22 juin 2017

Les Hommes

La vraie vie ! La chapelle des horreurs, le beau jardin de l’indifférence. Le monde comme l’appellent les gens de bonnes volontés. Ma mère me disait toujours : « N’offense pas notre seigneur dieu, parce qu’il peut s’en détourner de toi. » Et je la regardais suffoquer dans son coin, se consumer comme une bougie, sous le ciel de son dieu. Et je lui répondais : « Pauvre mère. La ruse de Satan est de nous convaincre qu’il n’existe pas. Celle de ton dieu est de nous convaincre qu’il existe. On n’est que les marionnettes du néant. La magnifique futilité de l’univers. La folie dans toute sa magnificence. »

Un jour, parmi tous les autres que le dieu de ma mère a fait, un voyageur frappa aux portes de la ville. Il regarda les visages ruisselant d’un cocktail de sueur et de larmes de tous les citadins, et dit de sa voix douce : « Mais que faites-vous donc, mes frères ? » Mais les habitants de la ville ne semblaient pas comprendre ce que l’étranger leur demandât, et ils se mirent à gémir en chœur, certains « hi » d’autres « heu » et d’autres encore « ha »…

L’étranger servit à tous les gens de la ville des récipients, et leur ordonna de les remplir de leurs chaudes larmes. Il remplit ainsi une citerne de 60 litres et la mit sur le dos de son âne, et quitta la ville chargé d’un trésor inestimable, une offrande pour le dieu que ma mère attendait, que ma mère magnifiait.

« Pour vous, seigneur dieu, j’ai versé mes larmes que voilà. Le paradis seigneur dieu, le paradis que vous m’avez promis. » s’écria l’étranger, en levant ses bras vers le ciel, mais pas les yeux, le soleil brûlait au centre de ce ciel. Et dans ses oreilles, il entendit résonner « Le sang ». Il retourna à la ville, et exigea de chaque habitant un demi-litre de sang. Il remplit sa citerne, la mit sur le dos de son animal, et galopa jusqu’au sanctuaire des ténèbres où son dieu et celui de ma mère l’attendait.

« Pour vous, seigneur dieu, j’ai versé mon sang que voilà. Le paradis seigneur dieu, le paradis que vous m’avez promis. » Et dans les profondeurs de son oreille, il entendit le mot « La mort ». Aussitôt qu’il entendit ce mot, il regagna la ville. Mais la vie n’était pas chose facile à obtenir des hommes. Pour honorer son dieu et celui de ma mère, il devrait se servir de la ruse. Il se mit à genoux et appela Satan.
Il faut dire, que lorsque le dieu de ma mère se charge de punir les odieux, Satan lui s’en prend aux innocents. C’est pour cette raison que nous ne pourrons nous prononcer sur le génocide qui nettoya la vie de toute vie humaine.

Après quelques aller-retour de l’étranger, entre la ville et la chapelle divine, tirant derrière lui, les dépouilles des morts, et après qu’il eut mis tous les cadavres en tas, il appela son seigneur.
« Pour vous, seigneur dieu, j’ai tué les hommes que voilà. Le paradis seigneur dieu, le paradis que vous m’avez promis. » Mais pour cette fois, il n’entendit rien, aucune voix…

Les années passaient, le volume de la colline de cadavres diminuait de jour en jour, le soleil maudissait chaque matin les champs et les océans, et l’étranger vieillissait dans le silence. Mais un jour, pendant qu’il ramassait du bois pour faire un feu, la voix magnifique et douce d’autrefois lui chatouilla les oreilles. Voilà ce qu’elle dit :

— Je ne vous ai créés que pour vous haïr. Je n’aime que ceux qui me maudissent.

L’étranger se mit à genoux, en s’écriant :

— Je vous maudis, je vous maudis…

Mais rien, aucune réponse. Il continua :

— Je vous maudis seigneur dieu. Le paradis seigneur dieu, le paradis que vous m’avez promis.

Une belle créature rayonnante lui apparut, et lui dit de sa voix divine :

— Prends ce sabre, et tue-moi.
— Mais, mon seigneur dieu, qui régnera sur cette terre ? répondit l’étranger avec sa voix d’homme.
— Fais-le, et tu seras dieu.

L’homme déchira le corps fragile de ce dieu, et cria :

— Le paradis mon seigneur dieu, le paradis que vous m’avez promis.
— Les hommes n’ont pas de frères. Les hommes sont des chiens sans loyauté. dit Lucifer à l’étranger.
— Agenouille-toi devant moi, Satan. lui cria l’étranger.

Et le diable dans un éclat de rire, lui dit :

— Et pourquoi donc ?
— Parce que je suis dieu. répondit le vieillard.
— Cela ne te sert à rien d’être dieu. Tu es suffisamment chien comme ça.

Ahmed YAHIA MESSAOUD in « Le fantastique »

Format :13,4 x 20,4 cm
Nombre de pages : 28
Date de publication : 10 juin 2014
ISBN : 9782332749970
Éditeur : Edilivre

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