Les raisons de ma démission du MAK-GPK

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Membre fondateur du MAK, membre du conseil National en Kabylie ; j’en suis à ma neuvième année au sein de ce mouvement, que j’ai vu naître. Je tiens tant à le préciser pour dire que la décision de le quitter n’est pas chose aisée. Partir alors que l’ouvrage est encore sur le métier relève de la politique d’abandon. Pourtant les récentes initiatives prises par le premier  responsable de ce mouvement ne laissent guère d’autre choix à ceux qui ont pour unique ambition de voir la Kabylie accéder à un statut d’autonomie régionale. Ces derniers se trouvent, ainsi, placés devant la seule alternative de soumettre ou de se démettre.

C’est dans cet esprit, qu’en date du 19/04/2010, après l’annonce de la proclamation du GPK par le président du MAK, j’ai saisi ce dernier pour lui faire part de ma décision de quitter les instances du MAK et de renoncer à toute action politique au sein de celui-ci. C’est là le signe de mon désaccord profond devant cette initiative qui aura pour conséquence la ruine de tout le travail entrepris depuis 9 ans et en faisant subir à la Kabylie et les Kabyles un énième traumatisme dont il sera difficile d’en sortir. Je l’ai, alors, invité à rendre publique ma décision pour m’éviter de le faire personnellement et d’avoir à m’en expliquer sur les causes d’une telle décision.

Deux mois après et plus, l’ex président du MAK n’a rien entrepris pour me libérer officiellement et définitivement de son mouvement politique, malgré sa promesse de le faire. Mais, je peux comprendre les raison de cet empêchement. Devenu depuis « Président du GPK », ce nouveau rôle le place au-dessus de considérations de moindre importance comme l’est ma démarche qui ne s’inscrit pas dans le sens de ses préoccupations du moment.

Aurait-il dû instruire son nouveau président du MAK pour le faire ?

Ainsi, c’est à moi qu’échoit le devoir de vérité, tant aux yeux de l’opinion publique kabyle que vis-à-vis des militants du MAK et de tous les partisans de l’autonomie pour la Kabylie, de rendre  officielle ma démission de ce mouvement.

Extrait du texte de la lettre de démission

« Dans le flot des annonces qui se bousculent, je te demanderai, aussi, d’annoncer ma démission publiquement… Sincèrement, je ne souhaite pas le faire-moi-même. Cela m’évitera de m’étendre sur les raisons qui me conduisent à le faire et, du coup, tu tordras le cou à toutes les spéculations sur ce non-événement… Ce ne serait que justice à mon endroit, moi qui ne me suis jamais caché d’afficher mon soutien indéfectible à ce projet (d’autonomie). Et c’est parce que j’ai assumé mes positions, publiquement, que je te demande de faire autant, s’agissant de mon départ etc… » (Le 19/04/2010)

La proclamation et la constitution d’un gouvernement provisoire pour la Kabylie dans des circonstances opaques et à l’insu – en temps utile – de la quasi-totalité des militants du MAK, notamment ceux ayant assumé des positions, publiquement, constituent la justification de cette rupture. Cette initiative entreprise par l’ex président du MAK est une violation flagrante des principes fondateurs édictés lors du lancement du projet d’autonomie pour la Kabylie.(1)

J’aurais pu et dû le faire bien avant cette date, tant les signes annonciateurs de la dérive constatée dans la conduite de ce mouvement, apparaissaient dès les premiers mois de son lancement. Beaucoup d’autres et non des moindres l’ont fait, mais en partant sur la pointe des pieds sans faire le moindre bruit, de peur – croient-ils – d’entraver la marche enclenchée par cet appel du 5 juin 2001. Cependant, la situation que traversait notre région en ce début des années 2000, transcendait tous les clivages du moment. Le plus important était de tout mettre en œuvre pour jeter les bases d’un avenir pour la Kabylie.

Nous étions nombreux y croire ! Naïvement, peut-être, nous avions pensé que l’instant était bien celui-là et qu’en aucun cas il fallait passer à côté de ce rendez-vous avec l’avenir de tout un peuple.

Comment, alors, pouvait-il y avoir de la place pour d’autres considérations ?

L’enjeu de ce nouveau cap fixé pour la Kabylie valait tous les sacrifices. Seul comptait l’atteinte du but suprême. Quitter alors le navire était impensable, tant la traversée était encore longue et le port d’amarrage hors d’atteinte. Le seul choix à faire était, donc, de rester à bord. Mais en le faisant, j’ai sous-estimé les risques auxquels peut s’exposer l’équipage d’un navire qui navigue à vue, sans boussole et dans l’ignorance totale des lois de la mer et de la navigation.

Aujourd’hui, placé devant ce dilemme : rester à bord et prendre le risque de couler, ou sauter par-dessus bord en se jetant à la mer avec l’espoir d’apercevoir à l’horizon -même lointain- une bouée de sauvetage pour échapper au naufrage prévisible ! Pourrais-je alors atteindre un port d’attache et retrouver la terre ferme pour un nouveau départ ?

Un choix s’est, donc, imposé à moi ! Même si cette option peut sembler critiquable, j’ai décidé de quitter le navire avec les conséquences que mon geste implique à présent et à l’avenir. Cela fait partie des instants où il faut avoir le courage de dire non et aller à contre-courant des événements sur lesquels on a plus de prise, plutôt que de faire preuve d’un silence complaisant et approbateur d’une situation qui est à l’opposé de ses propres convictions.

La dernière initiative du président du MAK, à savoir la proclamation d’un gouvernement provisoire de la Kabylie, sans en référer à ses compagnons de route et sans se soucier des conséquences qu’elle pourrait entraîner pour la région, est un acte lourd de conséquences pour se murer dans le silence. Il n’est plus question de divergences d’approche, mais d’un désaccord profond pour espérer le surmonter.

Qu’il soit très clair que ce n’est pas l’idée d’un gouvernement pour la Kabylie qui est en cause. Nul doute que tôt ou tard, cette instance ou une autre s’imposera à nous. Mais en mon âme et conscience je considère que ce moment n’est pas encore arrivé. Ainsi, le mode opératoire choisi à cet effet renseigne, amplement sur l’état d’esprit dans lequel les auteurs de cette proclamation appréhendent la construction de cette future entité kabyle à laquelle nous aspirons tant et tous !

Inutile de s’étendre sur le flou des circonstances et les prétendues justifications de cette initiative aux lendemains incertains et l’esprit d’irresponsabilité qui la caractérise ! Tout comme je ferai l’impasse sur l’amalgame entretenu par les buts poursuivis par le GPK et ceux visés par l’idée d’un projet autonomiste. Pour le premier (le GPK), il s’agit « d’un gouvernement provisoire kabyle, qui aura pour mission de mettre en place les institutions officielles de la Kabylie, et de représenter celle-ci auprès de la communauté internationale ». A l’opposé, l’autonomie se voulait et se veut, encore, un instrument de gouvernance d’un pays dans l’objectif est d’assurer une meilleure pratique du pouvoir dans un esprit de démocratie, de justice et d’égalité des droits dans tous les domaines et pour tous.

Dans la vie, il arrive que chacun assume ses actes, y compris le silence qui en est un. Par acquis de conscience, j’ai décidé de le rompre. Cela signifie, donc, que je démissionne définitivement du MAK et de toutes ses instances. Je ne renie rien de mon parcours de militant autonomiste depuis 2001 et je demeure persuadé que c’est la clé pour l’avenir de la Kabylie. Ce combat autonomiste ne fait que commencer. Croire que le fruit est mûr pour l’imaginer à portée de main, c’est faire preuve d’une incontestable cécité politique.

Qui a raison qui a tort là est la question ? L’histoire tranchera. L’important c’est d’assumer ses convictions, au-delà de tous les risques, à commencer par celui de se tromper de diagnostic et de se voir voué aux gémonies des uns et des autres.

Le 20 juin 2010

Ahcène Belkacémi, Membre fondateur du MAK et du CN

(1) Cf. le préambule de la pétition lancée, en Kabylie, au lendemain de l’appel à l’autonomie en juin 2001.

 

 

One thought on “Les raisons de ma démission du MAK-GPK

  1. Azul,
    tous les gens qui sont contre la naissance du G.P.K ,que je respecte,mais,à mon sens ils manquent cruellement de maturité politique et de vision avant-gardiste,mêmes ,si,ce sont de fervents défenseurs de l’autodétermination et de vrais patriotiques kabyles.Le temps le confirmera dans quelques années que c’était la meilleure chose qui puisse arriver au peuple kabyle.Une idée de visionnaire et révolutionnaire qui changerait à jamais le futur de la Kabylie libre,laïque,maitresse de son destin.tanmirt

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