22 juin 2017

Le dresseur d’animaux sauvages – Sweet et fin

La vie est un challenge continuel et bientôt, je voulais m’attaquer à quelque chose de plus grand et de plus dangereux. Un animal qui pourrait facilement mettre ma vie en danger. Parcourant la Kabylie d’un extrême à un autre, j’avais réussi à mettre la main sur un chat. Quoi de plus dangereux qu’un chat de Kabylie ? Non ? Vous n’avez toujours pas trouvé ? Simplement un autre chat. Il fallait d’abord l’approcher, je mis ma tenue de dresseur d’animaux sauvages et « allah » dans mes poches arrières et de devant au risque de perdre mon « unique » vie – car lui en avait sept — je l’avais quand même approché. Il avait tellement faim qu’il avait fini par oublier à quoi pouvait servir un estomac.

Peu à peu, j’avais réussi à l’apprivoiser et même à le dompter. J’avais commencé par le dresser à boire du lait, chose que j’ai faite avec une subtilité et une finesse… tranchante. Il m’a fallu des jours et des jours pour le convaincre que « calcium » était le paradis des chats et que s’il buvait son lait, il aura 72 chattes après la fin de sa septième vie.

Quand les villageois apprirent que mon chat buvait du lait, ils commençaient à croire que j’étais un prophète au chômage et qui cherchait un dieu pour transmettre son message.

A vrai dire, je n’étais pas satisfait de moi-même, c’était trop facile. J’ai alors décidé de pousser ce talent à sa limite : je voulais maintenant dresser mon chat à manger des souris et cela n’allait pas être facile, du jamais vu, du sublime en sachant que ma réputation sera faite. Un nom qui résonnera pour longtemps dans le journal de quartier de l’éternité.

La vie est cruelle et l’Edam devenait de plus en plus cher. Les courants d’air ayant colonisé mes poches, je n’avais pas le choix que de sacrifier Pénélope – c’est le nom de ma souris—. J’avais pris le soin de lui expliquer la raison de son sacrifice et elle le prit très bien. Je réussi là où tous mes prédécesseurs avaient failli. Les journalistes, les imams, et tous les villageois étaient là pour réciter : « sourate al GAT » (la sourate du chat). Je devins instantanément une légende. On me donna le titre de Sirrr Hmimi et je fus même accepté par la congrégation des « Marabouts ».

Bien sûr, je n’allais pas m’arrêter là. L’homme est toujours à la recherche de sensations nouvelles et de nouvelles aventures. Je n’allais pas m’endormir sur mes lauriers et mes titres de noblesse. Retour ligne automatique
J’ai alors décidé d’aller plus loin et frapper à la porte où personne n’avait jamais osé frapper. Je pris la décision de dresser un animal que l’humanité n’a jamais réussi à apprivoiser, un animal qui est le pire ennemi de l’homme et qui pourrait le tuer juste en remuant sa queue : un chien.

La plupart des villageois pensèrent que j’allais perdre la vie dans ce nouvel exercice. Je voulais de l’insolite, du jamais vu et réussir à dresser un chien à détester les chats. Un travail si rigoureux que même Hercule aurait failli à cette tâche. Hercule peut-être, mais pas moi ! Au bout de quelques semaines, j’obtins un succès inespéré et je réussi là ou l’humanité avait failli, celle de voir un chien courir derrière un chat. Mon nom se retrouva inéluctablement dans le chapeau des nominés pour le prix Nobel. Je ne suis plus un homme, je suis une légende qui chausse du 44.

Voyez-vous mes amis, à l’approche de l’Aid al Kebir, j’essaye de dresser des moutons à manger de l’herbe et je suis certain de réussir. Je veux aussi convaincre un Canadien à consommer du sirop d’érable… mais c’est encore plus difficile : Retour ligne automatique
Essayez de trouver une personne qui pourrait… m’aimer pour ce que je suis.

Hmimi O’Vrahem

Lire la première partie : Chroniques de Kabylie : le dresseur d’animaux sauvages

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