18 août 2017

Les effets sur un autre écrivain kabyle : Mouloud Feraoun

Mouloud Mammeri ou la colline emblématique (VIII)

Absente des débats consacrés à la politique culturelle au lendemain de l’indépendance, la langue berbère retrouve une certaine présence dans les réflexions et les polémiques culturelles à partir des années soixante-dix lorsque émerge de nouveau la revendication amazighe attisée par un hégémonisme arabiste dont le sectarisme heurte même ses initiateurs. Elle réapparaît notamment à la faveur du débat sur La Charte nationale de 1976. C’est dans cette dynamique qu’il faut resituer la critique littéraire des années 70-80 que nous allons examiner.

Christiane Chaulet-Achour est sans conteste la disciple la plus représentative de l’école Lacheraf. Elle s’appuie dans sa thèse [1] sur un concept d’Althusser, l’Appareil idéologique d’État (AIE), pour s’en prendre dans un même mouvement à « l’assimilé » Mouloud Feraoun et à l’auteur non moins « assimilé » de La Colline oubliée.

Seul écrivain de sa génération à n’avoir pas quitté le pays pendant la guerre, scellant ainsi son sort au destin de son peuple alors qu’il se savait menacé, Feraoun a payé de sa vie ce choix. À juste titre cependant, Chaulet-Achour considère que cette fin tragique, son assassinat par l’OAS, ne saurait rendre sacrilège la critique libre de son œuvre. Mais si elle se libère manifestement de ce carcan moral, c’est pour tomber dans les travers de ce que peut produire un agent de l’appareil idéologique universitaire de l’État-FLN.

Au regard de la surenchère accompagnant la politique d’arabisation qui fait passer Lacheraf pour un rétif à cette politique, on imagine ce qui est attendu par le pouvoir d’un discours émis depuis l’université algérienne, en français, sur un écrivain francophone qui assume son identité kabyle. Chaulet-Achour dont l’étroite filiation à Lacheraf est consacrée par la longue préface que ce dernier a fait à sa thèse répond parfaitement à cette attente comme en témoignent la cécité et les apriori idéologiques consternants avec lesquels elle aborde l’œuvre de Feraoun et de Mammeri.

Dès l’introduction de sa thèse (p.43), les éléments cardinaux sont posés : tandis que le français est voué à l’extinction, « l’expression littéraire en langue nationale [le singulier implique évidemment qu’il s’agit de l’arabe] prend peu à peu la place qui lui revient de droit ». Cette affirmation énoncée sans le moindre questionnement ne fait aucune place à la langue berbère qu’elle ne mentionne même pas. Pourtant, nous sommes en 1985, après le Printemps berbère de 1980 et les premiers romans en langue berbère ont déjà paru tandis que Feraoun avait déjà publié en 1960 Les Poèmes de Si Mohand aux éditions de Minuit et que, de son côté, Mammeri avait fait paraître en 1969 Les Isefra de Si Mohand chez Maspéro qui ont rencontré un succès certain et en 1980 Poèmes kabyles anciens (également chez Maspéro) qui ont eu le retentissement que l’on sait. Ces données sont ignorées par Chaulet-Achour et la première occurrence du mot kabyle (p.45) dans l’introduction de sa thèse se trouve dans l’expression « mythe kabyle », « pièce maîtresse de l’idéologie [coloniale] en Algérie ». Cette présentation, que ne renierait pas Le J.M. de 1952, a du moins le mérite de la clarté.

Dans un autre ouvrage, [2] elle qualifie la production de Mouloud Feraoun d’« œuvre atone » qui est parvenue à donner l’illusion de l’« universel » (pp. 28-29). Œuvre à laquelle elle dénie tout caractère national, comme l’avait fait avant elle Lacheraf pour La Colline oubliée, roman que Chaulet-Achour associe d’ailleurs à ceux de Feraoun dans sa critique :

Nous avons dans des travaux précédents, en particulier dans notre thèse, situé l’œuvre de Feraoun par rapport aux autres œuvres algériennes et celles d’Afrique, centrés sur les récits de vie d’« assimilés ». Dans notre perspective aujourd’hui, nous aurions pu intégrer La Colline oubliée de Mouloud Mammeri ; mais d’une part ce roman vient après celui de Feraoun, d’autre part la vision n’est pas différente de celle de Feraoun, régionale et non nationale : elle n’établit pas non plus de contre discours. (Note en bas de la page 40)

Elle ajoute, dans sa thèse, que

l’assimilé parle toujours de son groupe en le nommant par sa caractéristique tribale ou régionale, les kabyles, les diallobés … rarement par sa caractéristique nationale (p.322)

et renvoie dans une note au bas de la même page à

Lounas dans Le sommeil du juste qui parle d’« algérien » un bref instant, comme une récitation bien apprise, sans que cela transforme l’orientation régionaliste de l’ensemble.

Avec Le Sommeil du juste, Chaulet-Achour se montre plus intransigeante qu’Othman Saadi qui considère qu’avec cette œuvre Mammeri a « retrouvé » son algérianité [3] (qu’il aurait perdue avec La Colline oubliée selon Saadi). À propos du Sommeil du juste (classé dans la thèse de Chaulet-Achour roman assimilationniste, catégorie deux), elle note que

Les rares tentatives faites de description d’une ferme de colons se trouvent dans Le sommeil du juste, dans la deuxième partie consacrée à Sliman : les pages sont d’une pauvreté d’évocation qui souligne l’aspect volontariste et caricatural de ce « morceau obligé » contre le colon. (Abécédaires p.332)

Et toujours dans sa thèse, elle souligne « la dépréciation des revendications politiques » traduite par

les difficultés qu’éprouvent Arezki [le héros du roman] à s’engager résolument (Le Sommeil du juste) et son malaise face à un responsable que le narrateur se complaît à nous présenter comme un parasite vivant grassement sur le dos du mouvement, pourtant « un théoricien du parti ». (p.333)

Pourquoi Chaulet-Achour voit-elle dans cette évocation une dépréciation des revendications politiques puisque ce personnage (dont elle-même ne nie pas l’existence dans la réalité), loin d’être central dans le roman, n’est pas le seul à être engagé politiquement (cf. Lounas, Sliman, Arezki lui-même et le chef régional du Parti, le Vou thamarth (« le Barbu ») de La Colline oubliée, dépeint dans Le Sommeil du juste sous les traits d’un apôtre au collier de barbe assyrien détaché du monde matériel et d’autres maquisards) ? Ces autres personnages sont évacués dans la mesure où ils ne confortent pas l’hostilité, ou à tout le moins la réserve prêtée à l’auteur envers l’engagement nationaliste. Sur ce roman précisément, l’appréciation de Chaulet-Achour est à comparer avec le témoignage du sociologue américain Kenneth Brown. [4] Alors qu’il était encore étudiant, la lecture du Sommeil du juste dans une traduction anglaise a en partie décidé du choix de sa carrière et lui a fait prendre l’avion pour rencontrer l’auteur à Alger en 1963 !

À Feraoun, Chaulet-Achour reproche (Abécédaires p.335) de taire dans ses romans les événements de la guerre dont il a connaissance puisqu’il les consigne dans son Journal. Rappelons que les deux premiers romans de Feraoun ont été publiés avant la guerre, seul Les Chemins qui montent est paru pendant la guerre, au début 1957. Dans le dernier roman, La Cité des roses, [5] paru à titre posthume et dont l’action se situe pendant la guerre, il n’y a pas une ligne où celle-ci est absente. Feraoun avait envoyé son manuscrit à la fin 1958 à Paul Flamand des Éditions du Seuil qui l’a refusé. Peut-on en faire grief à l’auteur ? Quant à L’Anniversaire, roman inachevé, et également paru à titre posthume en 1972 et dont Chaulet-Achour a connaissance au moment où elle écrit sa thèse, l’action du roman est située pendant la guerre et le narrateur, impliqué dans le conflit, vit dans la clandestinité à Alger. Nous savons aussi que Feraoun, bien que se sachant sous la menace de l’OAS, a tenu à ce que son Journal paraisse avant la fin de la guerre.

Même dans Les Chemins qui montent dont l’action se situe dans les années cinquante, mais avant-guerre, Feraoun ne tait pas le fait colonial. Amer, personnage du roman, sur le pont du bateau qui le ramène de Marseille, invite par bravade un passager européen à admirer la beauté de la baie d’Alger :

— Oh ! que c’est beau, n’est-ce pas ?Retour ligne manuel
— Oui, dit-il avec une moue dédaigneuse, sans se douter que j’en étais un ; dommage qu’il y ait tant d’Arabes…Retour ligne automatique
Alors j’ai compris qu’Alger n’était pas à nous mais à eux. S’il me restait quelques doutes, le douanier de service a dû les dissiper, qui n’a ouvert aucune valise française, mais toutes les valises arabes. La mienne a trouvé grâce : il s’est trompé sur mon compte. Insulte supplémentaire. (p.128)

Chaulet-Achour prompte à tirer des conclusions sur « l’assimilé » qui nomme « toujours » son groupe par la « caractéristique tribale ou régionale » omet de relever et d’expliquer ici l’usage qui est fait du mot « Arabe ». [6] De façon générale, elle ne semble pas percevoir la manière dont Feraoun se saisit de la dénomination octroyée par l’Autre, le dominant, pour se la réapproprier au bénéfice du dominé comme il le fait dans la citation ci-dessus.

Situant Feraoun dans le sillage des écrivains colonisateurs, avec qui il se confondrait à l’occasion, elle écrit dans Mouloud Feraoun, une voix en contrepoint :

Le colonisateur (M. Rémond ou M. Bugéja) est clair : il dilue sa mauvaise conscience dans le projet de régénération pour occulter l’exploitation. Le colonisé (M. Feraoun) ne tient pas, en général [souligné par nous], de tels discours (p.52)

Dans ce passage établissant un parallèle entre le discours du colonisateur et celui du colonisé, on s’attend à ce que Chaulet-Achour exhibe quelque citation probante de Feraoun à même de justifier ce « en général » mis en apposition dans sa phrase, allant au-delà du parallèle pour affirmer une identité au moins partielle. Mais au lieu de cela, sa « méthode impitoyable d’analyse critique » (dixit Lacheraf dans la préface à sa thèse (p.30)) ne lui fournit qu’un propos de Feraoun affirmant que… « les Kabyles sont des hommes comme les autres » (p.52). Ce genre d’approximation parcourt tout son travail. Dans le même ouvrage, on peut lire :

Si donc la lecture de la Kabylie de Feraoun ne peut se faire en dehors des autres Kabylies textuelles on ne peut toutefois conclure à un contre-discours. (p.53)

Elle n’écrit pas que le texte de Feraoun peut être mieux compris à l’aide de la lecture d’autres textes coloniaux, elle assure que la Kabylie de Feraoun, seule, est illisible sans les textes des colonisateurs. La conclusion, fortement suggérée, est que les livres de Feraoun (au moins Jours de Kabylie) sont si interdépendants de ceux des colonisateurs qu’ils en perdent toute autonomie.Retour ligne automatique
Comment expliquer alors l’existence de nombreux lecteurs de Feraoun qui n’ont jamais lu ni Martial Rémond, ni Marie Bugéja et qui, pour la plupart d’entre eux, ne les connaissent même pas ?Retour ligne automatique
Poursuivons un instant en donnant un autre exemple où le texte est malmené pour appuyer un argument posé a priori. Quelques pages plus loin on trouve :

Feraoun dit lui-même que son œuvre est condamnée finalement à « être donnée en exemple de ce que l’école française peut produire chez nous »,

Journal, p.284. (p.59, note 10)

Reportons-nous à la page 284 citée du Journal 1955-1962. Nous découvrons que ce qui est donné comme un propos de Feraoun lui-même est un discours fictif prêté par Feraoun au capitaine de la S.A.S. (Section administrative spéciale) qui avait fait son panégyrique dans son village et lui avait envoyé un télégramme de condoléances à la mort de son père ! Voici le passage :

Peut-être, me dis-je, n’a-t-il pas voulu me compromettre en parlant de moi dans les villages ? Peut-être a-t-il seulement estimé qu’il [le capitaine de S.A.S.] pouvait me donner en exemple de ce que l’école française peut produire chez nous ?

Et le même jour, il ajoute dans sa chronique :

Certains [des villageois] étaient sans doute mécontents que l’on se serve de mon nom contre eux. Mais ils savaient tous que je n’y pouvais rien et que je n’approuvais pas. (p.286)

Nous pourrions longuement commenter le traitement réservé à ce passage, comme à tant d’autres. Contentons-nous de relever le fait que le propos prêté à « Feraoun lui-même » n’est pas de lui, mais celui qu’il prête au capitaine de la S.A.S. Comment une spécialiste de littérature, rompue aux subtilités des questions d’énonciation, peut-elle se laisser aller à de tels écarts ? Le problème soulevé par ces glissements divers est qu’ils sont tous orientés dans le même sens, tous visent à accréditer l’idée de l’écrivain kabyle à l’engagement national suspect déjà posée dans Le J.M. en 1952-53. Cette orientation systématique rend improbable le caractère aléatoire de ces nombreuses « erreurs » [7] chez une critique dont la démarche ne doit par ailleurs rien à la négligence.Retour ligne automatique
Elle conclut son opuscule Mouloud Feraoun, une voix en contrepoint en opposant le reportage intitulé « Misère de la Kabylie » du jeune Albert Camus paru dans Alger-Républicain du 5 au 15 juin 1939 à une lettre ouverte [8] de Feraoun adressée au même Camus évoquant ce reportage. Retour ligne automatique
Naturellement, la comparaison conduite par Chaulet-Achour s’achève en défaveur de Feraoun, le colonisé, puisque, selon elle, suivre Camus le conduirait à des engagements politiques qu’il ne peut assumer :

Adopter le point de vue de Camus, c’est s’engager à terme – pour le colonisé qu’est Feraoun – sur la voie de la revendication nationale. Aussi choisit-il de poser un contrepoint à la dominante du discours colonial : « Mais ce langage de vaincus, nous vous le tenions comme une réplique définitive à votre langage de vainqueurs. Cela nous permettait de solliciter des réformes et le droit de vous ressembler. » (p.78)

Elle termine sa démonstration en écrivant que le discours de Feraoun pris dans son intégralité historique « ne saurait passer » (p.79).

Pour aboutir à ce résultat, elle isole le reportage de 1939 de l’œuvre de Camus, notamment des textes postérieurs de Actuelles III auxquels Feraoun répond en fait dans la lettre citée et dont la tonalité tranche avec ce texte de jeunesse de Camus. Le chapeau de Preuves présentant la lettre de Feraoun (qui avait demandé à garder l’anonymat) l’atteste :

Albert Camus a bien voulu nous confier la lettre qu’un instituteur musulman du Sud lui a envoyée après avoir lu Actuelles III

La confrontation objective des textes ne peut occulter le fait que Feraoun répond, non pas à un reportage vieux de vingt ans (même s’il le cite pour dire d’ailleurs qu’il n’y a pas cru…), mais à des écrits de Camus de la même époque, c’est-à-dire datant de la guerre. Chaulet-Achour ne cherche pas non plus à comprendre la genèse de la position de jeunesse de Camus en cherchant à y déceler la part de l’influence du discours et de l’environnement communiste sur le reportage de ce dernier, comme le suggère l’emploi de la formule « peuple kabyle ». [9] Au-delà de ces remarques, le vrai problème que pose la démarche de Chaulet-Achour tient dans le parti pris qui guide la sélection des passages retenus d’un côté comme de l’autre et la présentation qu’elle en fait.

Chez Camus, l’ensemble du reportage est analysé même si elle en montre les limites en signalant, par exemple, que l’assimilation envisagée par Camus est à sens unique, à savoir celle des Kabyles devenant Français, « l’inverse ne semble pas effleurer le journaliste » écrit-elle. Chez Feraoun, seule est retenue l’analyse qu’il fait du discours tenu par les vaincus aux vainqueurs dans le passé. Mais pas un mot de ce que pense Feraoun sur le point pourtant essentiel dans la thématique de Chaulet-Achour, à savoir la question de l’assimilation sur laquelle Feraoun s’exprime longuement dans cette lettre ouverte qu’elle étudie. Le voile jeté sur cette partie qu’elle passe sous silence est d’autant plus significatif que celle-ci ne manque pas d’intérêt. Jugeons-en :Retour ligne automatique
Lorsque Camus écrit dans Actuelles III que les « Français d’Algérie sont, eux aussi, et au sens fort du terme, des indigènes », [10] Feraoun n’en disconvient pas. Il répond dans sa lettre « aujourd’hui, je sais comme vous, cher monsieur, que les “Français d’Algérie sont au sens fort du terme, des indigènes” » puis ajoute, goguenard … « je souhaite seulement qu’ils en aient conscience » ! Car Feraoun sait d’expérience ce que recouvre le statut d’Algérien revendiqué par un Européen : « Lorsque les Algériens d’origine européenne nous disent qu’ils sont Algériens, nous entendons qu’ils sont d’abord Français, puis Algériens de surcroît  » et, ajoute-t-il : « Lorsque le musulman dit qu’il est Algérien, chacun sait qu’il n’est que cela. »

Sur le point précis de l’assimilation, Feraoun écrit qu’« il n’y a d’autre assimilation possible que celle des nouveaux par les anciens ». Pour lui, il ne reste qu’à renoncer au leurre, prêché par Camus, et adopter la bonne assimilation et aller jusqu’au bout du processus :

Pour bien faire, il eût fallu, au contraire, que le costume disparût pour laisser place à la gandoura et au séroual et le peuple algérien, tout entier en burnous, eût à coup sûr retrouvé son unité.

Cette longue lettre [11] que nous avons citée dans un article consacré aux échanges entre Feraoun et Camus mérite d’être lue dans son intégralité. La question qui nous préoccupe ici est de savoir comment, partant de ce texte, Chaulet-Achour peut conclure que Feraoun ne pouvait suivre Camus, aller aussi loin que lui sans être contraint à formuler des revendications nationalistes qu’il ne pouvait assumer ? En vérité, elle n’a pu parvenir à cette conclusion qu’en omettant de prendre en considération les passages auxquels nous venons de faire référence, passages omis parce qu’ils heurtent de plein fouet l’image de « Feraoun l’assimilé » qu’elle cultive tout au long de ses travaux.

Dans l’approche de Chaulet-Achour, nous retrouvons les deux éléments au cœur de la critique littéraire de 1952-53 : le poids du critère politique et la volonté de nier tout patriotisme dès lors qu’il se réfère à l’identité berbère avec, en corollaire, le déni d’incarner l’Algérie opposé à la Kabylie. C’est ce que nous venons de voir avec Feraoun qui prône une assimilation à l’envers de celle défendue habituellement mais qui ne retient pas l’attention de Chaulet-Achour, sans doute parce que pour Feraoun l’unité du peuple algérien n’est pas celle qui repose sur l’arabo-islamisme, mais

celle qu’il avait eue au long des siècles, en dépit des divisions intestines, de la multitude des langages et de la diversité des genres de vie. Car il y a bien cette unité nord-africaine imposée au moins par le climat, le milieu, la nécessité de vivre ensemble dans cette “ île de l’Occident ”, et que ni les Phéniciens, ni les Romains, ni les Vandales, ni les Arabes ne réussirent à disloquer. (Ibid)

Pour conclure sur le parallèle Feraoun-Camus, relevons ce que notait, avant cette lettre, Feraoun dans son Journal, le 3 février 1956, à propos de l’appel à la trêve civile de Camus du 22 janvier 1956 :

Je pourrais dire la même chose à Camus et Roblès. J’ai pour l’un une grande admiration et pour l’autre une affection fraternelle mais ils ont tort de s’adresser à nous qui attendons tout des cœurs généreux s’il en est. Ils ont tort de parler puisqu’ils ne sauraient aller au fond de leur pensée. Il vaut cent fois mieux qu’ils se taisent. Car enfin, ce pays s’appelle bien l’Algérie et ses habitants des Algériens. Pourquoi tourner autour de cette évidence ? Êtes-vous Algériens, mes amis ? Votre place est à côté de ceux qui luttent. Dites aux Français que le pays n’est pas à eux, qu’ils s’en sont emparés par la force et entendent y demeurer par la force. Tout le reste est mensonge, mauvaise foi. (p.76)

Au vu de ces prises de positions, peut-on encore continuer de cultiver l’idée d’un Feraoun « pleutre » face à un Camus « engagé » ?

Quant à la perception par les uns et les autres de l’écrivain Camus, songeons à la lettre [12] datée du 27 mai 1951, pleine de retenue et de déférence, que Feraoun adresse à Camus dont la notoriété est déjà bien établie. Dans cette lettre expédiée depuis Taourirt Moussa, village où il est en poste, le petit instituteur du bled n’en dit pas moins des vérités profondes sur La peste :

J’avais regretté que parmi tous ces personnages il n’y eût aucun indigène et qu’Oran ne fût pour vous qu’une banale préfecture française.

Cette vérité qui, aux yeux de nombre de critiques, apparaît aujourd’hui comme une tache dans l’œuvre de Camus, Feraoun est, à notre connaissance, le premier à l’avoir relevée. Alors que, plus d’une année après la lettre de Feraoun, Mostefa Lacheraf oppose [13] à M. Dolhac l’écrivain

Camus, lui-même algérien mais ouvert à un humanisme auquel les colons, les légionnaires, les chauvins, et les poètes officiels restent éternellement étrangers,

Camus qu’il érige en modèle en le citant sans la moindre réserve dans Noces. Il faudra plus de dix ans à Lacheraf pour qu’il exprime dans Les Temps modernes [14] des réticences en relevant qu’avant la génération des écrivains algériens des années 50, il y avait des « réalités algériennes qu’aucun écrivain, même Camus, n’avait eu le courage de traduire » et de noter, encore plus tard, que le soleil qu’aimait Camus « lui cachait le vrai drame de l’Algérie ». [15]

De même, lorsque Retour à Tipasa de Camus paraît dans la revue Terrasses de Jean Sénac, Le Jeune Musulman, dans son n°24 du 26 juin 1953, salue

l’attachement qu’il [Camus] ressent pour l’Algérie radieuse et pour cet Alger dont la « lumière vibrante » se retrouve même en plein décembre. « La terre dit-il, au matin du monde a dû surgir dans une lumière semblable ».

Le directeur Taleb-Ibrahimi du J.M., lui-même, invoque la haute autorité morale de Camus pour défendre son bilan dans l’éditorial « Bilan d’une année », [16] consacré au premier anniversaire de la revue sous la signature Ibn El Hakim :

Certes, il reste beaucoup à faire. Comme le dit si bien Camus, « le journalisme n’est pas l’école de la perfection ».

Lui aussi mettra plus de quinze ans [17] pour retirer la qualité d’Algérien à Camus qui devient l’étranger pour n’avoir pas intégré les indigènes dans ses romans. À l’inverse de Taleb-Ibrahimi qui passait sous silence les œuvres de Feraoun à la même époque dans Le J.M., Feraoun, toujours dans sa lettre de 1951, se garde de toute rancœur contre Camus et attribue au système colonial le fossé qui sépare les deux communautés au point de les rendre étrangères l’une à l’autre :

Oh ! ce n’est pas un reproche. J’ai pensé simplement que, s’il n’y avait pas ce fossé entre nous, vous nous auriez mieux connus, vous vous seriez senti capable de parler de nous avec la même générosité dont bénéficient tous les autres.

Comment affirmer qu’il n’y a pas d’éléments de contre discours qui s’opposent au discours colonial dans le propos de Feraoun, même si bien entendu, le mode d’expression de son œuvre n’a jamais été celui du pamphlet politique ? La lecture du journal clandestin du FLN El Moudjahid, a inspiré à Feraoun ce commentaire extrait de sa chronique du 12 janvier 1957 de son Journal :

J’ai pu lire d’un bout à l’autre le numéro spécial du Moudjahid. J’ai été navré d’y retrouver pompeusement idiot, le style d’un certain hebdomadaire régional. Il y a dans ces trente pages beaucoup de foi et de désintéressement mais aussi beaucoup de démagogie, de prétention, un peu de naïveté et d’inquiétude.

Et ce que Chaulet Achour considère comme condamnation « sans ambiguïté » du FLN, la suite de cette chronique qu’elle cite dans sa thèse :

Si c’est là la crème du FLN, je ne me fais pas d’illusions, ils tireront les marrons du feu pour quelques gros bourgeois, quelques gros politiciens tapis mystérieusement dans leur courageux mutisme et qui attendent l’heure de la curée. Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier [mis en gras par Chaulet Achour]

(Abécédaires en devenir p.335), est aujourd’hui abondamment repris mais …pour en saluer le caractère visionnaire. Au demeurant, ce propos de Feraoun ne peut être interprété comme un rejet global du FLN et encore moins celui de l’indépendance qu’il dit vouloir même s’il fallait subir « la dictature des ambitieux et des fanatiques » [18] (Journal 14 août 1957 p.242). De surcroît, il est arrivé à Feraoun de se laisser aller à des envolées lyriques sur le patriotisme comme celle qui suit, même s’il en souligne aussitôt le caractère « puéril » :

Je peux mourir aujourd’hui être fusillé demain : je sais que j’appartiens à un peuple digne qui est grand et restera grand, je sais qu’il vient de secouer un siècle de sommeil où l’a plongé une injuste défaite, que rien désormais ne saurait l’y replonger, qu’il est prêt à aller de l’avant pour saisir à son tour ce flambeau que s’arrachent les peuples et je sais qu’il le gardera longtemps. (Journal 16 janvier 1957, p.189)

Les réserves exprimées par Feraoun sur le FLN et son projet politique témoignent non pas de son « esprit de collaboration » mais de son honnêteté intellectuelle, de son souci d’être au plus près du vécu de son peuple. Ce discernement n’est-il pas au contraire ce qui fait que le texte de Feraoun survit, « passe » dans son intégralité historique [19] tandis que devient surannée une critique qui oscille entre l’oukase, le sectarisme arabo-islamique et le réalisme socialiste jdanovien.

La préface dithyrambique qu’écrit Lacheraf à la thèse de Chaulet-Achour permet d’apprécier le degré d’alignement de l’élève sur le maître : la thèse est présentée comme une « somme colossale de faits – culturels, sociaux linguistiques etc.– » (p.5), « un chef d’œuvre de dissection et de critique éclairant » [20] (p.10) dont Lacheraf souligne les « profondeurs » d’une « œuvre si riche en perspectives d’analyse et en justes réinterprétations de l’histoire » (p.5), etc.

Cet alignement est illustré en particulier dans son analyse du rapport de Mammeri à la langue berbère lorsqu’elle interprète l’insertion de courtes phrases en kabyle dans les romans de ce dernier. Au sujet de la langue kabyle, elle écrit dans sa thèse [21] :

M. Mammeri y fait quelques allusions dans ses romans mais plus pour marquer la différence entre la langue arabe et la langue kabyle que pour valoriser la langue berbère comme refuge culturel contre la francisation. (p.348)

Elle ajoute une note qui n’est pas sans rappeler le retranchement « presque agressif » de la communauté régionale à la communauté nationale reproché par Lacheraf :

Les kabyles musulmans de Mammeri semblent plus étrangers à l’arabe qu’au français.

Nous ne nous attarderons pas outre mesure sur cette note dans laquelle le mot « musulman » est mis en gras par l’auteure, note qui relève de la simple affirmation puisqu’elle ne l’accompagne d’aucune citation, d’aucun argument.

Quant à sa remarque sur la langue kabyle, voici le recensement systématique des pages où figurent des locutions kabyles dans les dialogues de La Colline oubliée [22] : pages 41,75, 94, 95, 165 et 198.Retour ligne automatique
Il se trouve que, dans le roman, toutes ces expressions sont émises dans le contexte du monolinguisme de la montagne kabyle. Aucune allusion n’est faite aux Arabes ni aux Français dans ces dialogues et rien n’y renvoie dans l’environnement où elles sont prononcées. Au demeurant, certaines d’entre elles sont faites, en partie, d’emprunts à l’arabe comme par exemple :

Ruheth di lehna a Tharwa… (partez en paix mes enfants) (p.41)

Il n’est pas exclu que Mouloud Mammeri ait entendu de la bouche de son père ces mots prononcés en langue kabyle dans une circonstance qui correspond à un moment fort du roman (longuement repris par Taha Hussein dans son article), celle de son départ à la guerre. Qu’y a-t-il d’extraordinaire à ce qu’il ait ressenti le besoin de les reproduire tels quels ? Et surtout, pourquoi y voir une volonté de marquer une différence entre la langue arabe et la langue kabyle ?

En outre, l’auteur qui s’en est expliqué dans un entretien avec Pierre Monette [23] dit entendre ses personnages algériens avec leurs mots berbères et explicite :

Si je pouvais écrire un texte bilingue, je mettrai le berbère en face

même s’il dit ne pas adhérer à la démarche de ceux qui injectent quelques mots de berbère ou d’arabe dans le texte d’un roman par recherche d’exotisme.Retour ligne automatique
Sur cette même question, tournons-nous un instant vers ce qu’a écrit Jacqueline Arnaud dans le premier volume de sa thèse [24] parue à la même époque que celle de Chaulet-Achour. Ayant examiné attentivement l’usage de mots et formules kabyles dans le texte français chez Feraoun et Mammeri, elle se pose plus globalement la question de la langue d’écriture. À propos de La Colline oubliée elle voit dans ces insertions « dans une langue subtile à saisir les nuances » un moyen propice pour Ménach de s’amuser de « la pédanterie d’Akli et de Meddour » et relève plus généralement que, par ce fait, Mammeri tend à rappeler au lecteur que « la langue kabyle existe, vit et veut vivre. » (p.103) Jamais le kabyle n’est opposé à l’arabe dans l’analyse d’Arnaud.

Chaulet-Achour, quant à elle, montre qu’elle est fermée à l’idée que la sonorité d’un mot dit en langue berbère puisse éveiller une émotion particulière dans le cœur de l’auteur. Prisonnière de schémas idéologiques conçus par la génération qui l’a précédée, elle n’appréhende le kabyle que comme instrument de manœuvres de division colonialiste.Retour ligne automatique
Les répercussions de l’action menée par Le J.M. en 1952 contre La Colline oubliée n’épargneront même pas le « presque parfait » Kateb Yacine [25] lorsqu’il déclarera en 1985 n’être « ni arabe ni musulman ». Elles se feront également sentir bien au-delà des frontières algériennes comme en témoigne la thèse [26] d’Isaac Yetiv qui écrit à propos de La Colline oubliée :

« L’unité du peuple algérien » n’était pas encore cimentée par la lutte commune contre la France. Mammeri décrivait encore son petit monde, la Kabylie et les Berbères. […] Mammeri avait décrit une situation réelle mais que les nationalistes voulaient ignorer : le conflit entre Berbères et Arabes. (p.121)

Relevons au passage dans cette citation l’abus déjà signalé qui consiste à ne ranger sous le label nationaliste que le point de vue arabo-islamiste. Quant au texte de La Colline oubliée, il ne renferme aucune mention, aucune allusion à un conflit entre Berbères et Arabes. Mais ce conflit, inexistant dans le roman, sous-tend par contre toutes les critiques qui lui sont hostiles, lesquelles sont largement reprises par l’auteur de la thèse. C’est dire si le message politique de la campagne du J.M. a été entendu et que des experts se sont laissés abuser. Ainsi, Yetiv trouve-t-il dans La Colline oubliée l’expression d’« un régionalisme de mauvais ton » et dit son étonnement de voir Mammeri récidiver en situant de nouveau en Kabylie l’action de son second roman, Le Sommeil du juste, malgré les attaques qu’il a essuyées pour le premier ! (p.123)

Notons cependant que Yetiv ne suit pas ceux qui font grief à l’auteur des éloges du roman faits par la presse parisienne en faisant valoir que cette même presse était libre et qu’elle accueillait tout aussi favorablement des œuvres anti-françaises dès lors « qu’elles avaient une valeur littéraire ». Sur ce plan, Yetiv se démarque de la position de Lacheraf dont le jugement lui semble passer « à côté de l’œuvre » et « mal fondé » :

C’est justement la valeur littéraire qui a plu aux Français et que ne peut supporter Lacheraf

(p.122),

relève-t-il.

à suivre…

Hend Sadi

Notes

[1Abécédaires en devenir – Langue française et colonialisme en Algérie, Alger, Entreprise Nationale de Presse, 1985, 607 p. Préface de Mostefa Lacheraf

[2Mouloud Feraoun, une voix en contrepoint, Éditions Silex, Paris, 1986

[3El Moudjahid culturel (en arabe juin 1967) cité par Jean Déjeux in Situation de la littérature maghrébine de langue française, OPU, Alger 1982 (p.150).

[4Colloque sur La Colline oubliée, ACB, Paris, 21 avril 2012.

[5Feraoun, Mouloud : La Cité des roses, publié en 2007 à Alger par les éditions Yamcom.

[6Le mot « Arabe » repris tel quel par Amer pour son propre compte ne lui fait pas oublier son identité. La phrase qui suit est : « Les Kabyles sont une race fière. » Et dans ce paragraphe, les Kabyles ne sont pas opposés aux Arabes, mais aux Français (p.128) Les Chemins qui montent, op.cit..

[7Signalons également l’interprétation erronée faite à propos de La Colline oubliée de Mouloud Mammeri quand elle écrit dans sa thèse (op.cit., p.318) « Ils prennent au pied de la lettre l’appellation de leurs compatriotes qui les traitent d’“ iroumien” (p.28, La colline oubliée). » La référence de la page correspond à la page 33 dans l’édition de La Colline oubliée de 1992 chez Gallimard. Dans le roman, le narrateur Mokrane rapporte dans son journal que les anciens se lamentaient de ce que les jeunes gens tardaient à se marier comme le font les Iroumien. Rien n’autorise le critique à affirmer que cette appellation est prise au pied de la lettre par ces mêmes jeunes.

[8« La source de nos communs malheurs, lettre à Albert Camus » in Preuves n°91, septembre 1958, Paris. Texte repris dans L’Anniversaire ouvrage de Mouloud Feraoun paru à titre posthume, Le Seuil, Paris, 1972.

[9La ligne politique du PCF que nous avons déjà évoquée au début de cet article présentait alors l’Algérie comme une « mosaïque de peuples ». Elle eut un écho considérable avec le discours de Thorez, secrétaire général du PCF, prononcé à la faveur de la tournée qu’il effectue en Algérie en février 1939, quelques mois avant la parution du reportage de Camus (même si, à cette date, Camus avait déjà été exclu du Parti).

[10Camus, Albert : Chroniques algériennes 1939-1958, Actuelles III, Gallimard, collection « folio essais », voir chronique intitulée « Algérie 1958 » (p.202)

[11« Camus l’indigène et Feraoun l’« assimilé » ou l’intégration à l’envers » in Le Soir d’Algérie, 18 mars 2010.

[12Mouloud Feraoun : « Lettre à ses amis », pp.203-204, Éditions du Seuil, 1969.

[13« Réponse aux détracteurs de l’islam » publiée par Le Jeune Musulman n°11 du 19 décembre 1952 sous la signature de Mostefa Lasmar, pseudonyme de Mostefa Lacheraf.

[14Temps Modernes n°209 op.cit.

[15« Avec la rage au cœur ou le combat des certitudes », préface à Algérie, capitale Alger, de Anna Gréki. Collection dirigée par P.J. Oswald. Société nationale d’édition et de diffusion, Tunis, 1963. Texte repris dans Lacheraf, Mostefa : Littératures de combat Essais d’introduction : études et préfaces, éditions Bouchène, Alger 1991 (le passage cité se trouve à la page 29).

[16Même numéro du J.M : n°24 du 26 juin 1953.

[17El Moudjahid 12 février 1967. Le texte de la conférence est intégralement repris dans le livre de Ahmed Taleb-Ibrahimi intitulé De la décolonisation à la révolution culturelle : 1962-1972, Alger, SNED, 1973, 228 p.

[18Il convient de rappeler qu’au début de la guerre, les maquis kabyles étaient dirigés par Mohamedi Saïd ancien SS qui finit sa carrière politique chez le FIS dans les années 1990. Nombre de liquidations et d’exactions (qui se sont poursuivies sous Amirouche) furent commises par le FLN durant la première moitié de la guerre.

[19Cf. Chronique Ici, mieux que là-bas d’Arezki Métref consacrée à « Mouloud Feraoun à l’Odéon » in le journal algérien Le Soir d’Algérie du 26 Février 2012. À l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’écrivain, plusieurs manifestations sont organisées, signalons en particulier un colloque international qui s’est tenu à la Bibliothèque Nationale d’Alger, organisée par le CNRPAH.

[20Préface reprise dans Lacheraf, Mostefa : Littératures de combat, Essais d’introductions : études et préfaces, Bouchène, Alger, 1991, préface à la thèse de Chaulet-Achour.

[21Abécédaires en devenir, op. cit.

[22Dans l’édition Gallimard, op.cit.

[23Op.cit. « Parcours d’une expérience », entretien avec Pierre Monette, MAMMERI, Mouloud, Dérives, n°49, 1985, (p.101-119). Texte repris dans Mouloud Mammeri écrits et paroles, tome 2 (p.125-138) CNRPAH, 2008 Alger.

[24Arnaud, Jacqueline : La littérature maghrébine de langue française – I Origines et perspectives, Publisud, 1986.

[25Il se fera violemment attaquer à cette occasion par Kamal Belkacem qui écrit : « un conseil : défiez-vous des images réfléchissantes que vous renvoient les braves « Algériens de service », écrivains, juristes et autres méritants de la francophonie qui, disent-ils aujourd’hui, ne sont « ni arabes ni musulmans » et qui certainement demain renieront jusqu’à leur dernier lien avec leur patrie. » in « Sur les roses », article paru dans Algérie-actualité n° 1038 en date du 5-11 septembre 1985. Il s’agit du même journaliste qui s’était illustré auparavant par une diatribe que nous verrons plus loin, dirigée cette fois contre Mammeri et dans laquelle il avait alors opposé à ce dernier Kateb Yacine qu’il avait alors loué pour sa « foi patriotique ».

[26Yetiv, Isaac : Le thème de l’aliénation dans le roman maghrébin d’expression française de 1952 à 1956, Sherbrooke, Québec CELEF [Centre d’étude des littératures d’expression française], Faculté des arts, Université de Sherbrooke 1972, 243 p.

 

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