23 avril 2017

Mon passage à At Mansour

At Mansour – Beni Mansour pour les passagers et les voyageurs égarés se trouve entre Boudjelil à l’Est et Mayo à l’Ouest. Beni Mansour est certainement le seul endroit au monde où il n’y a pas d’ombre car le soleil brille de tous les côtés. Si vous êtes assez malchanceux pour passer par ce village un jour d’été, vous serez éblouis par un spectacle que vous n’avez certainement jamais vu. Vous verrez les habitants de ce village vénérer et se prosterner devant des frigidaires. Il n’est pas impossible que si vous demandez à un de ces habitants quel est le nom de son dieu, il vous répondra : Samsung, Brandt ou Arthur Martin pour les plus aisés. Pour les moins aisés, cela sera : Eniem, Géant ou Cristor.

Beni Mansour possède une gare ferroviaire coloniale délabrée comme seul monument et trois eucalyptus fatigués ; dont celui de gauche a déjà déposé sa démission et a fait une demande pour quitter le territoire. Les constructions récentes sont faites de parpaings et de briques rouges et les revêtir de ciment est un de leurs derniers soucis. Les maisons, comme partout ailleurs sont carrées et l’esthétique architecturale est considérée comme un tabou dans cette partie du monde. La route qui mène vers Beni Mansour est remplie de trous comme pour vous empêcher d’y aller. Paradoxalement ou inéluctablement, ce village est un carrefour de rencontres pour les fous. Ceci dit, la folie est considérée comme une forme de libération dans les traditions de Beni Mansour.

Les habitants de Beni Mansour ne ressemblent pas aux autres Kabyles. Ils sont très mates de peau comme s’ils étaient calcinés, oubliés dans un four pour une génération ou deux. Certains prêtent à penser qu’on leur a pas donné naissance, mais plutôt que leur mère les a décalqué d’un livre en noir et blanc.

Les femmes de Beni Mansour sont très jolies avec une peau lépreuse qui donne une autre dimension à leur charme. Leur démarche qui a été magnifiquement dupliquée sur celle d’un lézard les rend tellement facile à aimer. Les petits seins et les fesses volumineuses sont une règle générale pour les femmes de Beni Mansour et gare à celle qui enfreint cette loi.

En laissant le village et en se dirigeant vers l’Est, vous trouverez des serpents, des sauterelles qui font de l’autostop pour quitter cet endroit infernal. Tandis que sur le bord de la route, vous pouvez apercevoir des vieux crapauds entourés de leur progéniture, les yeux cernés par la chaleur intense et rédigeant leur testament à la hâte. Les automobilistes souvent descendent de leurs voitures pour embrasser la plaque tracée diagonalement par un trait rouge qui indique qu’on vient de quitter Beni Mansour.

Hmimi O’Vrahem, voyageur égaré et dédié à mes oncles de Beni Mansour.