La Kabylie va mal…

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Je suis sincèrement navrée pour le retard que j’ai mis pour te répondre. Un peu dépassée par les événements mais me voilà !

Sinon pour en revenir à ce que tu m’as demandé, le topo sur la Kabylie … Pour être sincère avec toi, ce sera plus soporifique qu’autre chose car j’ai été extrêmement déçue de mon séjour …

La Kabylie va mal, elle est dans une phase abrupte de déclin … Imagine, Tizi Ouzou qui ressemble au plus grand dépotoir humain que l’on ne puisse imaginer… Les ordures jonchent le sol et tout le monde s’en fout … et quand tu circules dans la rue, tu as très peur de marcher dans une saloperie, à l’instar des tessons de bouteilles de bière qui longent les routes nationales …

Les travaux à Tizi centre ont rendu toute circulation impossible et les odeurs qui inondent la ville (ordures + travaux + canicule) sont nauséabondes, je te jure que c’est au point où je me demandais où j’étais … Socialement, les gens sont devenus matérialistes au possible, ils consomment à tout va, du tout au n’importe quoi … entre les abonnements chez le coiffeur ou au cyber-sex (cybercafés en langage kabyle : on comprendra aisément à quoi leur sert le surf et quelles y sont les pratiques courantes : Pour garder leur respectabilité, bon nombre d’entre eux ont dû créer des open desk) … Même les pizzerias dont on pensait à l’époque qu’ils étaient un échappatoire pour les couples en manque d’endroit tranquille pour leurs retrouvailles sont devenus de véritables baisodromes, des garçonnières aromatisées à la sauce piquante, version algérienne ! L’argent claqué dans les services dont on ne voit même pas l’intérêt nous en tant que petits parigots bien insérés … Pour exemple, imagine qu’un jour un mec a fait le trajet LNI-Tizi tout ça pour le plaisir de se retrouver près d’une jeune femme dans le fourgon, il m’avait suivi depuis la ville … et durant tout le trajet, il s’est tapé une petite branlette à côté de moi, et moi tétanisée à l’idée d’intervenir en disant au chauffeur : arrête-toi stp atan la yetthukku iman is wagi … devant 20 personnes, j’avais honte à sa place … en arrivant à Tizi, je l’ai insulté comme jamais et il a filé à l’anglaise, son « zgeg » encore endolori de sa randonnée …

Imagine que la lutte acharnée aux portables est telle que le prix moyen d’achat d’un téléphone est de 15.000 DA et ce à partir de 15 ans … et tant pis pour le lait et le pain qui manqueront à la maison …

La télé numérique débarque et le flashage pour une bouchée de pain dans les cyber et autres magasins GSM fait du pack télé + démo le meilleur allié des nuits de nos chers compatriotes, tout cela pour la modique somme de 70.000 DA, et tant pis encore une fois pour le bambino qui se balade pieds nus dans les villes pourries … Les cas d’intoxications alimentaires font recette : moi-même j’ai été atteinte lorsque j’ai eu l’audace de manger avec des amis sur Tizi … Mal m’en a pris lorsque j’ai vu pas si longtemps après, un rat aussi gros qu’un mulet surgir de nulle part et s’engouffrer prestement sous les roues d’une gargote ambulante : je me demande bien pourquoi Marie j’ai été prise, soudain, d’une irrépressible envie de vomir …

Culturellement ? C’est la débandade, presque plus une seule librairie dans la ville, les rares dernières subsistantes ont des rayons « kabyles » qui ressemblent à des peaux de chagrin. Ces rayons s’amenuisent à vue d’œil. A contrario, le reste de l’espace de ladite librairie est empli par les publications pieuses musulmanes et toutes les conneries qu’on peut trouver sur les quais parisiens vendus au kilo (les Barbara Cartland and co) Retour ligne automatique
Rechercher un bouquin précis ressemble à l’escalade du mont Everest, sans outils et à mains nues. Va donc chercher un seul ouvrage de Tahar Djaout dans tout ce bordel culturel…

Côté musique ? Ce n’est pas mieux ! La porte est fermée aux artistes de talents (j’ose espérer qu’il en reste quelques-uns) et la porte est ouverte à la débauche. Out la pudeur de nos artistes et leurs visuels modestes, bonjour la honte visuelle : lunettes de soleils et seins dénudés. Je me demande combien de millions ont été nécessaires pour créer ce raï kabyle qui amoindrit notre conscience collective à défaut d’éradiquer notre langue de manière définitive (avec le raï originel).

Ils ont poussé le vice jusqu’à nous amener des bidonvilles entiers de je ne sais où pour arabiser complètement la région. Bah oui, c’est tellement facile, leurs mômes et les nôtres fréquenteront les mêmes bancs d’école et pour peu qu’une alchimie sexuelle s’installe, vous êtes bons pour vous retrouver d’ici quatre générations avec un quarteron kabyle puis dans un siècle, vous ne saurez plus dire bonjour en kabyle.

Humainement maintenant, les Kabyles sont devenus de véritables égoïstes, à moins que ce ne soit le matérialisme du capitalisme à la française qui déteigne sur eux … En tous cas leur égoïsme est latent … j’ai eu plusieurs fois à faire les frais de vendeurs peu scrupuleux qui n’hésitaient pas à tripler les prix devant mes yeux verts et ma peau blanche n « timigritt », fille de rien et de nulle part …

Tu connais ma sensibilité, j’en ai été très affectée … Mais le pire restera quand même tous les clochards qui m’ont tourné autour et dont j’aurais entendu les propos peu élogieux concernant les filles de France … allant même jusqu’à dire à des gens proches de moi … « Faut absolument que je me taille d’ici … Putain même si ça doit être une handicapée, fais-moi signe, je suis preneur …  »

Voilà Marie, je suis revenue de Kabylie le coeur meurtri, j’ai détesté ce séjour, et en tant qu’artiste, je me suis sentie encore plus amoindrie dans mon art, et je me demande aujourd’hui si ce que je fais est pertinent … Bref, je passe une période disons de remise en question et de dégoût face à ce qui m’entoure …

Yiwet akken…

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