29 juin 2017

La vieillesse nous fait apprécier la mort

Je radote toujours sur la vieillesse car c’est une étape incontournable dans la vie de l’être humain et même animal pour ainsi dire. Les animaux la vivent un peu mieux que l’être humain je suppose en échappant aux préjugés. Comme tout le monde, j’essaye de vieillir gracieusement. Le mot « gracieux » est un nouveau mot dans mon dictionnaire et j’essaye aussi de l’embellir par d’autres mots pour bien l’accommoder à la vieillesse.

Quand je me lève le matin, je prends la direction de la salle de bains juste pour constater de combien j’ai vieilli durant la nuit. Quand je me regarde dans le miroir, je ne vois plus un visage mais une sorte de marécage d’un lieu aride où des animaux sauvages seraient venus s’abreuver durant mon sommeil. J’ai le visage déformé par les pattes d’éléphants et les sabots de zèbres. J’ai toujours des nouvelles rides qui descendent de l’œil gauche jusqu’au voisinage de mon nez et après cela, elles s’arrêtent comme par miracle et elles ne savent plus où aller. Après quelques investigations poussées, j’ai découvert que je ronflais la bouche ouverte et que cette position est un barrage efficace pour arrêter les rides dans leur course. Juste pour vous dire que ronfler peut déranger vos partenaires, mais freine les rides dans la colonisation de votre visage.
J’ai remarqué aussi que ma peau a encore tenté de divorcer de mes os. Vous savez quand elle commence à se séparer de votre corps en prenant une direction verticale et elle devient comme la peau d’un chat : elle est élastique et on peut faire ce qu’on veut avec. On peut même tirer la peau de ses dessous de bras pour les utiliser comme des draps. Vos joues prennent des directions opposées et se chamaillent sur la bonne direction à prendre ; votre ventre fait de l’ombre à votre pénis ou autre ; les muscles de vos cuisses décident soudainement de vouloir séjourner avec vos genoux ; vos mollets font une fugue et ne vous envoient même pas une carte postale pour vous donner de leurs nouvelles ; vos cheveux et votre tête ne ressemblent plus qu’à une pelouse mal entretenue ; enfin, les conflits corporels deviennent imminents entre les parties du corps comme dans une classe d’adolescents sans surveillant. Le plus drôle et humiliant, c’est mon sein gauche : il a l’air de faire de l’autostop sur une route où ne passe aucune voiture. Si les slips n’existaient pas, je trainerais mes fesses derrière moi une robe de mariée que des enfants piétinent. Heureusement qu’on a inventé les slips et je profite ce matin pour rendre hommage à ce ou cette génie.

Hmimi O’Vraham

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