26 juin 2017

La situation de la femme en Algérie

Très chère amie,

Tu m’as récemment demandé d’écrire sur la situation de la femme en Algérie. D’abord, je suis honoré que tu valorises mon opinion sur un sujet aussi délicat et complexe. Écrire sérieusement et maintenir ce sérieux pour une aussi longue distance a toujours été un obstacle dans ma piètre vie. Cependant, je te demanderai d’ignorer mes moments évasifs et parfois incongrus pour éviter de sombrer et peindre un tableau dramatique. Je voudrais aussi ajouter que je serai incapable d’appliquer cette opinion purement subjective sur le reste du territoire algérien, car je sors rarement de la Kabylie non par manque de curiosité, mais simplement par une incurable fainéantise. Donc, je parlerai de la situation de la femme en Kabylie plutôt qu’ailleurs pour ne pas porter atteinte aux autres femmes ; dont j’ignore absolument tout jusqu’au moindre détail. J’essayerai d’être aussi impartial que possible pour honorer cette tâche que tu m’as confiée.

Tu m’as demandé ce que les hommes pensent de la femme en Algérie, mais je pense qu’il est important de reformuler la question et de demander : qu’est-ce que la femme Algérienne ou Kabyle pense d’elle-même ? Car les hommes, ici ou ailleurs pensent tous la même chose de la femme. La seule différence entre eux, c’est qu’ailleurs, en Europe ou en Amérique du Nord, les hommes ont une pensée rassasiée, alors qu’ici, ils ont une pensée affamée de la femme. Sans paraphraser, je dirais simplement que, si tu mettais un plat devant un homme rassasié ; il regardera d’abord la forme et la couleur de l’assiette, la disposition des aliments dans celle-ci et même sa manière de manger prêterait à croire qu’il savoure chaque bouchée de son repas. Ce n’est pas forcément vrai, car il se peut que cette personne soit dans un lieu raffiné, où le moindre bruit de couteau ou de fourchette alerterait la table voisine qui remettrait en cause sa manière de s’attabler ou « his table manners ». Dans l’autre main, tu mets un plat devant un homme affamé et il mangera sans même remarquer que les aliments sont dans une assiette ou qu’il y a des ustensiles à gauche et à droite de celle-ci qu’il soit dans un lieu raffiné ou pas. Nous sommes affamés et de cela, il n’y a aucun doute. Dans les pays développés, on offre une certaine protection à la femme et elle évolue en toute liberté, ce qui lui permet de s’épanouir et de jouir de tous ses droits. En Algérie, il y a encore les contraintes religieuses et cette loi scélérate qui garde la femme mineure à vie et qui la maintient sous le joug de son père, son frère et conséquemment de son homme. En Europe, on éduque la femme à être indépendante et en Algérie à servir l’homme. Mais comme j’approche le demi-siècle avec toujours ce regard d’enfant, mon opinion peut montrer des lacunes et exhiber des signes d’immaturité.

En Kabylie, il y a un soupir de liberté dont jouissent certaines femmes. La tenue vestimentaire par exemple. Je voudrais dire ici que je suis pour que les femmes mettent ce qu’elles veulent, quand elles veulent et où elles veulent, mais mettre un jean serré qui souligne les fesses d’une femme et qui provoque des rafales de regards démontrent un besoin pour la femme de s’exposer et d’envoyer des signaux d’une nature provocante et d’affranchir son consentement pour un harcèlement constant. En Europe, cela passerait inaperçu, mais ici, c’est l’équivalent de trainer un bifteck saignant au milieu d’une horde de chiens affamés.

En Europe par exemple, plus de 40% de viols ne sont pas reportés. La raison avancée pour cela est que les femmes ne se sentent pas confortables de reconstruire les détails de leur supplice devant le tribunal. Je peux affirmer qu’en Algérie plus de 95% de viols ne sont pas reportés et dans le climat social actuel, ils ne le seront jamais. En Algérie, le déshonneur de la femme se propage comme un feu de forêt et la reconstruction de son supplice quasi-inimaginable. La plupart des femmes opteront de prendre leurs vies plutôt que de témoigner contre celui qui a perpétré le crime.

Ce que les hommes Algériens pensent de la femme : « toutes des salopes sauf ma mère… et parfois ma sœur quand elle ne sort pas ». Mais en même temps, eux-mêmes sont victimes d’une société qui aiguise leur méfiance envers la femme. En leur imposant l’absence de la femme, elle a oublié de les éduquer sur les turbulences de sa présence.

(Ouf ! Il n’y a pas plus pénible que d’essayer d’être intelligent… je tire chapeau à tous ceux qui persistent sur cette route. C’est tellement plus drôle et plus facile d’être con).

Yours sincerely

Hmimi O’Vrahem

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