22 juin 2017

Le voleur de chaussures de la mosquée du village (I)

Pour conter cette histoire, j’ai donné un nom fictif à ce voleur de chaussures donc si une personne se sent concernée, c’est simplement une coïncidence. J’informe que vouloir me poursuivre en justice serait peine perdue. Mes seuls biens sont : une paire de chaussettes, une paire de chaussures — que je n’ai pas volées à la mosquée — et une vieille jaquette trouée.

De tous temps, voler dans une mosquée est considéré comme un crime impardonnable par les imams et les religieux, même en prenant dieu comme témoin et avocat ne pourrait vous épargner les malédictions de ces derniers.

Quand Akli Ait Akli décida d’immigrer à Oran, il était trop pauvre pour pouvoir s’acheter des chaussures et ne pouvant pas marcher pieds-nus jusqu’à la ville de l’Ouest, il décida d’accomplir sa besogne, ce qu’il était éduqué à ne jamais faire, l’impardonnable délit. Retour ligne automatique
C’était un soir d’hiver, un mardi soir précisément pour ne pas attirer la foudre et réduire les méfaits de sa malédiction, car voler le mardi est considéré moins grave que les autres jours dans la religion musulmane.

Un autre jour où le vol est encore moins néfaste, c’était le samedi. Le samedi pouvait même être récompensé si en volant, on tenait des propos antisémitique et on tuait un juif dans la même foulée. Le paradis était assuré pour le malfaiteur. Il suffisait simplement de ramener le cœur du juif encore chaud pour le diner des imams. Mais Akli Ait Akli ne connaissait aucun propos antisémitique et il n’avait jamais vu un juif auparavant. Il avait seulement entendu dire que les juifs ressemblaient comme des frères aux Arabes, et il ne pouvait se permettre de se tromper de personne. Tuer un Arabe est un sacrilège quand on n’est pas Arabe et AAA – (Akli Ait Akli) était un Kabyle. Un pauvre Kabyle certes, mais il était Kabyle.

Ce mardi soir, AAA décida de voler une paire de chaussures à la mosquée du village pour son voyage. Il attendit la prière d’Al maghrev [1] et s’introduisit clandestinement à la mosquée. Il y avait cinq paires de chaussures dont deux étaient faites en peau de bœuf, une en plastique, une qui était trouée et qui était plus bonne à jeter plutôt que pour marcher. Il prit furtivement la cinquième qui n’était pas aussi trouée que la quatrième, mais dont l’odeur aurait pu suffoquer ses pauvres pieds.

Avec les chaussures à la main il courut vers l’Est d’abord, s’apercevant que c’était la direction de la Mecque, il fit volte-face et se retourna vers l’Ouest. Quand le jour se leva, il avait déjà franchi la forêt de Berwaguia. Sur son chemin, il aida une femme enceinte à accoucher, il offrit le restant de sa galette à des enfants affamés, il retira une de ses chaussures pour donner à boire à un chien assoiffé à la fontaine. En se reposant, une chatte avait accouché de sept chatons sur sa robe qu’il dût couper enfin l’histoire nous rapporte qu’il parvint à Bir- Aghbalou… en français : puits-puits. Le premier mot Bir en arabe pour puits, et le deuxième en tamazight pour…puits.

Fin de la première partie…

Hmimi O’Vrahem

Notes

[1crépuscule

UA-10888605-2