Après quelques mois d’échange, cette femme qui était déjà grand-mère en France décida de venir en Kabylie pour rencontrer Khaled ou l’adopter, il y a des choses qu’on ne saura jamais. Il devait certainement faire de la peine à cette dame avec sa grimace d’une douleur permanente ou d’un effort surhumain. Le jour fut fixé et il alla la chercher à l’aéroport de Bejaia. En arrivant à Akbou, Il lui prit une chambre dans un hôtel en attendant de réfléchir comment la présenter à ses parents. Khaled n’a jamais eu de relation avec une femme… sauf quand sa mère lui donnait à manger. Il prit deux chambres avoisinantes et passa la nuit avec cette dame. Que s’est-il passé dans cette chambre ? Nous ne le saurons probablement jamais, mais rien ne peut entraver notre imagination. Alors voici les résultats :

- La première approche devait ressembler à un bucheron traditionnel qui entasse à distance un arbre qu’il vient juste de couper.Retour ligne manuel
- Les caresses et le fairplay : un bulldozer qui terrasse un terrain vague.Retour ligne manuel
- Les baisers : une ventouse gigantesque qui débouche un vieux lavabo.Retour ligne manuel
- La pénétration : Un rhinocéros qui décide soudainement d’habiter dans une fourmilière.

Le lendemain matin, on retrouva la vieille dame inerte dans sa robe de chambre comme une dizaine de citrouilles dans un sac poubelle. Elle avait les os éparpillés comme un cadavre de 20 ans qu’on aurait déterré et mis dans un sac pour lui changer de tombe. Ses pauvres vieilles jambes étaient coincées derrière son cou et un de ses seins était enroulé autour de sa cuisse comme le fil d’un téléphone fixe. Retour ligne automatique
Khaled avait avalé le dentier de la vieille dame et il avait la peau de sa dulcinée dans la paume de ses mains comme le résultat d’un coup de soleil. On retrouva le pelvis de la victime accroché au-dessus du lit comme un trophée de chasseur. La lèvre supérieure était introuvable, les yeux de la dame étaient ouverts et figés comme une femme enceinte qui avait donné naissance au Djurdjura et le tout ressemblait à un origami d’un piètre amateur.

Quand la gendarmerie eut fini de ramasser la dame et lui demanda pourquoi il avait torturé sa grand-mère, il répondit : « Ce n’est pas ma grand-mère ! C’était ma future femme ! » Et le gendarme lui répliqua : « je n’ai jamais vu quelqu’un déchirer son passeport de cette manière. »

Hmimi O’Vrahem

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