Le voleur de chaussures de la mosquée du village (suite)

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Le soleil commençait à bailler quand il pénétra le petit village colonial de Bir Sefsaf. Il choisit un eucalyptus centenaire bordant une ferme d’orangers et s’assit en soupirant vers la Mecque. Il utilisa son sac comme oreiller et s’assoupit aussitôt de fatigue. Akli Ait Akli – AAA était fatigué, affamé et tourmenté par le crime impardonnable qu’il avait commis : voler une vieille paire de chaussures de la mosquée de son village. Il savait qu’il ne pourrait plus jamais remettre les pieds dans ce village si cher à ses ancêtres. Mais l’acharnement de la pauvreté sur sa famille le conduisit à commettre l’irréparable : la profanation d’une mosquée. Il pensait à sa pauvre mère sur laquelle toute la colère du village et dont celle de l’Imam allait atterrir. Aurait-elle assez de place et trouvera-t-elle une piste d’atterrissage adéquate sur ce pauvre corps érodé par le manque de nourriture et les rudes travaux des champs ?

La fatigue et les remords sont un cocktail imbuvable et produisent des effets indésirables sur le cerveau, aussi petit soit-il, d’un être humain. Vers 21h17 ou 19, il y a beaucoup de gens qui suspectent que c’était : 19, il entra avec ses vieilles chaussures dans un rêve où une tenue de soirée n’était pas exigée. AAA rêvait qu’il dormait au fond d’une grotte et dans les bras d’un ours ; tandis que des chauves-souris jouaient du violon au-dessus de sa tête ; quand un ange vêtu de vêtements déchirés apparut dans son rêve. L’ange sortit sa corne dans laquelle, il conservait sa chique, l’ouvrit et chiqua avant de lui crier : « Iqra In3a dine babak ! Iqra in3a dine babak ! » (Lis ! soit maudite la religion de ton père. Lis ! Soit maudite la religion de ton père).

Ces propos le firent sursauter et quitter son rêve sans payer le loyer ou dire au revoir à l’ours. A son réveil, il trouva devant lui un Arabe qui gardait la ferme d’orangers. Il pointait le doigt maladroitement et de la main gauche vers une plaque accrochée au-dessus de sa tête sur l’eucalyptus sur laquelle était écrit noir sur blanc et dans un français colonial : « Il n’est pas interdit de dormir sous cet eucalyptus, mais tous les rêves nécessitent la permission du propriétaire sous peine d’une amende de 5 sous ». AAA expliqua à l’Arabe qu’il ne savait pas lire et qu’il n’a jamais été à l’école, mais l’Arabe ne voulut rien comprendre et lui rétorqua qu’il était payé une orange par jour pour empêcher les gens de rêver ou encaisser l’argent des rêves.

AAA prit son sac et sans dire un mot il reprit sa longue marche. Il commença à croire que la malédiction de son crime le poursuivrait aussi loin et qu’il se pourrait bien qu’il ne puisse jamais lui échapper. Il était trop tard pour repartir et il se résigna à en payer les frais.

Quand le soleil se leva à moitié endormi, il atteignit la première maison d’ighil Izane – Aujourd’hui Relizane – Il fut accueilli par une voix rauque… d’un chant de coq… qui avait une toux mal soignée… et l’odeur de beignets. Mais certains historiens affirment qu’il sentit l’odeur de beignets à la sortie d’ighil Izan et non à l’entrée ; tandis que d’autres rejettent totalement que la toux du coq était mal soignée.

En traversant une ruelle étroite, il rencontra un vieillard …avec un regard hagard… marchant pieds nus et pensant que cela n’était pas un pur hasard et qu’il l’avait déjà vu quelque part ; il essaya de retirer ses chaussures pour les lui offrir. Mais les chaussures étaient collées à sa peau, le voyant en difficulté, le vieillard lui offrit un couteau pour lui faire perdre moins de temps. AAA le remercia pour son geste et sa gentillesse en lui tendant ses chaussures, puis son couteau… que le vieillard mit dans la poche de son vieux manteau. AAA repartit heureux et les pieds en sang, mais il avait diminué le poids de sa malédiction.

Fin de la deuxième partie.

Hmimi O’Vrahem

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