Mouloud FERAOUN (1913-1962)

Mouloud Féraoun est né le 8 mars 1913 à Tizi Hibel (commune de At-Douala), en Grande Kabylie dans une famille paysanne pauvre. Son père a travaillé comme mineur en France. Après des études primaires et secondaires en Kabylie, il a suivi une formation d’instituteur à l’école normale de Bouzaréah grâce à une bourse. Il enseigna d’abord dans son propre village avant de faire une carrière administrative. Il a été assassiné par l’OAS le 13 mars 1962 à Alger.

Mouloud Féraoun a écrit trois romans :
Le fils du pauvre, Le Puy, Cahiers du Nouvel Humanisme, 1950 ; réédité en 1954 à Paris chez Le Seuil.
– La terre et le sang, Paris, Le Seuil, 1953.
Les chemins qui montent, Paris, Le Seuil, 1957.
Et un recueil de textes sur la vie villageoise : Jours de Kabylie.

En dehors de son Journal, 1955-62 (Paris, Le Seuil, 1962) et de ses Lettres à ses amis (Paris, Le Seuil, 1969), on publia après sa mort ce qui devait être la suite du Fils du pauvre, L’Anniversaire (Paris, Le Seuil, 1972).

Pédagogue et écrivain d’expression française. Ses écrits sont marqués par son profond attachement à ses racines montagnardes et à son enfance paysanne ; toute son œuvre en porte la marque. Esprit humaniste au style sobre, M. Feraoun est un auteur très attachant. Venu à l’écriture par un heureux hasard, il est resté un écrivain du terroir, sans autre ambition que de rendre compte de la vie et de la souffrance des siens, comme dans sa description de la vie villageoise qu’est Jours de Kabylie (Alger, Baconnier, 1954 & Paris, Le Seuil, 1968) . Son premier roman, Le fils du pauvre, édité à l’origine à compte d’auteur, en est un exemple émouvant.

Pour le grand public, il va sans dire que Mouloud Féraoun est d’abord l’auteur du roman autobiographique qu’est Le fils du pauvre. C’est cet ouvrage qui l’a fait découvrir à son public.

Son autobiographie est attachante à plus d’un titre. En effet, il y décrit avec une grande sensibilité la vie kabyle sans la travestir, ni la présenter comme exotique. La modestie du narrateur et son humour ne sont pas étrangers à cet effet de son écriture. Quoi qu’il en soit, la Kabylie accède avec Mouloud Féraoun à la dignité littéraire qu’elle n’arrivait pas à acquérir par sa propre littérature orale. Cette dignité lui attira des critiques de fauteur de division entre Arabes et Berbères. Il est certain que la réception de l’œuvre dans un climat de guerre n’a pas permis d’y lire une aspiration à un humanisme “universaliste” que la misère et la violence de la guerre qui pointe vont balayer.

C’est ce qui sera l’objet du roman Les chemins qui montent. En effet, la thématique essentielle de ce roman est le constat et la dénonciation d’un processus qui introduit une rupture dans l’évolution sociale sans pour autant créer les conditions qui permettent une adaptation digne aux nouvelles conditions. La terre et le sang viendra approfondir cet aspect tragique de l’évolution des individus et de leur société.

On dira donc que Mouloud Féraoun est certainement le modèle de l’intellectuel kabyle, fier de sa culture – il publiera les poèmes du fameux Si Mohand (Paris, Editions de Minuit, 1960) – mais lucide sur son avenir qu’il voit tragique. Quoiqu’il en soit, il est celui qui fit de la Kabylie un espace littéraire digne de ce nom.

 A. Bounfour

 

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