L’isolement

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Troisième partie de l’analyse de Hend Sadi sur la polémique que suscita, lors de sa publication, « La colline oubliée » de Mouloud Mammeri.

Devant des accusations qu’il juge ahurissantes, l’écrivain en appelle à la raison, à la « bonne volonté ». Violemment pris à parti, il répond sur les faits et le procédé.Retour ligne automatique
Sur le procédé, l’auteur dénonce la démarche de Sahli qui, pour rendre compte de son roman, n’utilise que « deux chétives références » sur la vingtaine d’articles publiés et, pire encore, en ignorant délibérément le contenu du livre et peut-être même en s’abstenant de le lire.

Quant aux faits étayés par… la rumeur, seule « preuve » que Sahli a trouvée, Mammeri oppose un démenti catégorique :

Il a donc cherché [une preuve] et il en a trouvé une. Mais laquelle ? “la rumeur (oui, oui, la rumeur) place l’œuvre de M. Mammeri sous la protection d’un maréchal de France qui s’y connait en goumiers”, […] Ici le ridicule devient odieux.Retour ligne automatique
Que la conscience de M. Sahli se tranquillise. Je n’ai jamais eu l’honneur de connaître le maréchal dont il parle. Je ne lui ai jamais été présenté. Je ne l’ai jamais vu, ni dans l’armée ni ailleurs que sur les écrans de cinéma ou dans des photographies de journaux. Je n’ai jamais eu de rapport avec lui ni directement ni indirectement.

Après cette mise au point niant catégoriquement tout lien entre le maréchal Juin et lui-même, l’auteur, qui semble accepter d’autant plus mal l’animosité de la critique qu’elle émane d’un ancien camarade, tente de dépolitiser l’attaque de Sahli en lui donnant un caractère subjectif et purement personnel. Mammeri avance que la motivation de Sahli ne reposerait que sur « l’envie » et reproche à son critique d’avoir accordé foi à une rumeur sans chercher à en vérifier la teneur auprès de lui :

Vous avez préféré remplir de calomnies deux colonnes d’un journal destiné à un public de jeunes et, patronné, qui plus est, par une association dont les principes religieux ne peuvent que répugner à vos procédés de sycophantes.

Il n’est pas sûr que Le Jeune Musulman répugne aux procédés de Sahli, c’est en effet la mise au point de l’écrivain que le journal juge discourtoise et qu’il présente comme telle.

Dans sa réponse, l’auteur dit sa profonde indignation et, à son tour, invite Sahli à réparer son erreur, à s’excuser :

Voilà, mon cher Sahli, la vérité que vous réclamiez. Maintenant que vos noires inquiétudes sont levées je m’attends naturellement à ce que vous écriviez à ce journal pour y réparer votre erreur, y rétablir la vérité publiquement pour dire que vous y avez étalé votre fiel, pour dire que vous êtes heureux qu’un écrivain algérien ait fait un roman algérien sur des réalités algériennes, un roman qui comme tel ne peut donc que servir la cause algérienne.

Même si elles ne reposent sur aucun fondement, Mammeri ne sous-estime pas la gravité des attaques qu’il vient d’essuyer et qualifie de « criminelles » les insinuations de Sahli :

Cette critique devient criminelle quand elle tente de faire accréditer auprès de jeunes lecteurs des calomnies éhontées au prix d’insinuations perfides.

En conclusion, Mammeri récuse le titre de porte-parole du peuple algérien que son critique s’arroge. Retournant l’argument utilisé contre lui, il déclare cet inquisiteur, établi à Paris, coupé du peuple algérien et, Mammeri qui vit au pays parmi les siens, termine sa lettre par la citation d’une cinglante maxime populaire :

à force de vivre au milieu de ce peuple algérien que vous avez depuis longtemps perdu de vue, j’en ai pris aussi la sagesse — et je sais un proverbe de chez nous, qui doit se dire aussi chez vous et dont vous pouvez par vous-même éprouver la vérité : “plus on essaye de laver une ordure sur une natte et plus elle s’étale”. [1]

D’où vient le malaise qui perce sous la réponse de MAMMERI ? Sous les dehors bravaches, on sent l’écrivain atteint, sur la défensive. Son explication par l’envie est un peu courte, même si elle renferme sans doute une part de vérité lorsqu’on sait qu’Ouzegane, Sahli et Lacheraf [2] ont tous trois des velléités d’écriture. Mais, ce n’est pas l’envie qui a dicté la critique d’Ouzegane qui s’est dit « fier de voir des hommes de [son] sang et de [sa] race jongler avec la langue française ». Ce n’est pas l’envie qui pousse Le Jeune Musulman à s’impliquer de manière aussi manifeste dans cette polémique contre l’écrivain jusqu’à faire sienne cette querelle. Ce n’est pas l’envie qui amène le même J.M. à tresser des couronnes de lauriers à Dib et à passer sous silence La terre et le sang de Mouloud Feraoun, un autre écrivain kabyle, édité comme Dib par Le Seuil, se contentant d’annoncer la réception du livre en service de presse. [3] Mammeri mettra longtemps à convenir publiquement qu’il doit son excommunication à la berbérité de son roman.

Dans l’entretien qu’il accordera plus tard, en 1968, à Mohamed Salah Dembri [4] qui l’interrogera précisément sur ces attaques contre La Colline oubliée, Mouloud Mammeri continuera de fuir et les attribuera au … caractère nouveau du phénomène littéraire dans le paysage algérien ! De son côté, Dembri qui reviendra à la charge se gardera également de faire référence à la berbérité, sujet interdit dans la presse de l’époque. Il faut attendre les années quatre-vingt pour que Mammeri dise publiquement que la berbérité de son roman est la cause des attaques qu’il a subies (voir, par exemple, ses entretiens parus dans les revues Tafsut [5] ou Dérives). [6]

Ici se situent les limites de la lettre de Mammeri, à cette berbérité qui en est le point aveugle.Retour ligne automatique
En 1953, il y a entre Sahli et Mammeri comme un accord tacite pour ne pas mettre au centre de la polémique une question devenue brûlante : la berbérité de l’Algérie. Dans le choix des thèmes retenus par Mammeri dans sa réponse, il y a, présente, cette préoccupation. En effet, s’il se défend avec vigueur des accointances qu’on lui prête avec le maréchal Juin ou bien de l’orientation politique dont on charge son roman, il ne dit mot sur la question berbère qui, il n’en doute pourtant pas, constitue le fondement des griefs qui lui sont faits. Alors que les mots berbère et kabyle présents dans le livre ne figurent pas dans sa lettre, apparaît le mot Algérie, absent du roman. Cette démarche trahit la volonté de ne pas engager publiquement le conflit sur le terrain berbère, terrain sur lequel il se sait isolé. Sans doute, l’issue d’un tel affrontement lui paraissait-elle incertaine. Était-ce dû à la conjoncture marquée par le reflux de l’idée berbère et la dispersion de l’élite « berbériste » ? Au final, il ne semble pas que Mammeri se soit senti en mesure de s’opposer frontalement à la conception nationaliste arabo-islamique étriquée fondée sur l’exclusion et la négation de la berbérité, conception au nom de laquelle il est attaqué.

En outre, par tempérament, l’écrivain est peu porté sur la polémique. Contraint de s’expliquer, il répond, mais affirme que, lui, s’en tiendra à cette unique réponse, quelles que soient les réactions que provoquera sa lettre. Tout autre est la disposition dans laquelle se trouve Sahli qui, répliquant brièvement dans le même numéro du Jeune Musulman, reproche à Mammeri son ton… polémique. Sahli qui dit refuser de « transformer en querelle personnelle une discussion d’idées » invite d’autres Algériens à s’exprimer et à « enrichir ce débat dont la conscience algérienne sera juge » et, enfin, annonce la participation prochaine de Lacheraf à la controverse.Retour ligne automatique
La mise en page réservée à l’unique intervention de l’auteur, enserrée entre un chapeau dans lequel Le J.M. dit publier la lettre de Mammeri malgré « son manque de courtoisie » et la réplique de Sahli qui enfonce le clou, dévoile incidemment le parti pris de la revue. Mais le chapeau comme la « courte réponse » de Sahli ont surtout une autre fonction : celle de théâtraliser l’entrée en lice de Lacheraf dans le débat.

Mostefa Lacheraf : la sentence

La réponse de Mammeri est encadrée par le chapeau du J.M., annonçant pour le numéro à venir une « analyse serrée » de La Colline oubliée due à la plume de Mostefa Lacheraf, et la « courte réponse » qui présente la même analyse de Lacheraf comme une « remarquable étude ».

Cette mise en scène rappelle une autre polémique qui avait considérablement agité le monde littéraire parisien deux années plus tôt : celle qui avait opposé dans Les Temps Modernes Francis Jeanson et Jean-Paul Sartre d’un côté à Albert Camus de l’autre à la parution de L’Homme révolté. On peut légitimement se demander dans quelle mesure cette polémique n’a pas influencé Sahli et Lacheraf, lecteurs des Temps Modernes, revue à laquelle tous deux collaboreront par la suite.

L’excommunication de Camus du camp socialiste par Jeanson et celle de Mammeri du bloc nationaliste par Sahli ne sont pas sans similitudes. Jeanson ironise sur les échos favorables suscités par l’œuvre de Camus chez deux journalistes du Monde et invite celui-ci à s’en « inquiéter » quand Sahli souligne la démesure du jugement du journaliste de La Dépêche Quotidienne et somme Mammeri de se démarquer de ses éloges sous peine d’encourir l’indignité nationale. Intervenant au terme de processus semblables, ces « exclusions » ont été prononcées toutes deux au nom d’une idéologie. C’est également selon le même critère que l’œuvre des deux écrivains est jaugée : « Quelle cause sert-elle ? » Cette question martelée, on l’a rappelé ici, par Le J.M. a été formulée auparavant par Les T.M. qui attaquent Camus au nom du positionnement politique de l’œuvre et de l’utilisation qu’allait en faire la bourgeoisie.Retour ligne automatique
À l’instar de Sartre qui intervient après Jeanson pour terrasser Camus, Lacheraf dont l’« étude » suit le pamphlet de Sahli représente l’artillerie lourde visant à pulvériser Mammeri. Dans un cas comme dans l’autre, ces interventions se veulent définitives. On y retrouve aussi le même sentiment de supériorité. Le ton un peu mandarin mais vif de Sartre se fait plus guindé chez Lacheraf qui refuse de descendre au niveau de l’auteur pour planer dans la voûte céleste d’où il édicte canons et normes devant régir la littérature algérienne.

On connaît l’effet dévastateur de l’offensive des T.M. sur Camus qui a pensé à arrêter d’écrire. Quant à Mammeri, nous disposons du témoignage de l’historien Mohamed Harbi sur la « terreur » qui s’est instaurée à cette occasion. Dans son livre autobiographique, [7] Mohamed Harbi qui avait lui-même pris part à la campagne menée contre le roman, rapporte à ce sujet le sentiment de l’islamologue Mohamed Arkoun en ces termes :

Avec les écrivains comme Mohamed-Chérif Sahli et Mostefa Lacheraf, nous estimions que l’important, dans une œuvre, était la cause qu’elle servait. Je me remémore, non sans regrets, toutes les attaques que Mouloud Mammeri eut à subir de notre part lors de la publication, en 1952, de son roman La Colline oubliée […] L’inquiétude d’un Mohamed Arkoun, alors simple étudiant, quant à la politisation de la culture s’accompagnait d’une véritable angoisse quant au destin de l’intelligentsia algérienne : il voyait dans notre approche de la culture un élément de coercition et de police des idées. Notre sectarisme aggravait son angoisse. (p.100)

Et quand arrive l’étude annoncée de Lacheraf qui s’étale sur plus de deux pages du n°15 du 13 février 1953 du J.M., le journal s’implique de nouveau dans le débat en faisant précéder la critique de Lacheraf d’un chapeau qui revient sur la réponse de Mammeri qu’il récuse en trois points :

1. Sur le point de savoir si le roman mérite d’être édité par Plon,Le J.M. raille l’auteur :

M. Mammeri ne doute pas de la valeur de son livre. S’il a pu se faire éditer par une grande maison parisienne, c’est, dit-il, que son « roman en valait la peine »

2. À ses questions précises, Le J.M. entend obtenir des réponses claires et nettes. Il considère que Mammeri, en niant l’existence de tout lien, direct ou indirect, avec le maréchal Juin qu’il affirme ne pas connaître, esquive au lieu de répondre à la question du patronage dont il aurait bénéficié :

Au lieu de reconnaître ou de nier le haut patronage dont son livre aurait bénéficié il répond à côté, en déclarant : Je n’ai jamais eu l’honneur de connaître le Maréchal …, je n’ai jamais eu de rapports avec lui ni directement ni indirectement…

3. Enfin, Le J.M. qui cite l’écrivain affirmant que son roman est

fait par un Algérien sur des réalités algériennes et qui comme tel ne peut donc que servir la cause algérienne

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dit ne pouvoir se contenter de ces assurances. Et puisque l’écrivain s’est plaint de ce que la discussion n’ait pas porté jusqu’ici sur le fond de son livre, Le J.M. exauce le vœu de l’auteur et estime « toucher enfin le fond du débat » avec l’analyse de Lacheraf qu’il présente comme « serrée » et « magistrale ».

À cette nouvelle immixtion de la rédaction dans la polémique, on voit, une fois de plus, ce que signifient pour Ahmed Taleb-Ibrahimi (qui signe Le J.M.) « les principes religieux » que Mammeri avait invoqués pour s’indigner de l’invective de Sahli. Taleb-Ibrahimi ne se sent même pas tenu au devoir d’informer ses lecteurs : pas un mot sur le boycott de Mammeri de la cérémonie de remise du Prix des Quatre Jurys. Était-ce parce que la publication d’une telle information risquait de compromettre une victoire qu’il sentait à portée de main ? Aussi, préfère-t-il continuer de spéculer sur la base de calomnies, en instillant encore la suspicion sur le « patronage » du maréchal Juin, malgré la mise au point de l’auteur que Le J.M. retoque.

Dans son exposé, Lacheraf, qui va dans le même sens que Sahli, emploie un ton plus modéré et l’injure fait place à une forme de condescendance qui transparaît dès le titre de l’article : « La“Colline oubliée” ou les consciences anachroniques ». En outre, à l’inverse des deux critiques qui l’ont précédé, Lacheraf entre dans le détail du livre qu’il cite. Autre différence avec Sahli qui a d’emblée assumé son parti pris, Lacheraf veut se positionner en Juge suprême, au-dessus de la mêlée qu’il observe, et affiche une attitude empreinte d’équilibre et de pondération. Du moins en apparence, car sur le fond, il explique, dès la première phrase, que la joie trop rare de voir un jeune écrivain algérien (signalons que Lacheraf est né en 1917 comme le « jeune écrivain ») se faire publier s’accompagne nécessairement d’une attente à laquelle nul ne peut se soustraire au moment où

La conscience de ce peuple affleure désormais de plus en plus à la surface du monde actuel et de ses réalités. Nous ne lui [l’écrivain algérien] en voulons pas de s’exprimer à travers ses maladresses, à condition qu’elles soient sincères, mais, quand elle cesse de témoigner d’elle-même en faussant les actes qui sont les siens ou en dénaturant sa propre image, nous avons peine à la reconnaître. Et c’est un dépaysement semblable qui nous prend à la lecture de la « Colline oubliée » de M. Mouloud Mammeri.

Le ton neutre maquille mal une rude mise en cause : Mammeri est suspecté de manquer de sincérité, de dénaturer la réalité algérienne et d’en fausser les actes au point de dépayser un lecteur aussi averti que Lacheraf !Retour ligne automatique
Puis, le critique se fait plus précis et s’en prend directement à l’auteur et à son roman, sans passer nécessairement par le relais de la presse coloniale comme l’avait fait Ouzegane et Sahli. Il décèle dans le livre qui relève du « genre régionaliste » un « parti pris sentimental » qui en fait « une œuvre stérile » et « sans véritables élans ». Après avoir brossé ce profil de l’œuvre, Lacheraf finit par aller droit au cœur du péché de Mammeri et déclare :

Il n’y a pas que l’amour de la « petite patrie » qui anime ce livre, il y a aussi la façon presque agressive, injuste, avec laquelle on retranche la communauté régionale du reste du pays.

De surcroît, l’œuvre serait fondée sur de « fausses données ethniques ». Jugeant « grave » ce trait du roman, il souligne que

c’est précisément ce qui a plu à la presse colonialiste d’Algérie ; à tous ceux qui cherchent à nier la vérité historique, à dresser les uns contre les autres.

L’argumentation autour de la berbérité du roman – présentée comme la négation de la vérité historique – constitue le point nodal de son étude. Quittant le roman pour aborder ce problème sous un angle plus général, le critique se lance dans un développement, non plus littéraire mais historique. Il explique que tout comme les « nécessités de l’Histoire » ont inclus dans le monde latin l’Europe méridionale, l’Afrique du Nord a vocation à se fondre dans l’espace culturel arabo-islamique. Dans une analyse influencée par l’école française des annales (tout comme le sont également certains écrits de Sahli), il avance qu’il s’agit d’un même phénomène méditerranéen visant à donner une langue de communication commune à chaque rive de la Méditerranée. De même que les rois francs et leurs vassaux, d’origine germanique, ont adopté les institutions romaines en Europe du Sud, les princes berbères ont « contribué dans une certaine mesure » à arabiser l’Afrique du Nord, fait-il observer.

Selon Lacheraf, les Berbères, en général, sortent grandis de leur participation à la propagation de l’islam et de la culture arabe. Et les Kabyles, en particulier, peuvent s’enorgueillir de compter parmi eux des hommes qui excellent dans la récitation du Coran, des maîtres qui apprennent la pureté de la langue arabe aux descendants mêmes des tribus des Béni Hillal. De sorte que le Berbère ne perd pas sa personnalité en s’arabisant ; au contraire, il prend place dans l’histoire en mettant son génie propre au service de l’expansion de l’arabo-islamisme.

Selon cette conception, la langue et la culture berbères, vouées à l’extinction, ne peuvent prétendre jouer un autre rôle que celui d’ornement en donnant une couleur locale à la culture arabo-islamique de la nation algérienne en construction.

Hend Sadi

Notes

[1La version kabyle originale de ce proverbe que nous tenons de Mouloud Mammeri lui-même est : « Am iẓẓan ugertil/ Simmal tessirideḍ ḍellun ».

[2Voir à ce sujet l’article que Boussad Berrichi a mis en ligne « La Kabylie de Mammeri », consulté le 7 juillet 2012 (). Par ailleurs, Lacheraf auteur de poésies ayant rencontré un succès modeste fait état dans Révolution africaine n°46 du 14 décembre 1963 d’un roman qui ne verra jamais le jour. Le roman était aussi annoncé dans le chapeau présentant Lacheraf en début de son entretien paru dans Les Temps modernes n°209, oct. 1963.

[3Cf. Le Jeune Musulman n°22 daté du 29 mai 1953. Au lieu de la critique de La Terre et le sang attendue, Le J.M. revient une seconde fois sur La grande maison de Dib cf. Le Jeune Musulman n°32 daté du 14 mai 1954) puis une troisième fois cf. Le Jeune Musulman n°36 daté du 30 mai 1954) à propos de L’incendie du même Dib qui, à ses yeux, incarne l’Algérie authentique, Algérie de laquelle semblent exclus Feraoun et Mammeri.

[4in An Nasr, Constantine, 4 et 11 mai 1968, texte repris dans Mouloud Mammeri écrits et paroles, tome 1 sous le titre « Mon œuvre » (p.179-190) CNRPAH, 2008 Alger. Sous cet angle, la lecture de ce long entretien révèle le caractère tabou du mot berbère à l’époque, absent de l’échange, tout comme celui de kabyle.

[5Tafsut n°2, juillet 1981, Tizi-Ouzou, « Tadiwennit Mouloud Mammeri ». Dans cet entretien en langue berbère, l’écrivain explique que le devoir de vérité lui imposait de ne pas travestir la réalité. Et, dit Mammeri, d’avoir dépeint une société avec des personnages berbères qui se vivaient comme tels n’a pas été accepté par un groupe d’intellectuels de partis nationalistes. Parmi eux, ajoute l’écrivain, l’un va jusqu’à mettre en doute la paternité du roman, un autre l’accuse de chercher à diviser le peuple algérien au bénéfice du colonialisme tandis qu’un autre encore lui reproche de vouloir réveiller une histoire morte. Mais, conclut Mammeri, au fond : « mačči d faruq ay ugaden, d tamaziγt i ugin » (« ce n’était pas la division qu’ils redoutaient, c’était le berbère qu’ils refusaient. »)

[6« Parcours d’une expérience », entretien avec Pierre Monette, MAMMERI, Mouloud, Dérives, n°49, 1985, (p.101-119). Texte repris dans Mouloud Mammeri écrits et paroles, tome 2 (p.125-138) CNRPAH, 2008 Alger.

[7Harbi, Mohamed : Une vie debout, Éditions La Découverte, Paris 2001.

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