Les Corrosifs

Les Corrosifs est une revue littéraire lancée le 12/01/2014 sous le nom Hebdo-Décapage, relancée le 12/01/2015 sous le nom actuel Les Corrosifs Retour ligne automatique
La revue est ouverte à tous (Toute personne (jeune auteur) souhaitant publier ses écrits, ébauches, poèmes, théâtre, photographie, dessin, caricature…)

Chronique KAFKA TEFKA (01)

C’est la boue, la bouse, le bruit quand on se mêle aux gens, au « chaab » (peupleux) algérien. Ainsi parle le journaleux lèche-couilles !

Ce fut en véritable homme de Dieu, grossiste de foi et détaillant de certitudes qu’il se présenta. Non sans cet air pédant de tous ceux qui avaient fait l’école messianique, passé leur jeune âge à étudier le lyrisme moelleux « Censuré » de Dieu. Pour au final devenir les maquereaux de la monarchie céleste, des enculés, enculeurs sous les dômes. Quant à mon abattue personne, échantillon de la membrane sociale pâteuse, on me présenta comme l’authentique homme d’alcool. Non pas, vigneron ou régisseur de quelque débit que ce fût, mais en ivrogne immodéré qui n’eut rien à marchander.

Lui, imam fonctionnaire d’État, vendeur de linceuls pour arrondir ses fins de mois, et conseiller municipal dans un cadre bénévole. Moi alcoolique beau parleur sans revenus, qui semais la désolation et la honte sur la surface de la municipalité. Un blasphème boiteux, voilà ce que j’étais, une entrave au destin des autres, un handicap.

Arrangeons le putain de verbe avec l’effarant présent.

Certes, dans un siècle on parlera de moi comme d’un être de rien, on conjuguera quantité de verbes à l’imparfait, pour décrire une limace. Ce sera avec un peu moins de consistance, témoignage de ce que je suis présentement. Tout ce que j’aurai pu être ne sera plus. On essaiera probablement de quantifier le vide pour en faire une grandeur palpable, une promotion expertisée qu’on pourrait insérer dans un algorithme de base pour générer un résultat.

Aujourd’hui je me goinfre de néant, dans cent ans ! hi hi hi… Bagatelle !

Mais lui, notre générique Muphti, on ne parlera pas du tout de lui, déjà aujourd’hui on peut compter un milliard de sa sorte, ce n’est qu’une copie de trop pour qui comme moi, veut se torcher le cul avec un imam. Maintenant, il s’attaque à tout avec voracité, il s’approprie tout, certifie, rejette à sa guise ou à celle de son seigneur, me laissant moi, dans le disponible déserté par toute sueur d’existence. Il accapare le volume acoustique de la cité, se soigne et soigne en clinicien d’esprit les traumatismes ambulants. Il n’y a plus ces jours-ci des nouveau-nés, c’est d’abord des fœtus, quelques mois plus tard c’est des « post-traumatiques »… Dans cent ans, il ne sera plus ni verbe, ni souvenir, et ce sera le cas des « post-traumatiques » d’ailleurs.

… à suivre

Ahmed Yahia Messaoud (Raskolnikove)

Revue littéraire (15X10) Disponible en version papier et numérique que vous pouvez commander sur notre site : www.lescorrosifs.1s.fr .

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