22 avril 2017

Mais c’est quoi ça ?

Petit essai mystique sur la psychanalyse freudienne.

Selon Freud, le nourrisson ne se vit pas distinct de sa mère. Il n’a pas conscience de son corps. Sa conscience est encore incapable de distinguer le réel de l’imaginaire, car elle n’est initialement qu’un « ça », instance pulsionnelle qui, associée au sentiment de toute-puissance, ne connaît ni normes (interdits ou exigences, temps ou espace), et qui est régie par le seul principe de jouissance, satisfaction immédiate et inconditionnelle de toutes les envies. Le nourrisson vit dans une sorte de réalité chaotique jouissive qui sera progressivement intériorisée dans l’inconscient lorsqu’elle entrera en contact avec la réalité du monde extérieur.

Quelle est l’essence du ça structurant la conscience des bébés et qui plus tard structurera l’inconscient des adultes ? L’essence du ça reposerait sur une jouissance sexuelle, étant donné que les bébés sont tous conçus pendant un rapport sexuel entre un homme et une femme, plus précisément peu de temps après l’éjaculation de l’homme à l’intérieur de la femme, c’est-à-dire au moment où l’homme jouit en elle (remarquez que la femme n’est pas obligée d’avoir un orgasme pour concevoir un enfant garçon ou fille). En d’autres termes, une « jouissance sexuelle masculine mythique » serait le plus lointain souvenir du ça. Elle en serait le point de départ, donc elle en serait l’essence ; ou du moins, elle serait constitutive de cette essence.

Avoir la « jouissance » d’un objet signifie qu’il est possible d’en user comme bon nous semble avec éventuellement un pouvoir de vie et de mort sur lui. Le mot ’’jouissance’’ est étymologiquement lié à la joie, gaudia en latin, mot qui dans la langue française donna plus tard le mot ’’gai’’… puis peut-être le mot ’’gay’’ (D’après ce point de vue étymologique en langue française, il semblerait qu’il y ait un corrélation – profonde – entre l’homosexualité et la quête de jouissance comme fin en soi).

Freud nomme la jouissance « pulsion de mort ». Il explique que, durant les soins que la mère donne à son bébé, elle le fait « jouir » bien au-delà du besoin qu’elle satisfait. Pour le psychanalyste Lacan (1901-1981), cet « en plus » est une jouissance donnée sans que le bébé n’ait rien demandé ; et l’enfant réclamant ensuite et hors de tout besoin cette jouissance ne l’obtiendra jamais complètement, car ce qu’il voudrait c’est qu’on le fasse jouir sans qu’il le demande – dans une sorte de jouissance permanente qui, pour le bébé à cet âge, ne porte pas encore le nom de jouissance sexuelle.

Bébé grandit, et sa réalité chaotique jouissive est progressivement intériorisée en entrant en contact avec la dure réalité du monde extérieur. Bébé doit s’y adapter. Du fait de sa prise dans le langage, bébé devenu enfant a affaire à des envies, articulées par la parole, qui perpétuent fantastiquement la jouissance sexuelle masculine mythique irrémédiablement perdue et inaccessible. En résumé, toutes les envies s’élaborent par-dessus cette jouissance mythique autant absolue qu’essentielle. Ces envies dissimulent le désir de remonter dans le temps jusqu’à l’instant zéro de la vie. Elles sont des travestissements du désir essentiel de se fondre dans la mort afin de retrouver le très bref état de jouissance absolue qui régnait lors de la conception au fond de la matrix maternelle. Cette jouissance mythique est un orgasme absolument égocentré, à l’image du père absolument incapable de doser son éjaculation au moment où il jouit. Elle est la drogue absolue. Elle est aussi violence absolue qui ne s’encombre d’absolument aucun interdit, et qui ne se soucie d’aucun danger, comme un bébé, ou plutôt comme un fœtus venant d’être conçu et qui s’amuserait à tirer la queue d’un lion affamé. La conscience du danger n’existe pas au fond du ça, car le fœtus à l’instant zéro de sa conception par la jouissance ne connaît rien d’autre que lui-même. Il y est parfaitement son propre dieu. C’est pourquoi il n’a peur de rien, comme tous ces zombis du cinéma attaquant tout ce qui vit sans se soucier des capacités de défense de leurs proies.

Récapitulatif :

L’adolescent qui n’a pas de volonté essentielle se laisse emporter par son narcissisme jusqu’à basculer dans l’égocentrisme. D’un point de vue psychanalytique, il est en régression psychologique vers l’enfance, alors que physiquement il ressemble de moins en moins à un enfant. L’ego s’active. L’adolescent est inconsciemment à la recherche de la jouissance sexuelle masculine mythique. L’ego s’active, mais il est encore bien dissimulé derrière les barrières imposées par l’éducation des parents et l’héritage socioculturel reçus. Il se développe dans la conscience de façon contrôlée en examinant les différentes voies de jouissance possibles, car il faut agir sans trop se mettre en danger physique, selon le mécanisme d’auto-défense « principe de jouissance / principe de réalité freinant les élans du principe de jouissance en se référant à la réalité ». Par ailleurs, ce mécanisme doit veiller à ne pas effriter l’estime de soi, car l’individu égocentré ne supportant pas de se voir faible, il ne peut décider d’un acte malhonnête sans d’abord se persuader d’avoir raison.

L’égo fait dire « je suis meilleur que cette personne », ou bien « ce que j’ai est meilleur que ce qu’il a ». Il est toujours sur la défensive. Il se nourrit de toutes sortes de comparaisons. Dans la nature d’un point de vue transcendantale, tout a la même valeur. Le soleil ne vaut pas plus qu’une autre étoile, une montagne ne vaut pas plus qu’une pierre, un chêne ne vaut pas plus qu’un peuplier, ou un tigre ne vaut pas plus qu’un escargot. Étymologiquement, le mot égocentrisme, formé à partir des mots latins ego et centrum, signifie « se centrer sur soi ». La centration sur un seul point de vue s’accompagne logiquement d’une absence totale d’objectivité et d’une immaturité intellectuelle qui peut parfois sembler folle vue de l’extérieur.

L’ego lors de son activation est encore bien dissimulé derrière les barrières imposées par l’éducation des parents et l’héritage socioculturel reçus. Il en résulte que plus cette éducation et cet héritage s’appauvrissent, plus le vrai visage de l’ego se dévoile rapidement pendant l’adolescence, c’est-à-dire pendant la période de transition qui normalement devrait faire entrer l’enfant dans l’âge adulte des responsabilités assumées. Plus le vrai visage de l’ego se dévoile, plus la quête de la jouissance sexuelle mythique s’intensifie avec toutes ses voies de satisfactions secondaires (viol-ence, drogue, fanatisme, consommation d’objets, consommation sexuelle, intolérance, racisme, arrogance, etc.). Tous ces chemins mènent à une Rome mythique, fantasmée et amniotique, où tout est pris en charge dans une jouissance absolue et éternelle. Beaucoup de voyageurs se perdent en route dans cette régression psychologique. Alors ils s’énervent intérieurement, et ils commencent à haïr tout ce qui les empêche de jouir. S’ils n’ont pas les moyens physiques de retrouver leur chemin, alors ils mijoteront dans la frustration – consciente ou inconsciente – jusqu’à ébullition, parfois pendant plusieurs générations. S’ils ont les moyens physiques de retrouver leur chemin, alors par le vice ou par la force ils imposeront leur cruauté au monde qui les entoure ; mais plus par le vice, question de facilité et de limitation des risques.

De plus en plus d’adultes ont des mentalités d’adolescents, on les appelle des ’’adulescents’’. Sans le savoir, ils sont en régression psychologique, et ils adorent consommer leur vie dans la « gaieté ». Imaginons un voyageur entrant dans la Rome mythique en question. Il atteint le terminus théorique de sa régression psychologique. Il a un corps d’adulte, mais il a un cerveau de bébé, ou plutôt de fœtus. Il devient en fait un zombi attaquant tout ce qui vit, puisque rien ne peut exister en dehors de sa seule jouissance. Son problème, c’est que cette très brève jouissance n’existe plus depuis que son père s’est retiré de sa mère. Elle n’est qu’un souvenir, une illusion. Alors monsieur zombi (ou madame zombie) fait tomber le masque (c’est fini la comédie). Il est tout fâché, il veut tout casser comme un zyva accroc au cannabis ou il veut tout acheter comme un consommateur compulsif, et dans ces deux cas exemplaires il pleure intérieurement comme un beau bébé à sa maman. La laideur du zombi cinématographique doit avant tout être comprise comme laideur morale. Pour ce mort-vivant immorale et irrécupérable, ta simple vie devient une insulte castratrice, et il a au moins compris une chose : si le monde entier meurt, alors il n’aura plus l’impression d’être mort.

Mais revenons à nos moutons et en particulier à leur ça, connaissez-vous une religion qui promet la jouissance permanente absolue à ses fidèles ?
C’est bel et bien ça le vrai…
Chaos

Jacko

https://www.youtube.com/watch?v=OiJ3KU0bme0