26 juin 2017

L’ignoble citoyen

Ils croient en Dieu, comme ils peuvent, mais Dieu ne croit pas en eux. Ils snifent la moquette de la mosquée, mais pour rien, ils comptent les billes de leur chapelet, ou roulent leurs crottes de nez entre le pouce et l’index. Ils sont toujours là, ils étaient là, et ils seront à jamais là, comme des personnages de mon cauchemar, la substance de ma schizophrénie, les ombres de moi-même que je me refuse, m’obligeant à passer ma vie dans la négation. Ils arrivent avec leur paresse à faire un monde qui fonctionne, et moi, je me démène comme je peux et je n’arrive à rien. J’ai pourtant appris à faire beaucoup de choses avec ma tête, avec mes mains ! Je ne suis pas aussi fou et faux que cela !

J’ignore si Dieu existe, j’ignore si c’est une légion ou juste un seul, mais je sais ma haine pour lui ou pour eux. Passer sa vie à exécrer Dieu ! À le voir comme révulsion sur chaque visage que l’on croise, présent dans ma soupe, au fond de mon verre… Dieu est une abomination. Je n’attends pas le soleil, pourtant il vient chaque matin. C’est cela ma folie, c‘est cela qui alimente mon instinct décadent.

L’ennui c’est que je suis coincé ici, dans le cadavre d’une nation, dans ce compost puant qui est l’Algérie. Je respire encore ! Je ne crois pas que je sois mort. Certes, je me décompose, mais je vois toujours les couleurs, j’entends les bruits, les sons, les voix… J’arrive presque à toucher les grains de lumière crasseux, à faire taire cette pollution sonore qui agresse l’air. Parfois même à vénérer la mort. On ne célèbre pas la mort quand on est mort, il faut être vivant pour l’honorer.

Il est plus facile de passer à autre chose, de passer à sa vie, de mettre cette dictature céleste dans un carnet puis dans un terroir et y mettre le feu, quand on a comme grand père Proudhon et Bakounine, Marx et Nietzsche. Cependant comme l’avait signalé Baudelaire : « Quand bien même Dieu n’existerait pas, la religion serait encore sainte et divine » Dieu est là, comme je le suis moi-même. J’aimerais me laver de toute cette crasse devine, comme une jolie fille qui après avoir marché dans la rue, sous les regards hautains des amis du seigneur, qui croient que l’éveil de leur verge est un crime, arrive chez elle pour prendre un bain, et se laver le corps de tous ces regards qui se sont posés sur sa peau, comme la poussière sur un ouvrier.

A. Yahia MESSAOUD

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