Mon enfance à Paris (I)

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Mon enfance à Paris avait trois saisons : l’hiver, le printemps et l’automne. L’été était un enfer parce qu’on ne partait jamais en vacances et je passais deux mois avec Zembla, Blek le Roc, Capitaine Swing et quelques autres super héros de chez Marvel. Mes vacances étaient les bandes dessinées.

Je n’aimais pas Spiderman – ou l’homme-araignée. A l’époque la langue anglaise n’existait pas. Peter Parker (Spiderman) était toujours en train de se plaindre de sa vie, sans savoir qu’il y a des gens qui le lisent et qui sont dans une situation encore pire que la sienne. Soyons honnêtes ! Il avait deux copines, quand il avait le cafard, il mettait son costume et faisait un tour à New York ou combattait un super vilain pour briser sa monotonie. J’avais toujours envie de lui écrire et de lui dire :

« Hé ! Peter Parker ! Arrête de te plaindre parce que tu as raté un cours de chimie et viens plutôt vivre dans mes chaussures durant la période estivale. Je suis un petit Kabyle-Algerien qui vit dans un petit appart parisien qui ressemble à un four, sauf que le four a le luxe d’une vitrine ; et qui fait 2 km pour aller acheter du pain parce que tous les boulangers du quartier ont décidé de prendre leurs vacances en même temps. Mes copains disparaissaient tous en direction du sud et mes jours de sortie étaient réduits a une ballade forcée au marché aux puces ou chez Darty. »

Je n’ai jamais écrit la lettre, et puis il ne comprendrait pas. J’étais laissé seul à ma souffrance. Heureusement que j’avais Mahmoud, un ami qui semblait avoir le même problème que moi. On était d’accord sur tout, sauf sur Hulk. Il parlait de lui comme si c’était son voisin de palier. Mahmoud ne disait jamais rien et il avait cette manie de faire des boucles à longueur de journée avec ses cheveux. Mes conversations avec lui étaient toujours des monologues. Quand il était d’accord avec moi, il me faisait un sourire et quand il n’était pas d’accord, il me faisait un sourire. C’est juste pour vous dire le problème que j’avais. On allait souvent dans un jardin public, il était vide, comme dans une scène de « Il était une fois dans l’ouest. » Mais sans le fond de musique et les plantes séchées emportées par le vent qui passe de droite à gauche de l’écran pour nous dire que c’est une ville désertée.

On partageait les bancs du jardin avec des ivrognes et on ramassait les bouteilles de Gevéor et de Préfontaine pour encaisser la consigne. La façon dont on dépensait notre argent était déjà un signe prémonitoire qu’on n’allait pas vivre notre vie, mais la dépenser. Les ivrognes nous traitaient toujours de vauriens. Bien des années plus tard, on s’est aperçu que ce n’était pas des ivrognes mais des ….prophètes. Retour ligne automatique
La plupart de notre oseille, ou plutôt l’argent de la consigne, partait dans les Carambars et les Malabars. Beaucoup de gens ne le savent pas, mais on peut devenir facilement accroc à l’argent des consignes. On allait soit devenir des ivrognes ou des éboueurs.

Quelques années plus tard, on n’était même pas qualifié pour faire l’un ou l’autre. On était inséparable, jusqu’au jour où on est tombée amoureux de la même fille. Elle s’appelait Patricia et son père était animateur à la maison des jeunes. Je dis « on était tombé amoureux », mais à vrai dire, on aimait deux choses différentes chez Patricia : Mahmoud aimait ses seins et moi ses fesses. On aurait pu continuer à vivre sur le corps de Patricia sans jamais se rencontrer ; car il y avait quand même une distance considérable entre ses seins et ses fesses.

à suivre…

Hmimi O’Vrahem

One thought on “Mon enfance à Paris (I)

  1. Excellent texte dans lequel je me suis moi aussi reconnu.En effet sans etre d’origine Kabyle ou Arabe,nous autres petits Français(dit de souche) avions la meme problématique des vacances scolaires que l’ont passaient entre copains a trainer notre ennuis dans le périmètre du quartier à faire les mêmes choses avec la consigne des bouteilles,que nous ramenions à l’épicerie du coin,ainsi que des vieux papiers journaux et autres emballages payés au Kilo chez le chiffonnier.Nous étions a cette époque dans les années cinquante et en dehors des colonies de vacances (Mer ou Montagne) il n’y avait pas grand chose à faire pour nous occuper,d’autant qu’en ce temps là les parents travaillaient souvent le samedi.Encore merci pour ce magnifique texte qui nous replonge dans notre enfance.

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