Mes propos sur le cinéma amazigh

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Mon propos sur le cinéma kabyle a été conçu comme un commentaire suite à la mise en ligne d’un article de présentation d’un film amateur en kabyle. Sa mise en ligne sous sa nouvelle forme peut prêter à équivoque. Pour éviter toute confusion, Il est plus qu’indispensable de signaler que le cinéma naissant d’expression amazigh, dans sa version kabyle, renferme des réalisations cinématographiques dignes s’inscrivant dans le cinéma professionnel et réalisées par des compétences en la matière reconnues que j’ai tenu à présenter brièvement dans cette mise au point en guise d’hommage et qui sont donc loin d’être concernés par la dénonciation de la médiocrité dont il est question dans mon écrit. Dont acte.

Tawrirt yetswatsun – La Colline oubliée

(Algérie-France, 1997) :

Adaptation du roman éponyme de Mouloud Mammeri (Paris, Plon, 1952, 1965) par le cinéaste Aberrahmane Boughermouh.

Avec Djamila Amzal, Mohand Chabane, Samira Abtout, Abderrahmane Debiane, Faroudja Hadjloum, Hayet Tadjer, Said Amrane, Slimane Hamel, Mohamed Abbes Durée : 1 h 45.

Le film devient le premier long-métrage de fiction tourné en Tamazight et bénéficie d’un puissant mouvement de solidarité durant le tournage et à sa sortie en France et en Algérie.

Abderrahmane Bouguermouh est né le 25 février 1936 à Ouzellaguène, en Kabylie. Études secondaires à Sétif où il voit de prés l’horreur et la mort lors des événements de 1945. En 1957, il rencontre l’écrivain Mouloud Mameri ! Début d’une longue amitié. Après un passage à l’IDHEC [1] en 1960. M. Bouguermouh réalise des émissions de variétés pour la télévision, RTF, à Cognacq Jay. En 1963, il retourne au pays et participe à la création du CNCA [2]. Il en est exclu en 1964, à cause de ses idées. En 1965, sur un texte de Malek Haddad, il tourne Comme une âme, un moyen métrage en berbère. Le film est refusé par le ministère qui exige une version en langue arabe. Il part alors pour Paris où, il postsynchronise le film en français : cela lui vaudra un deuxième licenciement, la confiscation et la destruction des positifs et des négatifs. Le film ne sera jamais diffusé.

De 1965 à 1968, il réalise une série de documentaires de commande et prend contact avec les premiers intellectuels de la revendication berbère, M. Hannouz, Taous Amrouche, Mouloud Mammeri, Mouloud Batouche et Mohand Arab Bessaoud. Le réalisateur s’intéresse à un documentaire archéologique avant de tourner un autre moyen métrage La grive, en 1967. Plusieurs fois primés, le film constitue, selon les journalistes, l’une des premières anthologies cinématographique algérienne. En 1968, il dépose La colline oubliée à la commission de censure. Dans une lettre d’intention, il précise que ce film ne peut se faire qu’en langue kabyle. Le projet est rejeté sans explication. Commence alors une langue traversée du désert au cours de laquelle, il collabore avec Mohamed Lakhdar Hamina dans Chronique des années de braises, en 1973.

« Les oiseaux de l’été » – 1978. Retour ligne automatique
« Kahla oua beida » – 1980, grand succès populaire. Retour ligne automatique
« Cri de pierre » – 1987 – long métrage en 35mm -plusieurs fois primé à l’étranger, mais torpillé en Algérie. Retour ligne automatique
1989, on lui accorde enfin, l’autorisation de tourner en Tamazight La colline oubliée.

Adrar n Baya – La Montagne de Baya (1997)

Réalisateur : Azzedine Meddour Scénario : Azzedine Meddour, Jean-Pierre Lledo. Image : Bachir Selami Interprètes : Djamila Amzal (Baya) Abderrahmane Debiane (Djendel) Ali Ighil Ali (Le vieux Belaïd) Ouardia Kessi (La vieille Aldja) Kamal Abderrahmane (Saïd).

Résumé : La force de ce film, c’est une sensation physique, palpable : la relation à la terre, quasi charnelle, d’une horde de villageois traqués qui s’accroche à sa montagne. On est en Kabylie, au début du siècle. Les villageois ont été expropriés par les Français. Baya, fille du guide spirituel de la communauté, voit son époux assassiné par le fils du bachagha, le seigneur local. Elle affirme son emprise, féconde, sur la tribu, sur « sa » montagne, et trace son destin…

Azzedine Meddour est né à Sidi Aïch le 08 mai 1947 où il a vécu son enfance et suivi ses études primaires et secondaires. L’université d’Alger l’a accueilli pour des études en lettres françaises. Par la suite, il part pour l’Union soviétique [3] pour y suivre une formation dans le cinéma au VGIK de Moscou de 1971 à 1978. Suite à une longue maladie, Azzedine Meddour s’est éteint le 16 mai 2000 à l’âge de 53 ans. Il repose au cimetière d’Akabiou, dans la commune de Timezrit, à 45 km du chef-lieu de la wilaya de Béjaïa.

Filmographie :

1982 : La Fillette et le Papillon Retour ligne automatique
1983 : Film-fiction Entre nous – Prix spécial du jury à Prague et une mention au festival de Monte Carlo Retour ligne automatique
1985 : La série documentaire Combien je vous aime – 1er prix au festival américain du film à New York dans la section “Perspective” Retour ligne automatique
1986 : Documentaire Polisario année 15 Retour ligne automatique
1988 : Un survivant raconte, documentaire. Retour ligne automatique
1990 : Des faits et des faits, de 23 x 26 mn. Retour ligne automatique
1991 : La Légende de Tiklat – Documentaire en tamazight Retour ligne automatique
1992 : Djurdjura – Documentaire. Retour ligne automatique
1993 : Le Chacal doré – Film – Grand prix du Cerist et Prix du grand public à Palaiseau Retour ligne automatique
1997 : Adrar N’Baya – long métrage en tamazight Retour ligne automatique
1998 : Prix du public décerné au film La Montagne de Baya avec Adolf Grimm Prers, et réalisation du film La douleur muette.

Machaho – Machaho (1995)

Durée : 1 h 30 – Distributeur : NC

Réalisation : Belkacem Hadjadj : né à Alger en 1950, Belkacem Hadjadj vit à Bruxelles depuis de nombreuses années. Après avoir étudié le cinéma à l’Insas, où il est diplômé en 1977. Il a travaillé pour la [4] RTB jusqu’en 1978 et pour la [5] RTA, de 1978 à 1987. Entre 1985 et 1991, il a enseigné le cinéma à l’Insic [6].

Interprétation : Belkacem Aït Salem, Saïd Amrane, Meriem Babes, Rachid Hadid, Belkacem Hadjadj, Arezki Hamamd, Sid Ali Issaadi, Omar Lechany, Hadjira Oul Bachir, Farid Serkhane, Belaïd Texa, Amal Zediri

Le paysan Arezki recueille Larbi, jeune homme mourant qu’il ramène à la vie et installe chez lui. Ce dernier s’éprend de Feroudja, la fille de la maison, qui tombe enceinte.

Filmographie :

Le Bouchon – 1980 – Film. Retour ligne automatique
La Goutte – 1982 – Court métrage. Retour ligne automatique
Bouziane-el-Kalaï – 1983 – Film. Retour ligne automatique
El Khamsa – 1988 – Film. Retour ligne automatique
Un vampire au paradis – 1992. Retour ligne automatique
Machaho – 1995 – Long métrage fiction en Tamazight. Retour ligne automatique
L’Arc-en-ciel éclaté – 1998 – Long métrage documentaire Retour ligne automatique
Une femme taxi à Cidi-el-Abbès – 2000. Retour ligne automatique
El Manara – 2004 – salué pour son réalisme au festival de Carthage.

« M’imezran » – Film – 2007 – Ali Mouzaoui

Ali Mouzaoui est un respectable cinéaste, ses compétences sont indiscutables. Néanmoins, ayant inscrit la réalisation de ce nouveau né (M’imezran) dans le cadre de la très controversée manifestation « Alger, capitale de la culture arabe » ce qui est, à mon sens, une erreur. A ce propos, aucun argument, serait-il celui, opportuniste, qu’on a l’habitude d’entendre dans ces situations pour justifier nos errements, à savoir, profiter de n’importe quelle occasion qui nous permettrait de financer la création culturelle, artistique et intellectuelle en kabyle, ne saurait prendre le dessus sur les visées assimilationnistes de la manifestation citée dont les responsables avaient, rappelons-le à titre d’exemple, au milieu de sa représentation, arrêté une troupe théâtrale de Bouzeguène (Kabylie) qui jouait sa pièce en kabyle à Aïn El Benian (Alger) pour leur « signifier l’obligation qui leur était faite » d’interpréter leur pièce exclusivement en arabe. Inscrire son identité amazigh dans un cadre autre que le cadre amazigh, méditerranéen, africain ou universel, c’est accepter de se dissoudre au profit de la culture « dominante ».

Il faut rappeler qu’une cinquantaine d’associations culturelles de Tizi-Ouzou ont accepté, sur invitation d’Ould Ali Lhadi, d’assurer l’animation de la semaine (du 1er eu 08 avril 2007) de la wilaya de Tizi-Ouzou entrant dans le cadre de la même manifestation (Alger, capitale de la culture arabe) dont nombre de ces associations est à l’origine du pullulement des films amateurs d’expression amazigh dont on a dénoncé la médiocrité.

Quant au film « M’imezran » proprement dit, je n’ai pas eu l’occasion de le voir pour me permettre de porter un jugement personnel sur sa qualité et son contenu.

Allas Di Tlelli

Notes

[1Institut des hautes des Études Cinématographiques.

[2Centre National Cinématographique Algérien.

[3URSS.

[4Radio Télévision belge.

[5Radio Télévision algérienne.

[6Institut national des Sciences de l’Information et de la Communication d’Alger.

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