12 août 2017

La décadence du village d’Ighil Ali

Ighil Ali est un village situé dans le versant Sud de la Soummam. Il est exposé au mont de Lala Khadija à la partie Nord et au Sud, la foret de Voni lui sert de slip mal serré. Ighil Ali doit sa réputation à un concours de circonstances. Un jeune chrétien, Belkacem Amrouche qui n’était pas originaire de ce village pour commencer épousa Fadhma At Mansour dans un couvent à Tizi Ouzou et le déplacement de ce jeune couple à Ighil Ali après leur union donna naissance à la réputation de ce village. Le reste a été forgé par une histoire à la dérive.

Ighil Ali, vu d’avion ressemble à un spermatozoïde qui manque de souffle à une distance de 15 cm de l’ovaire. Et récemment, avec les nouvelles constructions anarchiques, il garde sa forme de spermatozoïde qui n’est plus essoufflé, mais qui lit une carte pour trouver la direction de l’ovaire. Ighil Ali possède une mosquée énorme et qui domine tout le village et qui lui sert de banque sans intérêts aux villageois qui déposent là toute leur fierté. D’ailleurs, la nouvelle statue de Jean El Mouhouv Amrouche est inconfortablement située près de cette mosquée.

Le samedi est un jour de marché à Ighil Ali, un modeste petit marché dont les fruits et légumes ne viendraient pas, si on osait leur demander leur opinion. Dans un coin du marché, il y a un boucher qui vend des placentas et des mamelles de chèvres dont seuls les gens d’Ighil Ali connaissent la recette pour leur cuisson. Cette recette est gardée précieusement de mère en fille et savourée de père en fils depuis plusieurs générations. L’étroite route qui traverse Ighil Ali et qui mène à Bordj Bou Araredj est une route agréable avec des vues panoramiques a chaque virage. Je dis agréable, mais cela avant d’arriver à ighil Ali et à la sortie de celui-ci, car pendant la traversée du village, on a l’impression d’assister un défilé de zombis et qui ont tous une indigestion de mamelles de chèvres. Les gens vous regardent comme s’ils voulaient vous demander quelque chose ou vous révéler « un secret ».

Les femmes d’Ighil Ali ne sont pas particulièrement belles, mais elles sont coquettes. Derrière cette coquetterie en soufflant et en creusant à travers les multitudes des couches de maquillage, on pourrait même trouver des personnalités intéressantes. Qui sait ? Avec beaucoup de patience et de charme, elles pourraient même vous révéler « le secret » de la recette des mamelles de chèvres.

Il y a quelques décennies, les gens d’Ighil Ali avaient la réputation d’être tous éduqués. Leurs mains étaient toutes tachées d’encre et c’était le village qui fournissait tous les écrivains publics de la vallée de la Soummam. Ils parlaient tous un français potable et les échos du bruit de la machine à écrire se faisaient retentir à travers tout le village. Aujourd’hui, vous aurez de la chance de trouver une personne qui sache écrire son nom sans copier sur sa carte d’identité. L’éducation des gens d’Ighil Ali a disparu comme coïncidence et parallèlement avec celle de la plume et de l’encre.

La question que toute la région aujourd’hui se pose est : pourraient-ils lire la recette des mamelles de chèvres sans faire d’erreur dans ses ingrédients et la durée de sa cuisson ?

Hmimi O’Vrahem
Dédié a tous mes amis d’Ighil Ali qui ont oublié de m’inviter à prendre un café.

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