Lettre ouverte à M. Hacène Hirèche qui veut annihiler le kabyle

Nafa Kirèche nous a adressés cette lettre ouverte en réponse à la polémique soulevée par la pétition sur « tamazight langue officielle ». Pour rappel « tamazight » est bien inscrite dans la Constitution de la République algérienne il est spécifié dans l’article 3 bis – « Tamazight est également langue nationale. » Nous ne comprenons pas le pourquoi du comment de cette pétition. Vouloir imposer « tamazight » aux Kabyles c’est appuyer le pouvoir algérien en voulant gommer la langue kabyle.

Il nous semble qu’il serait plus intéressant de commencer par se pencher sur le kabyle parlé dans les régions et villages de Kabylie avant de vouloir nous imposer des termes et mots piochés chez les Touareg ou les Berbères du Maroc.
Nous vous laissons lire la lettre ouverte à M. Hirèche.
Marie

C’est avec une grande joie que je découvre, via votre lettre ouverte, votre reconnaissance du Gouvernement Provisoire Kabyle. La question de savoir si ma place y est usurpée importe peu, l’important étant que ce gouvernement soit légitime à vos yeux, ce qui semble être le cas puisque vous m’avez fait l’honneur de me désigner par ma fonction de ministre.

Concernant les mesures disciplinaires que vous souhaitez voir prendre à mon encontre par le président Ferhat Mehenni, je doute qu’elles trouvent un écho à ses yeux. En effet, ses penchants le poussent plus volontiers à soutenir et à encourager ceux qui luttent et s’exposent à ses côtés plutôt que des gens dont il a du mal à cerner le positionnement politique voire, qui tentent de neutraliser son action.

Donc, à ces fameuses journées pour tamazight diffusées sur BRTV, j’ai « éructé » que vous vous étiez « mis à genoux » devant Bouteflika. Vous et vos amis initiateurs de la pétition pour l’officialisation de tamazight en Algérie. Je maintiens, à froid, ce que j’avais dis « à chaud ». Ce genre d’initiative est indigne. Vous parlez de « prendre à témoin » l’opinion et non de quémander quoi que ce soit au pouvoir. Je vous réponds que cela fait maintenant 60 ans que le « peuple algérien » est témoin de notre déni identitaire.

Lui qui a été insensible au mitraillage des jeunes kabyles par les forces armées algériennes pendant le printemps noir, serait aujourd’hui sensible à des petites signatures innocentes ?

A moins qu’il s’agisse, en réunissant un maximum de signatures, de montrer au pouvoir algérien que les Kabyles sont attachés à la langue berbère ? Je suppose que le pouvoir algérien n’attendait que ça pour en être sûr et l’officialiser enfin. Pourquoi n’y avons nous pas pensé avant ? Combien de larmes et de sang évités si nous y avions pensé !

Monsieur Hirèche, ce n’est pas à un homme comme vous que je vais donner des cours de sciences politiques. Pas à un vieux singe qu’on apprend à faire la grimace. Vous savez bien que le symbolisme de « tamazight » langue officielle en Algérie, en l’absence de volonté politique de la développer, ne servira qu’à la neutraliser encore un peu plus. Un statut pour tamazight sans les leviers politiques pour la maintenir vivante ? N’avez-vous pas remarqué qu’il a fallu que le régime accorde le statut de langue nationale au berbère pour que les jeunes kabyles s’en éloignent ?

L’aspect identitaire et linguistique de la revendication kabyle est dépassé. Les Kabyles sont devenus plus mûrs, plus pragmatiques. Ils ne croient plus aux slogans et manifestations stériles. Ils ont quitté la sphère culturelle pour pénétrer la sphère politique. Ils revendiquent leur dignité. Bafouée, détruite, meurtrie par 60 ans d’arabo-islamisme. Ils veulent désormais juste avoir un avenir. Travailler, manger, fonder un foyer, sortir, s’amuser… bref vivre. Leur kabylité, leur amazighité, ils ne veulent plus la réclamer à personne, elle est en eux. Leurs revendications sont désormais économiques et sociales. L’État algérien ne veut pas les satisfaire, les Kabyles le savent.

Une seule solution s’offre à eux : être enfin eux-mêmes. Récupérer les leviers du pouvoir, bâtir un État kabyle à leur image. Un État qui matérialisera leurs aspirations. Et leur redonnera un avenir, une raison d’espérer eux qui ont perdu tout espoir. Rien de ce qui pourra venir de ce pouvoir, y compris l’officialisation de tamazight, ne peut les intéresser. Cet État algérien leur est étranger, ils n’ont rien à lui demander, plus rien à lui dire, le divorce est consommé, définitivement.

Alors oui j’ai accepté cette fonction que beaucoup de gens, par manque de courage, ont refusé d’occuper : celle de ministre d’un gouvernement provisoire en exil, gouvernement de résistance. Cette fonction ou il n’y a que des coups à prendre. Surtout de ses propres frères d’ailleurs. Alors oui vous pouvez demander à Ferhat de me démettre. D’ailleurs si vous estimez pouvoir être utile à la place que j’occupe, je m’y engage : je me démettrais moi-même et je vous soutiendrais. Ou alors, proposez une solution de rechange.

J’ai conscience, Monsieur le candidat malheureux aux législatives algériennes, de ne pas être taillé pour un poste de ministre. Mais dans un gouvernement de résistance, peut-être que Ferhat préfère compter sur des gens limités mais courageux plutôt que sur des gens brillants… par leur absence quand la résistance kabyle a besoin d’eux. Je parle du combat pour la liberté de la Kabylie, pas de celui qui consiste à supplier Bouteflika, Ouyahia et consorts de nous trouver une place dans leur constitution…

Monsieur le « neurolinguiste » (je précise qu’une formation de « neurolinguisme » dure 22 jours et ne nécessite aucun prérequis…), vous avez évoqué dans une vidéo la nécessité d’enseigner « tamazight » à nos mères, aux femmes âgées. Quelle insulte faite à ces femmes à qui l’on doit la survie de la langue kabyle ! Je suppose qu’avec un papa comme vous, vos enfants maitrisent cette langue à merveille ? Car transmettre la langue kabyle à nos enfants me semble ô combien plus important que d’apprendre une langue qui n’existe pas (tamazight est une langue générique qui a éclaté en plusieurs langues, dont le kabyle, langue vivante) à nos anciens, à qui l’on doit la survie de notre culture… kabyle.

Je terminerais mon intervention, Monsieur le candidat malheureux aux législatives algériennes, en rappelant que, justement vous étiez candidat… aux élections législatives algériennes. Voilà un beau cadeau que vous vouliez faire à ce régime ingrat qui a refusé la main tendue. Mais je l’avoue volontiers : « éructer » au sein de l’APN, en costume trois pièces, cela a quand même beaucoup plus de gueule qu’au sein d’un gouvernement de résistance. Vous voyez, je suis capable d’être lucide moi qui me laisse trop souvent emporter par mes émotions.

Enfin, sachez Monsieur Hirèche que je ne m’attaque, vous l’avez constaté, qu’à vos opinions et initiatives politiques. Je ne me permettrais pas, moi, de faire de la « psychologie » de bas étage sur votre personne. Je vous invite d’ailleurs, si vous le souhaitez, à débattre publiquement avec moi sur ces sujets. A moins que vous ne considériez que les « polémiques » ne sont pas un attribut de la démocratie.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le candidat malheureux aux élections législatives algériennes, mes salutations amicales.

Nafa Kireche

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *