27 juin 2017

Montréal ou les routes de gruyère

Il commence à avoir une récession flagrante dans la ville de Montréal. Tous les magasins qui ferment et même ceux qui n’ont pas l’intention d’ouvrir sont des antiquaires. La fin de toutes les civilisations du monde s’est manifestée à travers l’absence d’antiquité dans leur quotidien. Ainsi, ceux qui ont encore le courage de rester ouvert – les antiquaires – exhibent une plaque sur laquelle est écrit : « La vente de nos produits est finale ! Votre garantie s’arrête au moment où vous dites au revoir et à bientôt. » Un message que vous aurez la chance de lire en deux langues. Dépendant de l’humour du propriétaire, cela sera en anglais et puis en français ou en français et puis en anglais. De toute manière, un séjour au Québec vous donne l’impression de passer vos vacances entre les pages d’un dictionnaire bilingue.

Anyway, de toute manière… comme ils disent ici à Montréal, les antiquaires sont en voie de disparition. Ceux qui vivent à Londres ou New York sont habitués à voir les camions de DHL, UPS, et FEDEX rouler bien au-dessus de la limite de vitesse permise en ville comme s’ils délivraient la vie dans un carton. Pas à Montréal ! Ils roulent comme s’ils accompagnaient un cortège funéraire ou comme s’ils traversaient la cour d’une école maternelle pendant la recréation des enfants. Beni Mansour ou le chemin qui mène à Ait Zikki par le col de Chellata n’ont rien à envier à la ville de Montréal. L’état des routes est déplorable voire impraticable, mais contrairement aux automobilistes kabyles qui font tout pour éviter les trous, les habitants de Montréal – montréalais ou montrealistes, cela dépend d’où on se tient pour les appeler — sont fiers de leurs « trous » et n’hésitent pas à passer dessus à grande vitesse. On a l’impression de rouler sur un gruyère, il y a plus de trous que de route à Montréal. Les automobilistes portant un dentier le mettent seulement une fois arrivés à destination. Sur certaines routes, on peut même lire sur des plaques en blanc sur vert : « Hold on to your teeth for the next… undetermined kilometres ! » ou « retirez votre dentier jusqu’à votre destination ! ».

Manger à Montréal est très difficile car les secousses nous donnent faim en allant au restaurant et nous font vomir au retour. Un gaspillage inutile. Les Québécois font toujours les choses en double et même avec cette méthode ce n’est pas toujours assez.

Montréal est une jolie ville avec une architecture accidentelle, une culture à la température d’une soupe à l’oignon ; une population aussi diverse qu’un Bombay mixte et un langage ou on répète toujours les derniers mots de la phrase.
Les gens sont tellement indifférents l’un à l’autre à Montréal que quand vous dites bonjour à quelqu’un, il vous remet son porte-monnaie en croyant à une agression. L’accent québécois est aussi épais qu’une pâte à modeler, quand les gens parlent, ils n’émettent pas des sons mais un bruit incompréhensible qu’on doit d’abord étaler et puis découper en suivant les pointillés autour du sujet de la conversation. Avant de parler, un Montréalais ramasse tout son visage vers la direction où vous êtes et vous livre une phrase comme une gifle.

Il y a tellement de choses à voir à Montréal… qu’on peut rester des jours sans sortir de la maison.

Hmimi O’Vrahem

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