16 juillet 2017

Marseille-Paris par autoroute

Après quelques jours de repos chez de la famille à Marseille, je repris le chemin pour Paris. La veille de mon départ de Kabylie, je voulu remettre quelques poussins et coqs dans leur cage que j’avais temporairement abrité dans le garage. Le dernier coq n’était pas facile à attraper et j’éteignis la lumière pour lui mettre la main dessus. Les volailles sont presque paralysées dans l’obscurité. En faisant cela, j’étais vulnérable à tous les hasards du garage. En allant vers le coq, j’ai posé mon pied sur un clou de calibre 12, les clous à broche, ils sont énormes et extrêmes vicieux lorsqu’on marche dessus ou quand on les a maltraité avec un marteau. J’étais comme foudroyé. J’avais marché dessus d’une manière enthousiaste, comme pour gagner le prix du « meilleur écraseur de clous ». J’avais cru qu’il allait sortir de l’autre côté de mon pied. J’avais comme seule protection des sandales légères qui font mal même quand on marche sur du coton.

En remontant à la maison, j’avais la chance d’avoir ma dulcinée avec moi, elle me donna plus d’amour que de soins en attendant le lendemain pour faire une injection anti-tétanos. C’est pour juste dire que j’ai fait tout mon voyage en boitant comme un ancien maquisard blessé à la guerre. A Marseille, mon pied me faisait encore mal. Je grinçai des dents quand je me levai et comme c’était gratuit, je grinçai aussi quand je m’asseyais.

Donc, le dimanche matin, je pris la route pour Paris. Arrivant à quelques 70 km de Lyon, je décidai de me reposer un peu et de grignoter un bout de pain. Je me suis arrêté à l’aire de Bouterne. Un endroit magnifique. Je me suis garé entre un couple d’homosexuels allemands et un couple de vieux hétérosexuels anonymes. Le couple était tellement vieux qu’on pouvait croire qu’ils étaient un vestige, de cette aire, s’ils n’avaient pas bougé. Même les mouches semblaient faire de l’alpinisme sur leur peau tellement elle était ridée. Ils mangeaient quelque chose, mais ils tremblaient plus qu’ils ne mâchaient comme s’ils avaient la bouche dans la paume de leurs mains. Je leur fis un sourire et ils m’en ont rendu deux, un très bon investissement.

Sur ma gauche, un des homosexuels alla promener un chien dont je ne connaissais pas la race – et je ne la connais toujours pas – c’était le passif d’après ses habits. Il portait des lunettes à monture rose et une paire de baskets roses pour harmoniser son look. Il avait les fesses aussi plates qu’une ardoise et me fit un sourire en relevant juste un coin de la bouche. Il avait des lèvres fines comme s’il avait passé sa vie à lécher des timbres. Il avait une démarche féminine qu’il poussait au paroxysme de l’exagération, même son chien s’était arrêté un moment pour lui en faire la remarque. Son partenaire sortit de la voiture, il était plus opulent avec un petit bidon pour compenser le plat de son compagnon. Il avait l’air sérieux avec un regard austère comme seuls les Allemands peuvent en avoir. Je me suis permis d’imaginer leur interlude sexuel et j’avais conclu qu’il devait former un « K » une sorte de : « |< » c’était juste pour égayer mon voyage. Comme ils ont remarqué que j’avais le volant sur la droite, ils m’avaient dit : « Goods murning ». Je leur répondis aussi poliment et je leur offris quelques figues que je dégustai. Ils étaient heureux et les mangeaient en bougeant tout leur visage pour me montrer combien ils les appréciaient avec des mmmm au bord de l’orgasme. C’était comme un concours de grimaces devant mes yeux. Un d’eux laisse enfin tomber un : « mmm… viry good ! », je le prends et je commence à nettoyer les crottes de pigeons de Marseille sur ma voiture. C’était un clip de « la cage aux folles ». L’actif me dit d’un air sérieux et sans sourire : « pijunes ? », « Yes » répondis-je et tout en nettoyant : « der merden pigeons ! » Comme si je savais parler l’allemand. Ils remontent dans leur voiture et me disent au revoir avec le chien derrière qui secouait la tête comme pour dire : « merden figuen et merden humains ! ».

Hmimi der Merden

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