Manifeste pour la reconnaissance constitutionnelle d’un statut politique particulier de la Kabylie

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L’Algérie vient de commémorer le 60e anniversaire du 1er Novembre 1954 dans un contexte international marqué par de grands bouleversements, notamment dans le monde dit « arabe », avec une crise sans précédent des Etats-nations, et pour certains la remise en question de leurs frontières. En Algérie, à la place d’une réflexion sérieuse sur les fondamentaux du pays en vue d’un changement politique vital pour l’avenir, les décideurs ont choisi, une fois encore, de reconduire le système politique à l’origine de la crise multidimensionnelle et chronique vécue depuis l’indépendance.

La révision constitutionnelle prévue, autant qu’on puisse en juger compte tenu de l’opacité habituelle, n’aurait d’autre objectif que l’assurance de maintien du système en place et de ses constantes politico-idéologiques, et ce, dans un Etat de non-droit où l’esprit et la lettre de la loi sont régulièrement violés par ceux qui la font, au gré de leurs intérêts.

Parallèlement, nous assistons depuis quelques mois à des regroupements et à des repositionnements de différentes organisations politiques ainsi qu’à des interventions de personnalités politiques qui avancent diverses propositions de mode de « transition démocratique » pour répondre à la crise du régime afin qu’elle ne se transforme pas, selon eux, en une crise de l’Etat. Mais il est un sujet qui semble faire le consensus entre tous les acteurs, dans le pouvoir ou dans l’opposition : l’occultation de la question kabyle et la crise de l’Etat-nation.

En tant que citoyens algériens et en tant que Kabyles appartenant à une communauté régionale, nous avons notre mot à dire et considérons qu’un véritable débat s’impose sur les fondements de la nation et de l’Etat algériens. La situation et le devenir de la Kabylie, sujet tabou dans les prises de position politiques, est l’une des questions essentielles algériennes. On ne peut l’éviter ni l’occulter si nous voulons nous comprendre entre Algériens, avancer ensemble et aller vers une véritable cohésion nationale.

L’affirmation identitaire kabyle

Nous, Kabyles, avons une terre, une langue, des coutumes, un système de valeurs, une organisation sociale particulière, toutes les caractéristiques définissant un peuple. Cette affirmation, en tant que peuple, n’est pas dirigée contre les autres composantes de la société algérienne et ne s’inscrit pas dans une vision ethnocentrique. Il s’agit de l’existence d’une communauté humaine qui possède des caractères distinctifs des autres entités algériennes.

Ce n’est pas un choix, mais une réalité historique que nous offre l’immensité de notre pays et sa diversité géographique, humaine culturelle et linguistique. Cette richesse doit être une source de fierté et non d’appréhension. Nous sommes Kabyles et appartenons au plus ancien peuple que l’Afrique du Nord ait connu : le peuple amazigh. Notre kabylité ne vient ni d’Orient ni d’Occident, elle puise ses racines dans nos valeurs propres transmises par nos aïeux. Ce sont ces valeurs qui fondent notre ouverture aux idées de liberté, telles que le respect des droits humains, l’égalité des sexes, la liberté de croyance et de culte.

Forts de notre spécificité, nous ne nions cependant aucun des liens profonds et puissants d’ordre identitaire, historique et culturel, fondateurs d’un désir d’avenir commun, que nous avons avec tous les Algériens. En réclamant le respect de notre droit à la différence, nous voulons légitimement préserver ce que nous sommes, être acteurs de notre destin et construire un espace de vie qui nous est propre, tout en revendiquant une algérianité plurielle qui reste à construire avec tous, dans le cadre d’un nouveau pacte d’union nationale.

Nous voulons que la Kabylie ait une place de plein droit avec un statut politique reconnu dans un Etat algérien refondé. La Kabylie doit être en droit d’avoir les instruments juridiques nécessaires pour gérer en toute souveraineté ses spécificités sur son territoire, tout en participant à la gestion commune des intérêts supérieurs de l’Algérie. Ceux-ci ont, par ailleurs, constitué avec la reconnaissance identitaire, l’essence des luttes kabyles qui ont jalonné le récit national depuis plus d’un siècle.

Le rôle historique de la Kabylie dans le mouvement national

Il n’est pas inutile de rappeler, à l’occasion de l’anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne, le rôle essentiel et décisif de la Kabylie dans l’histoire contemporaine de l’Algérie. Dès les débuts du mouvement national, les Kabyles, fer de lance de l’idée d’indépendance, à l’image de Mohand Saïd Si Djilani, de Amar Imache, ont voulu, en vain, introduire dans la pensée de ce mouvement la diversité de la société algérienne et l’inclure dans les fondamentaux de la future Algérie.

Ali Laïmeche et ses compagnons, en affirmant l’identité berbère de l’Afrique du Nord, se sont heurtés, en avançant le concept d’« Algérie algérienne », à un environnement hostile dicté par une idéologie monolithique et exclusiviste, associant le nationalisme arabe importé du Moyen-Orient et l’islamisme des oulémas.

Bien que fortement majoritaires dans le PPA- MTLD, les Kabyles ont privilégié l’union contre le colonialisme français et ont tu leurs revendications identitaires pour se consacrer totalement à la lutte de Libération nationale. Ce n’est pas un hasard si le Congrès de la Soummam, acte fondateur politique du FLN, a eu lieu sur leur territoire et si la majorité des officiers supérieurs de l’ALN est issue de cette région.

On oublie trop souvent le lourd tribut en vies humaines payé par la Kabylie, le plus important du pays. Son élite a été décimée par la guerre, mais aussi par les luttes internes dont fut victime l’un des plus grands, Abane Ramdane, lequel venait de donner une orientation politique, démocratique et sociale à la Révolution, tout en fixant le cadre de l’exercice du pouvoir par la résolution de la primauté du politique sur le militaire.

Le rappel de ces faits historiques n’a pas pour but de diminuer ou de nier la contribution des autres wilayas lors de la guerre d’indépendance. Il est fait pour relever que la Kabylie n’a pas eu en retour, après 1962, ce qui lui revenait de droit après tant de sacrifices : la reconnaissance de son identité propre et la reconquête de la souveraineté qu’elle a perdues sous la domination coloniale française depuis 1857.

Ce rappel historique nous commande aussi, aujourd’hui, d’oser une lecture critique du projet national, tel qu’il a été pensé et engagé par les idéologues du mouvement national. Les dérives politiques de ceux qui se sont imposés aux commandes de l’Etat depuis l’indépendance ne sauraient expliquer, à elles seules, l’impasse actuelle.

Bien plus que le reniement de la plateforme de la Soummam de 1956, c’est l’absence de référents explicites à la pluralité politique et culturelle dans le discours du mouvement national, après la mise à l’écart de militants de valeur, tels que Ouali Benaï, M’barek Aït Menguelet, Amar Aït Hamouda et Rachid Ali Yahia lors de la « crise berbériste » de 1949, qui a ouvert la voie aux dérives totalitaires qui ont marqué l’histoire politique de l’Algérie depuis l’indépendance.

La résistance de la Kabylie au despotisme de l’État post-colonial

A l’indépendance, l’armée des frontières impose, par un coup de force contre le GPRA, un président et sa conception de l’Etat. La première Assemblée constituante a été réduite à l’impuissance par la manipulation du clan d’Oujda qui s’identifiera par sa gestion autoritaire et idéologique, affichant clairement le déni de la réalité historique algérienne et excluant la Kabylie. « Nous sommes Arabes, nous sommes Arabes, nous sommes Arabes », clamait Ahmed Ben Bella, président plus arabe qu’algérien, au lendemain du cessez- le-feu, appliquant ainsi la feuille de route du panarabisme imposée par son mentor Gamal Abdel Nasser, et ce, au mépris des nombreux martyrs algériens « non Arabes ».

Par cette imposture, il donna ainsi le coup d’envoi à l’Algérie actuelle, figée dans ses constantes arabo-islamiques et ruinant tous les espoirs d’une Algérie plurielle et démocratique. Ce pouvoir installé par la force n’hésitera pas à écraser dans le sang le soulèvement de la Kabylie répondant à l’appel du FFS en 1963. Plusieurs centaines de militants ayant combattu pour la libération du pays vont payer de leur vie leur révolte contre cette injustice et contre l’instauration d’un régime dictatorial.

Les Algériens, dépossédés alors de leur souveraineté, continueront de subir la confiscation de leurs libertés fondamentales, les opposants politiques seront exilés ou assassinés et une double peine sera appliquée aux composantes amazighes de la société qui souffriront en sus d’un déni identitaire. Le système négateur et répressif de toute pluralité associé à une falsification éhontée de l’histoire et à un processus de déculturation va ainsi acculer la Kabylie à entrer en dissidence permanente pour préserver ses idéaux et son identité.

De grands intellectuels, tels que Mouloud Mammeri, des artistes de renom, des cercles universitaires, « l’Académie berbère », l’emblématique JSK vont tisser, en la valorisant, une solide culture de résistance à l’origine des événements des années 1970 et des révoltes de 1980 et 1981.

Le Printemps amazigh de 1980, précurseur des luttes démocratiques, a été le premier mouvement populaire à ébranler le système politique algérien, à ouvrir des brèches pour l’opposition et à inscrire l’irréversibilité du fait amazigh. La révolte de la vallée de la Soummam, en 1981, viendra en consolider les assises. Ouvrant la voie à des combats novateurs, la Kabylie va jouer ainsi un rôle d’avant-garde pour les valeurs émancipatrices et les libertés démocratiques dans un pays bridé par ses constantes idéologiques et politiques. C’est ainsi que la société civile va se mobiliser et s’organiser à travers des associations souvent réprimées.

La première Ligue des droits de l’homme, créée en 1985, vaut à ses membres fondateurs leur traduction à la Cour de sûreté de l’Etat. La semi-ouverture politique qui a suivi Octobre 1988 a vu des militants kabyles et des partis politiques, tels que le RCD, mettre dans le débat public des problématiques sociétales de fond comme la laïcité, l’égalité des sexes et la diversité culturelle et linguistique. La reconnaissance de tamazight en tant que langue nationale et officielle sera inscrite dans les programmes des partis politiques à ancrage kabyle. L’école algérienne sera boycottée pendant l’année scolaire 1994/1995 par les enfants de Kabylie réclamant la reconnaissance et l’enseignement de leur langue maternelle.

Durant la période tragique des années 1990, conséquence de la politique algérienne d’islamisation salafiste de la société, la région va devenir le bastion de la résistance contre l’obscurantisme meurtrier, un rempart à la montée de l’islamisme radical et un espoir pour tous les démocrates algériens. C’est durant cette période que la Kabylie va perdre l’icône de la jeunesse kabyle, Matoub Lounès, assassiné alors qu’il était au sommet de son art et de ses engagements politiques.

Ce sera la résistance de la société civile et le poids politique et culturel de la Kabylie qui vont rendre difficile le basculement de l’Algérie vers un régime théocratique et sauvera le pays de la régression historique. La spécificité de la Kabylie s’affirmera aussi de manière nette lors des échéances électorales.

Depuis « l’élection de 1963 » à aujourd’hui, dans aucune des élections ou consultations le pouvoir représentant l’Etat central n’a été capable d’établir le lien de confiance et d’adhésion. Les résultats démontrent de façon récurrente la singularité du vote kabyle sur l’ensemble de la carte électorale algérienne avec son refus de participation aux simulacres électoraux, le rejet total des candidats du système en place et du fondamentalisme religieux et la faveur accordée, pour les voix qui s’expriment, aux démocrates assumant la question identitaire amazighe.

Ce particularisme est aussi visible dans la perception qu’ont les autres Algériens des partis à base sociologique kabyle. Le confinement des partis du RCD et du FFS dans l’espace kabyle, malgré leur volonté manifeste de s’inscrire dans une dimension nationale, est là pour souligner que l’aspect identitaire est un fondement essentiel dans la compréhension de la sociologie politique de l’Algérie.

L’émergence du courant autonomiste kabyle

En avril 2001, le pouvoir entre dans une nouvelle étape de provocation-répression qui se solde par l’assassinat, dans l’impunité totale à ce jour, de 128 jeunes kabyles. Le 14 juin 2001 à Alger, le pouvoir a démontré ses tentations génocidaires en lançant une véritable chasse aux Kabyles venus pacifiquement, à l’appel du mouvement des archs, remettre leur plateforme de revendications, en organisant la plus grande marche de l’histoire du pays.

Cette fracture, à laquelle le pouvoir a poussé volontairement en dressant de manière machiavélique et irresponsable les Algériens les uns contre les autres, est inscrite à jamais dans notre mémoire collective. C’est dans ces circonstances de grave dérive d’un pouvoir discriminatoire que vont émerger les premiers mouvements autonomistes kabyles : le Mouvement pour une Kabylie libre, puis le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, évoluant récemment vers un Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie.

Ces mouvements s’inspireront d’un courant de pensée initié par Salem Chaker et porté, depuis les années 1990, par des intellectuels et universitaires kabyles, d’inspiration multiculturaliste, donnant une vision politique nouvelle pour la Kabylie et l’Algérie.

Le multiculturalisme algérien, une réalité à assumer, à défendre et à reconnaître

Nous ne sommes pas les seuls en Algérie à avoir un particularisme et à être exclus des textes et des institutions du pays. Sur le socle amazigh commun, les apports et influences des civilisations qui ont jalonné notre histoire font la pluralité de la société actuelle avec une diversité des langues parlées et des cultures vécues.

Cette pluralité algérienne, avec la coexistence de plusieurs communautés ou peuples, n’est aucunement reflétée dans la définition de la nation inscrite dans la Constitution algérienne. La Nation est à redéfinir à partir de la nature réelle de la société pour en dégager ses identifiants qui serviront de référents essentiels de l’algérianité, et ce, loin de toute idéologie ou dogme.

Pour notre part, nous pensons que la question de l’identité nationale est à ce jour encore posée. Nous récusons l’identité arabe exclusive du pays inscrite dans le préambule de la Constitution. Que des communautés ou des citoyens algériens se revendiquent « Arabes » est de leur droit et nous le respectons, mais nous refusons que cette identité nous soit imposée. Les personnes et les institutions censées représenter le pays ne doivent pas s’autoriser à s’identifier en tant que tels et affirmer notre appartenance globale au monde arabe.

De même, conformément aux principes séculiers de l’Etat et de ses institutions, nous considérons qu’une religion, même majoritaire, ne doit pas définir l’Etat, car celui-ci a pour vocation non pas d’exclure, mais d’inclure tous les Algériens, qu’ils soient d’autres confessions ou non croyants.

Dans le préambule de la Constitution, l’amazighité est mentionnée dans le triptyque « Islam, arabité, amazighité » relatif à l’identité de la Nation. Outre sa contradiction avec la mention « pays arabe » dans le même texte, cette intégration de l’amazighité, en juxtaposition avec les autres composantes, concédée suite aux luttes kabyles, participe plus d’une volonté d’homogénéiser la société et du déni de tout particularisme que d’une vision réellement multiculturelle assumant les différences et l’hétérogénéité de la nation.

L’Algérie profonde est à l’évidence une nation multiculturelle. Le cadre constitutionnel et institutionnel de l’Etat, qui ne doit pas précéder la nation mais en être l’émanation, doit en conséquence être repensé et refondé sur la base de la reconnaissance de la pluralité et d’une nouvelle organisation territoriale.

Le modèle d’Etat-nation hypercentralisé, hérité du modèle jacobin français, basé sur l’idée uniciste de la nation, est dépassé et inadapté aux sociétés multiculturelles comme la nôtre. Modèle idéal pour ceux qui veulent maintenir un ordre injuste, absurde et dictatorial, il est source de conflits permanents, menaçant les unités nationales, car basé sur l’exclusion et sur des rapports de domination et de répression contre des communautés ou peuples acculés à la révolte, voire à la sécession.

Bon nombre de pays de composition plurielle ont adopté une organisation moderne de l’Etat avec des armatures institutionnelles plus adaptées à leur sociodiversité et assument dans la sérénité leurs différences linguistiques, culturelles et ethniques. Ce qui renforce le sentiment de cohésion nationale, diminue considérablement les tensions, les risques de guerre et les tentations génocidaires.

Même la France, pays jacobin par excellence, est en train de rattraper son retard par rapport aux autres pays européens (reconnaissance de la spécificité corse, promotion et développement des langues régionales, autonomie de la nouvelle Calédonie, décentralisation pour une meilleure efficacité économique).

Dans un Etat fédérateur incarnant cette pluralité, le drame mozabite, à l’instar du drame kabyle et d’autres tragédies qui risquent d’advenir (chaoui, targui), n’aurait pas de raison d’être. La crise endémique que vit la vallée du M’zab est là pour nous enseigner qu’aucune solution proposée pour mettre fin à la violence ne s’avérera efficace tant qu’on n’aura pas compris qu’une communauté a un besoin vital de préserver son intégrité et sa spécificité dans un cadre institutionnel qu’elle aurait elle-même adopté et légitimé.

Les spécificités du rite confessionnel ibadite, la différence culturelle, linguistique et organisationnelle du M’zab doivent être reconnues par l’Etat et sa territorialité respectée. Il importe aussi de souligner que c’est l’appui à la doctrine wahhabite, hostile et intolérante à toute autre forme d’expression religieuse dans l’islam, qui a exacerbé les tensions et nourri les hostilités ayant conduit malheureusement à des pertes humaines.

Pour notre part, à l’islam des prédicateurs « inspirés » par les pétrodollars et qui puise ses fondements dans le dogmatisme et l’intolérance, nous croyons qu’il est pertinent de renouer avec l’islam vécu ancestral et d’engager dans la sérénité le débat crucial de la rationalité et de la pensée libre dans la religion musulmane. C’est aussi l’héritage que nous laisse derrière lui le grand islamologue kabyle Mohamed Arkoun qui, sa vie durant, n’a pas cessé de travailler au renouement avec la pensée des premiers philosophes rationalistes musulmans.

La politique éthnocidaire envers la Kabylie

Au lieu de prendre acte des conséquences dramatiques de la politique d’encouragement de l’idéologie islamiste qui a enfanté le terrorisme, ces dix dernières années les forces au pouvoir visant la Kabylie, appuyées par des relais locaux, ont accéléré le processus du rouleau compresseur par un envahissement de tous les espaces par la culture et la langue officielle, par un wahhabisme encadré et financé, ciblant le cœur des villages par la corruption généralisée, notamment d’une frange de l’élite politique, culturelle et sportive.

Ces diverses manipulations et instrumentalisations n’ont d’autre objectif que de vider progressivement la Kabylie de son âme, pour asseoir une normalisation qui n’est que le synonyme d’une « dékabylisation ». Son territoire linguistique se rétrécit dramatiquement, notamment dans les espaces urbains, la gestion de son patrimoine foncier n’est plus de sa compétence, sa jeunesse désespérée a le triste record du taux de suicide, l’insécurité y règne avec la persistance de poches terroristes et la prolifération du banditisme, empêchant tout progrès social et tout développement économique.

Cette politique de nature colonialiste du pouvoir algérien est intolérable. La substitution de l’identité réelle par une identité élaborée dans les laboratoires idéologiques et dont le but final est l’arabisation totale de l’Algérie est une aberration totalitaire. Nous, Kabyles, refusons d’être dépossédés de notre identité et de notre territoire, traités comme des étrangers sur la terre de nos ancêtres, expropriés de notre héritage. Nous ne pouvons accepter la marche forcée vers la domestication et l’assimilation de la Kabylie avec l’annihilation de tout élément marquant sa différence.

La Kabylie n’a pas vocation à être stigmatisée de manière récurrente comme l’ennemi intérieur et à servir d’exutoire aux querelles du sérail. Aucune communauté humaine ne doit subir l’aliénation de sa culture au détriment d’une autre. Il est temps, un demi-siècle après l’indépendance, que cela cesse dans l’intérêt de tous, en posant sereinement les problématiques de fond et en y apportant de vraies solutions.

L’élite kabyle, notamment politique, a aussi sa part de responsabilité dans ce triste constat. Sa démission et sa faillite à apporter les éclairages nécessaires face aux enjeux, son éloignement de la détresse des populations, son incapacité à traduire leurs aspirations ne sont pas de nature à ré-enchanter la tradition de luttes démocratiques et populaires de la Kabylie. Au nihilisme et au défaitisme ambiant, il faut oser l’espérance. Les épreuves endurées, les sacrifices de générations de militants, les impasses politiques des luttes menées doivent constituer pour nous un appui pour envisager un renouveau politique.

Quelle forme de démocratie pour l’Algérie ?

Nous estimons que le discours actuel sur la démocratie est biaisé. Dans les nombreuses interventions et commentaires du moment, la démocratie est souvent perçue par les démocrates algériens comme une notion abstraite, puisée généralement dans l’aliénation par le modèle jacobin français, fondé sur une pleine reconnaissance des droits individuels au détriment des droits collectifs qui sont niés, sinon méprisés et dévalorisés. L’exercice démocratique peut prendre différentes formes qu’il est nécessaire de discuter, afin de proposer celle qui conviendrait le mieux à une société multiculturelle comme la nôtre.

L’un des importants volets de ce débat est le mode de représentation. La démocratie représentative majoritaire « classique » des Etats-nations, telle que défendue par la plupart des intervenants, a du sens dans les sociétés homogènes. Elle ne nous semble pas être le meilleur procédé pour l’expression plurielle de la société algérienne. Le mode de représentation est plus complexe si on veut instaurer une véritable démocratie dans laquelle le pouvoir ne sera légitime que s’il est partagé.

Avec le système actuel même réformé et « démocratisé » par les urnes, se posera toujours la question de la légitimité du pouvoir basé sur la souveraineté exclusive détenue par la majorité (même bien élue) aux dépens des minorités (même fortes), créant ainsi un décalage entre une démocratie issue d’un vote majoritaire et une absence de démocratie réelle. En d’autres termes, une démocratie majoritaire peut s’avérer injuste et « antidémocratique », car elle discrimine les minorités qui se sentent exclues, non représentées et non intégrées à la communauté politique nationale.Retour ligne automatique
C’est pourquoi nous sommes partisans d’une démocratie dite « consociative », qui permet un équilibre des pouvoirs et évitera toute forme d’exclusion ou de minorisation des populations régionales. Ce qui assurera un processus politique d’intégration nationale, permettant une adhésion libre à l’ensemble national et la recherche d’une assise du pouvoir construite sur des coalitions tenant compte des aspirations des régions et/ou des communautés.

Une conséquence directe de ce système de gouvernance est la primauté des institutions élues sur l’administratif et l’association permanente des populations par le recours aux consultations régionales et locales dans les limites fixées par le champ des compétences. Ceci permettra, d’une part, l’expression du génie populaire répondant ainsi aux besoins culturels, économiques et sociaux des populations et, d’autre part, responsabilisera le citoyen dans le devenir de son environnement.

En Algérie, la construction d’un système démocratique devra s’inspirer de ce type de démocratie pour la réalisation des aspirations des citoyens de façon juste et équilibrée, et ce, dans la recherche d’un consensus intelligent et constructif, nécessitant le transfert de parts de souveraineté aux peuples ou communautés qui le souhaitent.

Ainsi, la Kabylie (comme c’est le cas du Québec au Canada, de la Catalogne en Espagne) aurait une instance de représentation dotée d’un Exécutif possédant des compétences édictées par la loi fondamentale sur les questions qui lui sont propres, notamment celles relatives à la culture, la langue, le système éducatif, le développement local, etc. La Kabylie serait libre d’organiser son territoire sur la base de ses valeurs propres et de s’inspirer du modèle ancestral de démocratie directe et participative pratiquée dans les villages, tout en le modernisant, notamment par la participation des femmes, des jeunes et l’adaptation aux zones urbaines.Retour ligne automatique
Cette organisation sociale, marque majeure de notre identité, avait forcé l’admiration de grands penseurs tels que Karl Marx, Hannah Arendt et Ernest Renan, la jugeant comme la réalisation de l’aspiration humaine à une société juste et solidaire. A l’échelle centrale, les représentants de la Kabylie participeraient aux débats et aux décisions relatives aux questions intéressant l’ensemble des Algériens, notamment celles relevant des domaines régaliens, traitées dans le cadre des institutions nationales où serait favorisée la représentation proportionnelle.

Par ailleurs, en accord avec la consécration des droits collectifs, nous considérons comme une exigence l’ouverture du champ politique à des organisations qui activent en faveur des droits communautaires et des droits des peuples, s’inscrivant dans la non-violence. Il s’agit, en effet, d’un droit démocratique irrécusable impliquant la révision de la loi sur les partis politiques. Leur confinement à la clandestinité n’est pas de nature à favoriser le processus d’intégration nationale.Retour ligne automatique
Quant aux droits individuels, ils ne se limitent pas au droit de vote, à la transparence et à la régularité du scrutin électoral, comme aimeraient le faire croire certains, uniquement motivés par une stratégie de prise de pouvoir et auxquels nous rappelons que c’est un concept qui englobe aussi des valeurs inaliénables de liberté (de pensée, d’expression, d’opinion), d’égalité, de non-discrimination par le sexe, la croyance ou la race.

La question linguistique

Dans un Etat multiculturel, le tamazight, première langue historique du pays parlée dans plusieurs régions, n’aurait été ni nié ni réprimé ou minoré, comme c’est le cas dans les systèmes absolutistes qui ne conçoivent qu’une langue unique. L’enseignement de la langue amazighe dans l’école algérienne, acquis grâce au sacrifice d’une année de scolarité des enfants de Kabylie, est réduit à un simple faire-valoir des autorités et pousse à sa dévalorisation.

Aucune politique linguistique n’est venue encourager et développer cet enseignement. Vingt ans après son introduction, aucune institution ou académie, en dehors d’un commissariat resté sans président, n’a été créée pour la prise en charge des questions liées à la standardisation, la pédagogie ou l’édition. L’ouverture du champ médiatique avec des radios locales et d’une chaîne de télévision participe plus de l’aliénation par l’idéologique officielle que d’une véritable ouverture à l’expression amazighe.

Quant au statut du tamazight, après celui de langue nationale concédé suite aux sacrifices des jeunes du Printemps noir, le statut de langue officielle n’est pas encore à l’ordre du jour des décideurs, malgré une demande quasi générale des acteurs politiques. A quel titre et de quelle légitimité se prévaut-on pour interdire ce statut à la seule langue autochtone du pays et parlée par des millions d’Algériens ? Pour quelle raison prend-on le risque d’un grave conflit qui peut conduire à une implosion du pays ?

Rappelons que les pays dotés de plusieurs langues officielles sont légion à travers le monde : l’Inde (23 langues), la Bolivie (37 langues), l’Afrique du Sud (11 langues), la Confédération helvétique (4 langues), etc. En Algérie où coexistent des aires territoriales linguistiques, arabophones et amazighophones, la résolution de la question linguistique démontre clairement la nécessité d’une refondation de l’Etat.

Les locuteurs de tamazight, dont c’est la langue propre, doivent avoir la compétence institutionnelle de décider en toute souveraineté, sur leur territoire, des caractères de son écriture, de son développement, de sa promotion, afin qu’elle devienne une langue d’enseignement, seul gage de pérennité et d’avenir (langue de travail) au lieu d’être une langue enseignée de surcroît de façon facultative. L’officialité de la langue amazighe, au même titre que la langue arabe, trouvera alors naturellement sa solution institutionnelle après la consécration constitutionnelle.

A ce sujet, nous interpellons l’Etat algérien sur ses multiples engagements internationaux concernant le respect des droits culturels, notamment la déclaration des Nations unies sur le droit des peuples autochtones adoptée en 2007. Cette déclaration stipule que les Etats doivent assurer à tout peuple autochtone le droit de déterminer librement son statut politique, de promouvoir sa langue, d’avoir son propre système éducatif et d’assurer son développement économique social et culturel.

La décentralisation économique et la régionalisation constructive

Dans le domaine économique, la démocratisation des centres de décision, en se rapprochant des populations, a démontré partout son efficacité et son efficience. Ce sont les grandes régions qui font aujourd’hui les grands pays industrialisés et qui assurent une intégration intelligente des facteurs nécessaires au développement durable. Dans notre pays, en dépit d’une richesse exceptionnelle en ressources naturelles et géographiques, nous assistons à une extinction alarmante de la diversité économique avec les savoir-faire en matière agricole, artisanale et professionnelle.

Cette situation est consubstantielle à la nature centralisée de l’Etat. Celui-ci participe, par l’utilisation effrénée de la manne pétrolière, à la transformation des Algériens — qui savaient autrefois travailler les ressources de leur région — en grands assistés. En effet, en attendant tout de l’Etat et non préparés au choc à venir, résultant de la chute inexorable des ressources pétrolières, les Algériens auront alors perdu le pari vital du développement de la ressource humaine qui conditionne l’insertion adaptée dans l’économie mondiale et plus globalement l’assimilation positive des bouleversements de la mondialisation.

En Algérie, comme ailleurs, les régions sont capables de redevenir des lieux de créativité économique et culturelle pour peu qu’elles se réapproprient politiquement leur espace social et territorial. Il faut repenser la vocation-même de l’Etat sur le plan économique : d’agent de distribution de la rente par les mécanismes de la déconcentration, il faut passer au transfert des compétences et à l’allocation équilibrée des ressources vers les régions.

La régionalisation de l’Etat que nous préconisons, avec la mise en place d’une autorité de régulation et de suivi pour assurer les équilibres régionaux, est le contraire du régionalisme éhonté pratiqué actuellement. Il est inqualifiable et inacceptable que le pouvoir s’arroge le droit de gérer les ressources nationales de manière clientéliste et régionaliste. On affecte à certaine(s) région(s) de nombreux et différents investissements, alors que d’autres sont laissées à l’abandon, comme c’est le cas de la Kabylie qui n’a été bénéficiaire d’aucun projet industriel depuis le programme spécial des années 1970 et des régions du Sud qui sont pourtant les pourvoyeuses, en grande part, de la richesse nationale.

Le changement de paradigme politique : une nécessité historique Ce texte est écrit par des militants qui pensent exprimer une tendance lourde de l’opinion kabyle actuelle. Il s’adresse à tous les Algériens, qu’ils soient simples citoyens, acteurs politiques de l’opposition ou détenteurs du pouvoir. C’est un appel à débattre et à dialoguer dans la sérénité et sans tabou de toutes ces questions structurelles engageant l’avenir national.

La sortie de crise exige de nous tous une modification profonde des mentalités et du courage politique pour s’engager sur les problématiques souvent complexes, mais incontournables. Le changement de système, souhaité par le plus grand nombre, ne doit pas se limiter à « une meilleure gestion » de l’Etat tout à fait justifié par ailleurs, compte tenu de l’instrumentalisation des institutions, la confusion des pouvoirs, la corruption, la dilapidation effrénée des ressources financières et économiques, le népotisme, etc.

Mais la véritable rupture passe par un changement de paradigme, celui d’une autre vision de l’Algérie, d’un projet national à repenser en s’émancipant du cadre institutionnel hérité de l’ordre colonial français et en abandonnant les constantes idéologiques totalitaires panarabistes et islamo-conservatrices. L’appartenance proclamée à la « oumma el arabia » et à la « oumma el islamiya » bloque l’acceptation de la conception moderne de l’Etat et de la nation, brouille la perception de ses contours et ébranle les fondements-mêmes de la République, et donc de la citoyenneté. Il y a une exigence historique aujourd’hui à revoir nos fondamentaux et à faire le pari de la modernité par la redéfinition de la nation et par la refondation de l’Etat.

Un statut politique spécifique pour la Kabylie en serait une étape et constituerait une grande avancée dans la modernisation et la démocratisation du pays. A l’inverse, si cette impasse politique venait à persister, et nous le disons avec gravité concernant la Kabylie, les solutions radicales et douloureuses, qui se sont imposées dans d’autres nations multiculturelles quand l’existence même d’une communauté ou d’un peuple est en jeu, ne pourraient pas toujours être évitées.

Nous croyons que le vivre ensemble en paix et en harmonie en Algérie est possible. Les différentes configurations du cadre national qui s’y prêtent méritent toutes d’être discutées : système fédéral, système autonomique avec autonomie(s) régionale(s), l’essentiel étant de sortir des modèles « unicistes » et de rapprocher l’Algérie politique de l’Algérie réelle. Notre histoire nous enseigne que d’autres rapports ont existé entre entités territoriales, sans qu’aucune ne soit disqualifiée, comme en témoigne l’organisation politique et territoriale pendant la guerre menée contre le colonialisme français par une fédération de wilayas autonomes dans leur gestion propre, mais ayant le même objectif, l’indépendance du pays.

Osons pacifiquement une rupture réfléchie avec les schémas obsolètes, désuets et optons pour de nouvelles voies politiques audacieuses et généreuses pour offrir à tous les Algériens la possibilité d’être, enfin, de vrais citoyens et acteurs de leur destin. Ainsi, nous pourrons nous préserver de la violence et du chaos qui nous guettent dans le sillage des mutations géopolitiques régionales avec la montée en puissance de forces archaïques et violentes, suite à la chute des dictatures qui les ont elles-mêmes en grande partie engendrées.

Créons les conditions d’un nouveau contrat social et ne laissons pas des politiques d’exclusion transformer notre belle diversité en zones de fracture et en sources de conflit pouvant donner prise aux manœuvres des grands manipulateurs de ce monde. Nous, signataires, restons dans l’espoir que notre appel sera entendu, que la Kabylie que nous voulons sauvegarder, défendre et doter d’un avenir trouvera toute sa place dans une Algérie nouvelle, enfin totalement décolonisée, une Algérie apaisée et plurielle qui nous ressemble et qui nous rassemble.

Liste des signataires :

Malika BARAKA (cardiologue) Retour ligne automatique
Hamou BOUMEDINE (ingénieur)Retour ligne automatique
Idir OUNNOUGHENE (dentiste)Retour ligne automatique
Ahmed AIT BACHIR (chef d’entreprise) Retour ligne automatique
Aziz TARI (enseignant) Retour ligne automatique
Kamel BOUAMARA (Professeur d’université, Littérature berbère)Retour ligne automatique
Noureddine BELLAL (maitre assistant, Littérature berbère)Retour ligne automatique
Ali MOUZAOUI (Cinéaste) Retour ligne automatique
Sofiane ADJLANE ( cadre) Retour ligne automatique
Sofiane IKENE (avocat)Retour ligne automatique
Arezki ABBOUT (universitaire) Retour ligne automatique
Mehand AMAROUCHE (Professeur d’université) Retour ligne automatique
Aziz KERSANI (journaliste) Retour ligne automatique
Mokrane GACEM (journaliste )Retour ligne automatique
Amar AYADI (avocat) Retour ligne automatique
Hacène HIRECHE (enseignant chercheur)Retour ligne automatique
Azrou LOUKAD (journaliste) Retour ligne automatique
Faredj MAHIOU (psychiatre ) Retour ligne automatique
Madjid BOUMEKLA (chef d’entreprise) Retour ligne automatique
Ahcène BOZETINE (avocat) Retour ligne automatique
Tassadit DAOUZ (responsable associatif) Retour ligne automatique
Aziz BELKHELLAT (cadre) Retour ligne automatique
Said DOUMANE (Professeur d’université) Retour ligne automatique
Nacer HADDAD (juriste) Retour ligne automatique
Idir AIT MAAMAR (enseignant) Retour ligne automatique
Hocine REDJALA (Cinéaste) Retour ligne automatique
Mohand Larbi TAYEB (Maitre assistant, informatique) Retour ligne automatique
Hacène HAFSI (chef d’entreprise) Retour ligne automatique
Hocine MEZOUARI (enseignant) Retour ligne automatique
Abderrahmane YEFSAH (écrivain) Retour ligne automatique
Mebrouk CHIKHI (enseignant) Retour ligne automatique
Ahmed KACI OUALI (cadre) Retour ligne automatique
Mohamed BENBOURNAN (cadre) Retour ligne automatique
Haiat HADDAD (enseignante) Retour ligne automatique
Takfarinas BOUAKLINE (Doctorant en berbère) Retour ligne automatique
Abdelkader BADJOU (syndicaliste) Retour ligne automatique
Madjid BARKANE (enseignant) Retour ligne automatique
Hakim DEMOUCHE (enseignant) Retour ligne automatique
Amar LAOUFI (maitre-assistant, Littérature berbère) Retour ligne automatique
Mahmoud AMRI (commerçant) Retour ligne automatique
Messaoud NADAOUI (cadre) Retour ligne automatique
Tarik MERABTI (commerçant) Retour ligne automatique
Samir LAALAM (peintre) Retour ligne automatique
Koceila IKKEN (économiste) Retour ligne automatique
Dahmane AOUDIA (ouvrier) Retour ligne automatique
Karim IKKEN(commerçant) Retour ligne automatique
Yasser BELAMRI (avocat) Retour ligne automatique
Sofiane HAMIDOUCHE (interprète) Retour ligne automatique
Zoubir TERKI (anesthésiste) Retour ligne automatique
Mustapha BRAHITI (commerçant) Retour ligne automatique
Mouloud DRIR (cadre)Retour ligne automatique
Tahar KACEMI (écrivain) Retour ligne automatique
Mohand Larbi BOUTRID (Architecte) Retour ligne automatique
Nacer YANAT (artiste) Retour ligne automatique
Larbi ADOUANE (cadre) Retour ligne automatique
Ali SEKHRI (juriste) Retour ligne automatique
Sadia MOHAMMEDI (dentiste) Retour ligne automatique
Lahlou BECHAKH (Directeur) Retour ligne automatique
Ahmed SADI (syndicaliste)

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