Le café littéraire d’Aokas entre persécutions et supplices du régime algérien

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Kabylie (Kabyles.com)Le café littéraire d’Aokas est un foyer de culture populaire, l’endroit où les intellectuels, les artistes, les écrivains et tous ceux qui œuvrent dans la création pour amener de la lumière à un peuple qui a failli sombrer dans les ténèbres, s’offrent le plaisir de s’échanger de la matière instructive et créer une dynamique populaire axée sur le savoir et la connaissance. 

La réaction virulente du pouvoir d’Alger n’est pas fortuite, elle a été organisée et planifiée depuis un bout de temps pour mettre fin à une initiative parmi d’autres qui font de la Kabylie une région exceptionnelle sur le plan revendication et combat. Via son antenne locale la Daïra, son chef a exécuté les ordres à la lettre et sans distinction. Ce geste mesquin ne fait que confirmer une attitude absurde des autorités qui s’autoproclament comme des gardiens de la morale avec matraque à la main pour sévir. 

C’est un fait grave, cet empêchement est une atteinte à la liberté d’expression. Au lieu d’intervenir à Belcourt où Ali Ben-Hadj responsable de 200 000 morts, fait ses prêches incendiaires et qui détruit notre jeunesse en manque de repère, les bougres viennent perturber nos foyers de culture et de savoir, au lieu d’arrêter le grand massacre qui se construit à l’oued El-Harach à coup de milliards, un projet de mosquée équivalent à quatre mégas-hôpitaux, les ignares en saccagent le centre culturel de la ville d’Aokas.

 

Il n’ y a pas que moi qui le confirme, la Kabylie est entrain de prendre un autre virage, ses citoyens qui la représentent prennent son destin en main à différents niveaux ; de l’économie, de l’environnement à l’éducation sans oublier la liberté d’opinion et d’expression. L’avenir de ses enfants est assuré que par un travail de perspective et de réflexion entrepris avec un courage et la persévérance pour faire face à une volonté dirigée par le pouvoir d’Alger de casser toute initiative qui émane en dehors de leur cadre restrictif et abusif sous l’emprise de leur « fakhamatou rais al-djmhouria, tahta riaayat, »etc.

L’un des présents qui a assisté à cette terrible mésaventure, Ramdane Achab, un des acteurs du mouvement 80. L’image désolante au centre culturel de ville d’Aokas doit certainement le forcer à faire un voyage dans le temps, 37 ans en arrière, pour en déduire que la mentalité des décideurs n’a pas changé, et elle a été enseignée et transmise afin de maintenir le despotisme sur un peuple qui a la soif de la culture et des libertés.

La riposte des braves citoyens de la ville mérite une reconnaissance, les élus locaux  présents sur place ont accompli leur devoir de représentants en apportant un soutien aux organisateurs de la conférence, et le célèbre caricaturiste Ghilas Ainouche qui subit les coups  de la matraque après avoir été isolé par un groupe de policiers pour le passer au tabac en toute impunité à l’abris des regards, a, lui aussi, en dépit de ses déboires, contribué à l’apothéose de l’événement. 

Un peuple sans culture c’est comme un arbre sans racines,

a dit Bruno Raya. 

Massinissa Benai Ouali


Témoignage de Ghilas AÏNOUCHE,  jeune caricaturiste : Salut à toutes et à tous ! Je vais parler de l’événement d’Aokas du mieux que je peux. Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est que je suis allé à Aokas pour soutenir un mouvement associatif organisateur de conférences.

Une marche pacifique et une conférence étaient prévues. Ainsi, la police nous a empêché de rentrer au centre culturel où devait avoir lieu ladite-conférence sur la culture amazigh. Par la suite,il y a eu forçage de la porte. J’étais l’un des premiers à pénétrer à l’intérieur du centre. La police a pris du recul et la conférence s’est bien tenue.

Ils ont appelé les députés présents dans la salle dont Braham Bennadji, Nora Ouali et Khaled Tazaghrt pour assister à une réunion devant se tenir à la daïra ou ailleurs. Quelques dix minutes après, il y a eu l’intervention d’éléments de la CRS venus en force. Ils nous ont fait sortir manu militari de la salle. Comme tout le monde, j’ai pris le chemin de la porte de sortie. C’est à ce moment là qu’un des policiers m’ayant reconnu a dit : « Rkhis hada, diweh ! »  emmenez ce vaurien. Ils m’ont conduit dans une petite salle, juste à côté de la grande salle où se tenait la conférence. C’est là qu’ils m’ont tabassé. coups, crachats, insultes… J’ai reçu au moins 6 coups de matraques.

Au moment où ils frappaient, je n’ai rien senti. C’est bien après que les douleurs se sont faites sentir : à la colonne vertébrale, au côté droit de mon épaule et d’autres parties du corps. Douleur aux poumons aussi lors des fortes respirations. Tout s’est passé devant témoins. 

Il y a une dame qui a tenté de me protéger mais sans succès. Je n’oublierai jamais son geste, même si c’était impossible devant tant d’acharnement. L’un des policiers m’a dit avec ironie : « Dessine maintenant ! » Je n’ai pas pu distinguer son visage car dans ces cas-là, tout se passe vite. mais le visage du premier policier qui m’a frappé restera gravé à vie dans ma tête.

Je ne pensais qu’à minimiser les dégâts en esquivant le plus de coups possible. Beaucoup de personnes ont assisté à la scène. Ils ont vu et entendu pas mal de faits.
J’ai eu beaucoup de soutien à ma sortie dehors de la part de toutes les personnes présentes. Je tiens à les remercier de manière sincère. 

Personne ne s’attend à ce que la police débarque comme ça juste pour une conférence. Quelques temps après ma sortie, des émeutes ont éclaté. Mes pensées vont à toutes les personnes blessées lors des émeutes déclenchées par la suite.

Je suis parti à l’hôpital des environs. Mais en définitive, quelles que soient les douleurs, elles finiront par s’estomper avec le temps, par contre cette répression ne va pas s’effacer avec le temps »


5 thoughts on “Le café littéraire d’Aokas entre persécutions et supplices du régime algérien

  1. Café littéraire, c’est ici, à la bonne page d’accueil.

    Et puis la matraque, c’est le coté littéraire: une explication de texte de la morale où chacun peut encore donné ses arguments (« aie, ouille »). Pour qu’un café soit littéraire, il faut le lire dans son marc. C’est trop tard, il est bu.

    Il y a aussi les balles explosives où le café est plus que littéraire, il est arabica. Ils en sont capables!

    Le pot de terre contre le pot de fer, ne rêvez pas les kabyles vous n’êtes plus chez vous… « Algérie 2017 pensée unique ! », bien vue mais c’est trop tard pour des intellectuels, vous leur avez offert les clefs de la pensée!

    Bof! de culture.

  2. En Kabylie couper une route nationale est « halal » mais organiser une conférence sur la culture dans une salle est « haram » la yadjouz comme ils disent.La Kabylie étouffe sous l’Algérie,à quand un kabylexit pacifique et démocratique ?

    1. Qu’elle est la différence entre:
      « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver »,dixit Goebbels.
      et
      « Quand j’entends le mot Tamazight, je sors ma matraque »,dixit le pouvoir de l’ânegéristan.

  3. C’est l’attitude des peuples qui dictent les réactions de ses dirigeants et ce n’est pas un secret pour personne que ce sont les Kabyles qui font barrage au pouvoir despotique algérien. Les Kabyles demeurent les seuls qui peuvent être fiers de leur bravoure et ils vaincront sans doute. Tôt ou tard ils auront leur indépendance.

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