22 avril 2017

Maison kabyle à Fort National au XIXe siècle

J’exprime le désir de visiter l’intérieur d’une maison. Le guide va trouver l’oukil, le trésorier de la commune, et lui traduit ma demande. C’est un vieillard de mauvaise mine, le visage déchiré par une affreuse cicatrice. Il se lève avec un empressement qui ne paraît pas très-spontané, et nous introduit chez lui. A notre entrée, deux femmes se sauvent au fond de la pièce obscure en détournant la tête, tandis que le maître de céans fixe sur nous son œil jaloux. L’habitation se compose d’une seule pièce, basse et obscure, sans autre ouverture que la porte, et divisée en deux parties. La première sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher ; dans le fond, un simple trou creusé dans le sol constitue le foyer ; la fumée qui s’en échappe sort par la porte. Par terre sont répandus divers ustensiles de ménage, en partie d’origine française.

De grandes jarres placées contre les murailles contiennent la provision de grains ; un coffre en bois peint renferme les objets précieux ; des vêtements sont suspendus aux poutres du plafond ; quelques nattes étendues sur le sol constituent les seuls lits connus en Kabylie, comme, du reste, chez tous les indigènes de l’Afrique. La seconde partie de l’appartement, celle qui est à gauche de la porte, forme une sorte de soupente, plus élevée que le reste de la pièce et sur laquelle on place les récoltes et les provisions de toute nature.

Au-dessous de ce qui remplace ici le grenier, et en contrebas de la partie habitée, se trouve l’étable : l’âne ou le bœuf entre par la porte, descend deux ou trois marches, et se trouve chez lui, dans une sorte de cave où l’on ne peut pénétrer qu’en passant par la pièce principale.

En sortant de chez l’oukil, nous allons chez l’amin, le maire du village. C’est un homme riche, propriétaire d’un café à Fort-National. Il possède deux maisons séparées par une cour, la première occupée par ses domestiques ; la seconde, […], habitée par sa famille. Il n’y a en ce moment à la maison que des enfants et des femmes. Les unes continuent leur travail sans paraître faire attention aux étrangers ; les autres se tiennent immobiles, effarées, mais curieuses ; quelques-unes sont jolies ; mais la plupart ont l’air usé et flétri par le travail. […]

Une promenade aux environs de Fort-National nous permet de nous rendre compte de la topographie du pays.

Ernest Fallot, Fort-National, le 16 mars 1884